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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 20:21

Albin Michel et le thriller, en général, c’est pas mon truc. Donc, toujours en général, plutôt que de récupérer des pavés que je ne vais pas lire, je préfère passer mon tour. Sauf que là, Les fantômes du Delta d’Aurélien Molas sont recommandés par le Parrain, Claude Mesplède himself. Donc j’ai fait une exception, que je n’ai pas regrettée.

 

Molas

Début du XXI° siècle, le delta du Niger est un des endroits les plus pollués et les plus dangereux du monde. Un delta en guerre, avec d’un côté les mouvements de révolte des paysans expropriés, volés et empoisonnés par les Total et autres BP et de l’autre le gouvernement à la solde des grands pétroliers. Quelques french docteurs de MSF tentent de sauver des vies, sans grandes illusions. C’est dans cette atmosphère de chaos et de désolation que le père David, proche des théologiens de la libération latino-américains accueille dans son orphelinat Naïs, une petite fille atteinte d’une maladie génétique rarissime. Une fillette qui va devenir un enjeu majeur pour différents groupes qui veulent profiter de sa maladie, pour le meilleur, et surtout pour le pire.

 

Pour moi, avant, le fleuve Niger c’était Water Music de T. C. Boyle et cette entame de roman extraordinaire : « A l'âge où les trois quarts des jeunes Ecossais retroussent les jupes des demoiselles, labourent, creusent leurs sillons et répandent leur semence, Mungo Park, lui, exposait ses fesses nues aux yeux du hadj Ibn Fatouni, émir de Ludamar. ».

 

Changement de décor avec ces Fantômes du Delta, très bon roman qui passe tout près d’être encore mieux.

 

Très bon parce que le sujet est passionnant et que peu de français s’intéressent ainsi à ce qui se passe hors de nos frontières. Très bon parce qu’Aurélien Molas, jeune auteur, ose s’attaquer à un projet ambitieux et politique, sur un ton qui n’est pas sans rappeler Ayerdhal auquel il rend hommage (il y a pire comme référence). Très bon aussi parce que ce faisant il évite de tomber dans un roman trop journalistique et n’oublie pas qu’il écrit un thriller, avec rebondissements et scènes d’action (très réussies d’ailleurs). Très bon enfin parce que malgré la multitude de personnages et de lieux il maîtrise sa construction et ne perd jamais son lecteur.

 

S’il passe près d’être encore meilleur c’est qu’à mon humble avis il manque encore un peu de chair et de tripes à ses personnages. On devrait être plus touché, plus bouleversé. On devrait sentir davantage le désarroi, la rage, la souffrance, la puanteur, la misère, le désespoir … On devrait avoir envie de pleurer ou de prendre les armes.

 

Comme disent les espagnols, « le falta calle », il lui manque de la rue, ce petit quelque chose qui fait qu’un Jack Taylor me fend le cœur en une phrase. Mais ça viendra, c’est certain. Comme il est certain que c’est un auteur que je vais suivre.

 

Aurélien Molas / Les fantômes du Delta, Albin Michel (2012).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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commentaires

clément 16/04/2012 18:53


j'ai le 1er roman d'Aurélien dans ma PAL mais j'arrive pas à me décider à le lire. (et il y a toujours des nouveaux romans qui arrivent par service de presse)


Là je lis le dernier Indridason (la muraille de lave) qui pour l'instant a l'air prometteur.


Sinon, un poil hors-sujet, utilises-tu un smartphone Jean-Marc. Si oui, avec Android ? Je suis en train de developper une application qui aura pour public les gros lecteurs.

Jean-Marc Laherrère 16/04/2012 23:50



Je n'ai pas lu le précédent.


Et sur le second sujet, non aux deux questions ...



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