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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 22:55

Voilà, j’en ai touché deux mots à la fin de mon billet sur Carmelita, le roman suivant de Bernard Mathieu se passe au cœur de l’Afrique. J’avais terminé le roman précédent tellement enthousiaste qu’il me tardait de lire Du fond des temps. Impression mitigée, et, pour tout dire, je reste perplexe.

 

Hélène et Hailou se sont mariés en France puis ont décidé d’aller vivre en Ethiopie qu’Hailou avait fuit après quatre ans passées en prison en temps que prisonnier politique. Anthropologue, il espère voir ses capacités et ses diplômes reconnus par le nouveau pouvoir en place. Il n’en est rien. Le seul poste qu’on lui offre est un camouflet, qu’il est obligé d’accepter faute de mieux. On l’envoie dans la vallée de la Kibish, au sud du pays, pour négocier la paix entre des peuples de bergers qui se font la guerre depuis le fond des temps. Pendant qu’Hailou se débat vainement entre des chefs faussement naïfs qui le baladent, sa femme s’enfonce peu à peu dans un ennui et une apathie profonds. Jusqu’au drame.

 

Je suis donc perplexe à plus d’un titre.

 

Tout d’abord, que fait donc ce roman dans la série noire ? Ce n’est pas un thriller, ce n’est pas une fiction policière, ce n’est pas un roman noir … Ou je suis complètement passé à côté, ou Du fond des temps est, avant tout, un roman initiatique, doublé, éventuellement, d’une sorte de récit de voyage. Ceci dit, qu’il soit à la série noire ou ailleurs, qu’importe ?

 

Contrairement à ce qu’on pourrait croire au début, le personnage central n’est pas Hailou qui s’agite, souffre, tente, marche, palabre etc … Mais sa femme qui, pendant les deux tiers du roman subit, ne comprend rien, et surtout s’ennuie vertigineusement. Pourquoi pas.

 

Mon problème est que, d’une part, je n’ai pas vraiment compris pourquoi les deux personnages se retrouvent là (c’est expliqué bien entendu, mais pour faire bref, disons que je n’arrive pas à ressentir, ou à croire l’explication), et d’autre part que je n’arrive pas à compatir à leurs malheurs. Et donc je me fiche un peu de ce qui leur arrive. Autant les destins des personnages de la trilogie du capricorne, de tous les personnages, même les plus corrompus, me passionnaient, autant là l’auteur peut leur faire subir ce qu’il veut sans que cela m’émeuve. C’est d’ailleurs peut-être plus de mon fait que du sien.

 

Heureusement, l’écriture est fluide, et le dépaysement garanti. Bernard Mathieu rend très bien l’incapacité des personnages (et surtout de la française) à comprendre ce qui se passe devant leurs yeux. Evitant l’interprétation à notre sauce, il se contente de décrire l’ahurissement, l’incompréhension de personnages qui ne peuvent que voir, constater, deviner vaguement certaines motivations, mais sans jamais comprendre vraiment, et ne parlons pas de s’intégrer. Il fait cela très élégamment, en évitant tout jugement qui aurait été, immédiatement, insupportable.

 

C’est pour cela que je suis allé au bout. Même si savoir exactement ce qui allait arriver aux personnages ne m’intéressait guère.

 

Je suis très curieux de lire d’autres avis sur ce bouquin dont j’attendais beaucoup, et qui, je le répète, m’a laissé perplexe.

 

Bernard Mathieu / Du fond des temps, série noire  (2009).

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commentaires

Manu CEBE 12/03/2010 22:12


http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2558p078.xml0/roman-litterature-mengistu-haile-mariam-ethnielivres-sans-exotisme-ni-compassion.html

http://www.toiquiviensdethiopie.com/?p=4902


Jean-Marc Laherrère 12/03/2010 22:40


Merci pour ces liens, j'irai y jeter un oeil.


delphine crouzet 05/12/2009 20:00


L'émission radiophonique "cercle polar" de Telerama en a fait l'éloge il y a peu de temps. Quant à moi qui ne suis pas une fan des romans initiatiques et/ou ethnologiques, j'avoue ne pas m'y être
retrouvée, les personnages me laissant à la porte de leurs traumas respectifs. Quelques très belles description toutefois de cette région au sud de l'Ethiopie, l'oeil du reporter est bien là mais
je n'ai, quant à moi, pas fait partie du voyage...


Jean-Marc Laherrère 06/12/2009 21:44


J'ai vu que le cercle polar en parlait, mais je n'ai pas encore trouvé le temps d'écouter ce qu'ils en disaient.
Sinon, je suis comme vous, les traumas des personnages m'ont laissé froid.


Laure 04/12/2009 16:22


J'ai trouvé un commentaire élogieux du-dit roman dans Lire. Bon, je sais, c'est pas forcément une référence pour vous, mais çà m'a qd même pris la vie des rats pour mettre la main (ou le doigt
plutôt) sur la référence. l'adresse, c'est : http://www.lexpress.fr/culture/livre/du-fond-des-temps_830387.html


Jean-Marc Laherrère 04/12/2009 16:38


Merci.
Effectivement je ne suis pas forcément fana de LIRE dans son ensemble, par contre Christine Ferniot est, elle, une bonne référence.
Il semble à la lecture de son papier que, même si nous sommes d'accord sur quelques constatations (pas de jugement, un roman initiatique, Hélène personnage central), notre ressenti soit ensuite
très différent.


cynic63 04/12/2009 09:23


Cercle Polar, je crois, en avait dit du bien...Et je cherche d'autres sources car, du coup, comme tu dis ne pas avoir trouvé d'autres avis, j'ai un doute...


Jean-Marc Laherrère 04/12/2009 11:10


Si tu en trouves, ça m'intéresse.


cynic63 04/12/2009 07:42


Tiens, tiens...une note dissonante dans le concert d'éloges. En tous cas, je retiens l'aspect ethnologique de ce roman. A l'occasion, j'y jetterai un oeil (mais pas maintenant). Merci pour ton avis
très clairement exprimé


Jean-Marc Laherrère 04/12/2009 09:11


Je n'ai pas réussi à trouver d'avis sur ce roman, tu as des pistes ?


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