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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 22:44

Vous avez dû commencer à en entendre parler. Un nouvel espagnol, Rafael Reig, chez Métailié dont le premier roman Ce qui n’est pas écrit semble faire l’unanimité. Je ne pouvais pas rater ça.

Reig

Carlos et Carmen sont divorcés. Lui est un écrivain raté, elle travaille dans une maison d’édition. Ce week-end, le père emmène leur fils, Jorge, quatorze ans, pour une rando en montagne. Il espère ainsi renouer des liens qui se sont distendus, Jorge vivant tout le temps avec sa mère. Au moment de partir il laisse Carmen un manuscrit, celui du grand roman qu’il a toujours voulu écrire. Stressée de rester d’être séparée de son fils, Carmen commence à lire, et trouve d’étranges résonnances entre le polar sanglant et malsain écrit par Carlos et leur ancienne vie commune. Incapable de joindre le père et le fils dont les téléphones restent muets, elle commence à craindre pour la vie de Jorge. Alors que sur la montagne le temps se gâte et que les relations père-fils ne sont pas au beau fixe, l’inquiétude de la mère grandit …


Ce qui n’est pas écrit est un roman brillant. La construction, entre le roman dans le roman, l’angoisse de la mère restée à Madrid, et la détérioration des relations entre père et fils est à la fois subtile et très forte.


L’analyse et le rendu par l’écriture des difficultés de relations entre les trois protagonistes (et même avec quelques personnages secondaires) sont criants de vérité : Tout le monde y reconnaîtra, dans une moindre mesure j’espère, les difficultés qu’il rencontre tous les jours avec ses collègues, son conjoint, ses parents ou ses gamins. Les frustrations des personnages, et plus particulièrement du père, du fils et (non, pas du saint esprit) du personnage de fiction imaginé par le père sont très bien rendues.


Roman brillant donc … Mais pour un peu trop froid pour que je sois complètement enthousiaste. Que voulez-vous je suis resté un peu naïf. J’aime, dans les polars les plus noirs, avoir un personnage, même (ou surtout) un raté, un paumé ou un looser magnifique, mais un personnage pour continuer à croire en l’humanité. Un Jack Taylor, un Dave Robicheaux, deux pantins qui se prennent pour Butch Cassidy et le kid … Enfin au moins un personnage que l’auteur aime bien. Ou alors de l’humour. Et là rien de tout ça.


C’est brillant, les individus sont très bien dépeints, mais chacun n’est intéressé que par sa toute petite personne et ça manque d’humanité. C’est très certainement voulu, c’est très certainement représentatif de notre monde (ou au moins d’une partie de notre monde) je suis admiratif, mais je reste froid. Et du coup le suspense final (parfaitement mené, rien à dire) ne m’a pas bouleversé.


Etrange non ? Et vous ?


Rafael Reig / Ce qui n’est pas écrit (lo que no está escrito, 2012), Métailié/Noir (2014), traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse.

 

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars espagnols
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commentaires

Wistiti 08/07/2016 21:27

Et l'écriture, les caractéristiques littéraires... rien !
On ne parle que de l'histoire, ce qui est loin d'être suffisant.

Bad Chili 27/02/2014 00:05


Pour ma part j'aim vraiment beaucoup aimé. Sans doute la fin aurait-elle pu être un peu meilleure. Reste que du début à la fin je tournais les pages frénétiquement en me demandant ce qui allait
se passer, totalement pris dans l'ambiance.  

Jean-Marc Laherrère 27/02/2014 08:35



Je savais qu'il avait beaucoup plu à certains. De mon côté, impossible de me passionner.



Norbert 13/02/2014 09:04


Salut JM,


Et bien j'avoue que comparé à mes attentes fondées sur le résumé (voir mon précédent message), je ressors un poil déçu par ce roman. Pourtant tout est là : la construction comme tu le dis
brillante, le fait que Carmen, focalisée sur son petit cul, lise dans le roman de son ex-mari des menaces ou références permanentes à elle-même, alors que plus on avance dans le livre et plus on
se rend compte que c'est Carlos et son besoin d'être aimé, de faire quelque chose de grand, lui l'écrivain raté, qui s'est projeté dans son personnage de Riquelme. Le roman décortique aussi très
subtilement les fêlures d'un mariage raté, etc, le gamin pris entre les deux... Le problème est que je n'ai eu d'empathie (un peu) que... pour le personnage fictif de Riquelme, l'anti-héros du
roman. En plus j'ai trouvé certains passages un peu bavards (ou répétitifs).


Malgré tout, c'est un roman que j'ai bien aimé, ne serait-ce que par sa trame, mais auquel il manque effectivement un je-ne-sais-quoi pour m'emballer franchement. Peut-être que le personnage de
Carlos n'apparaît que trop tard tel qu'il est, alors que pendant une bonne partie du bouquin il est assez antipathique, notamment via ses réflexions vis-à vis de son gamin (lui-même assez agaçant
d'ailleurs)...

Jean-Marc Laherrère 13/02/2014 09:19



Même ressenti pour moi. Tout le monde là-dedans est assez agaçant à un moment ou à un autre, et je n'ai réussi à accrocher sur aucun personnage.



lomigolp 25/01/2014 12:14


Bonjour,


Le manque d'humanité dont vous parlez, je l'ai trouvé dans un livre que vous aviez conseillé, le dernier Massimo Carlotto. Quel est la différence avec celui-ci car, pour moi, les reproches que
vous formulés à cet ouvrage (froideur, manque d'humanité, d'humour...) sont les mêmes que je ferais au Carlotto. Le personnage est un salopard sans âme, ni scrupule, sans l'ombre d'humanité. Rien
que le pouvoir et l'argent (pas négligeable, malheureusement, ici bas). j'en suis sorti tellement glacé que seul un Mario Condé a pu me réchauffer.


Merci de nous faire partager votre passion et vos coups de gueule.

Jean-Marc Laherrère 25/01/2014 16:51



Carlotto me réjouis justement parce qu'il pousse le "méchant" jusque dans ses ultimes retranchements. un vrai pourri, complet, total, même pas monstrueux au sens serial killer à la Silence des
agneaux, juste le portrait de l'individualiste sans la moindre barrière morale ...


C'est ça qui, pour moi, donne à son roman une ûissance et un humour noir qui manque à celui de Reig ...


Après, il doit y avoir l'écriture, plus mordante chez Carlotto.


Mais des goûts et des couleurs ...



nelly 25/01/2014 11:27


Bonjour Jean-Marc,


D'accord avec toi ! Je suis restée extérieure et sans empathie pour aucun des personnages. Peut être un problème de traduction que je trouve très plate, je m'interroge 


Salutations polardeuses.

Jean-Marc Laherrère 25/01/2014 16:51



Je ne suis donc pas le seul. Mais construction est brillante.



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