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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 22:34

A la rentrée de janvier, il y a eu Ingrid Astier ; pour celle de septembre, la nouvelle venue à la série noire s’appelle Elsa Marpeau. Comme sa tout juste aînée (du moins en publication) elle nous amène découvrir un recoin bien sombre et peu connu, de la capitale. Après la Seine et la brigade fluviale de Quai des enfers, voici l’hôpital Lariboisière, théâtre de son roman : Les yeux des morts.

 

marpeauFrank Delorme, 18 ans, toxicomane, est retrouvé dans un hall d’immeuble la gorge tranchée. Cela pourrait ressembler à une vengeance de dealer. Mais Gabriel Ilinski, technicien de scène de crime repère immédiatement de petits détails qui ne cadrent pas avec cette hypothèse, et convainc la commissaire en charge de l’affaire de le laisser, une fois de plus, mener sa propre enquête. Parce que Gabriel ne peut s’empêcher de se sentir responsable de ces morts qu’il voit tout les jours. Ces morts qui l’habitent et l’empêchent de trouver le repos. Il découvre que peu de temps avant sa mort Frank avait été admis aux urgences de l’hôpital Lariboisière. Un monde à part et des êtres qui vivent dans une réalité que le reste de la ville et du pays ne veulent surtout pas connaître. Un monde que Gabriel va découvrir.

 

Il ne manque pas grand-chose à ce premier roman pour être une réussite totale. Débarrassons-nous donc tout de suite des quelques légères réticences. Elles tiennent essentiellement à un certain manque de tension. Si on est passionné par le contexte décrit, on ne tremble guère pour le personnage principal, sauf lors d’une ou deux scènes très réussies. On est même plus intéressé par la description des lieux (passionnante) que par la découverte du meurtrier. Peut-être parce que, contrairement aux recommandations de Tonton Alfred, le méchant ne fait pas aussi peur qu’il ne le devrait (c’est lui qui disait que pour qu’un film policier soit réussi il fallait que le méchant soit parfait).

 

Fin des restrictions. Tout le reste est passionnant. A commencer par l’écriture, sèche, précise, qui claque comme … comme du Dominique Manotti par exemple. Le lecteur est littéralement emporté dès le premier paragraphe par son rythme.

 

Puis il y a le personnage de Gabriel, qu’on ne peut s’empêcher d’aimer, têtu, sensible, agaçant, névrosé, généreux … humain en bref. Un personnage à la Robin Cook (le vrai, l’anglais, pas celui qui débite du thriller médical au km, même si on est … à l’hôpital). Alors certes, on n’est pas au niveau de Dora Suarez (par ailleurs cité en exergue), mais on retrouve cette empathie avec les morts, avec ceux qui ont souffert, ceux dont tous le monde se fout, qui sont oublié avant d’être froids.

 

Et pour finir, quelle superbe et saisissante description de ce monde des urgences ! On vit avec le personnel médical, on ressent viscéralement l’urgence, la concentration, la tension, le besoin de sauver des vie, et en même temps le désespoir de savoir qu’on en rejette une bonne partie dehors, où les « pansements » qu’on a posé ne vont pas tarder à craquer de nouveau. Ces urgences où, faute de pouvoir soigner les causes, on soigne les effets, encore et encore, comme on écoperait la mer avec une écumoire. Ces urgences, rendez-vous de toute la misère que nous ne voulons pas voir valent à elle seule la découverte de cet auteur.

 

L’avis de Jeanjean, un peu moins convaincu que moi (il faut bien qu’on ne soit pas complètement d’accord de temps en temps, bien que sur ce roman nos divergences soient minimes).

 

Et vous pouvez compléter avec une interview sur bibliosurf.

 

Elsa Marpeau / Les yeux des morts, série noire (2010).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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commentaires

cynic63 30/09/2010 23:40



Saturne? Le dernier Quadruppani. Je viens de le finir à l'instant: une bombe!!!



Jean-Marc Laherrère 30/09/2010 23:46



Je ne l'ai pas sous la main, j'essaie de le récupérer la semaine prochaine ...



cynic63 30/09/2010 17:41



Ah, oui, une dernière chose: Tokyo Hotel à 18 ans, Jeanjean a raison. C'est absolument pas crédible du tout!!!



Jean-Marc Laherrère 30/09/2010 23:17



Euh, c'est quoi Tokyo Hotel, comme je le disais à jeanjean, j'ai pas dépassé james Brown, les Stones ou Buddy Guy ... Voire Ladu Day, Sarah Vaughan ou Petrucciani ...



cynic63 30/09/2010 17:39



Tiens, c'est marrant: j'ai commencé mon papier comme toi, en faisant référence à Astier. N'y vois pas de plagiat: j'avais choisi de ne lire ta chronique qu'une fois ma lecture du roman terminé.
Je vais quand même te citer...Je ne mettrai en ligne que samedi


Autrement pas aussi emballé que toi: c'est pas mal, parfois très bien dans certains chapitres (je te rejoins pour les descriptions des urgences) mais on frise la caricature dans certaines
situations voire le film de mauvais genre dans les monologues intérieurs du tueur (sic).


Autrement: ai dévoré les 100 premières pages de "Saturne". On touche à de l'exceptionnel-là...



Jean-Marc Laherrère 30/09/2010 23:15



C'est quoi Saturne ?



alain 14/09/2010 22:45



Bien aimé moi aussi


0ACCA6B4-90EC-57C3-487B-3AFBFB2E3907


1.02.28



Jean-Marc Laherrère 14/09/2010 22:56



Un premier roman plutôt bien accueilli donc.



Sisco 14/09/2010 18:30



J'ai bien aimé l'ambiance de l'hôpital, j'ai trouvé ça très glauque, très fin du monde aussi car finalement peu en ressortent indemne ou alors on n'en parle pas. Moi je reproche le manque de
sympathie pour Gabriel, le manque de familiarité aussi : on en sait trop peu sur lui, sur sa vie. Le reste est très bien écrit et lorsqu'il se fait hospitalisé, c'est assez génial.



Jean-Marc Laherrère 14/09/2010 22:55



Il semble qu'il y ait une sorte de concensus autour de la constatation suivante : Beau premier roman, il y a quelque chose qui cloche avec, soit l'intrigue, soit les personnages. Par contre très
belle écriture et la grande réussite est la description des urgences ...



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