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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 22:02

Voilà, c’est fini … Je ne vais pas jouer les modestes, c’était bien, c’était même très bien. C’est du moins le ressenti des organisateurs, comme ça, à chaud. On fera dans quelques jours un bilan un peu réfléchi, mais là, voilà ce qui me reste.

 

Comme souvent dans ce genre de manifestation, il y a une ou deux personnalités qui marquent, dont le nom est sur toutes les lèvres. Je ne crois pas trop me tromper en disant que dans l’esprit de pas mal de monde, ce premier festival sera celui de Carlos Salem. Omniprésent, dès le jeudi après-midi où il nous fit un one man show à l’instituto Cervantes, puis à la médiathèque José Cabanis. Carlos Salem c’est une sorte de machine à parler, avec juste un bouton ON, mais pas de bouton OFF. Il passe du sérieux au comique, vous fait rire aux larmes, passe d’un blague de cul (ben oui, il faut le dire on a peu parlé des interprétations des évangiles) à une discussion très sérieuse sur cohérence et vraisemblance dans le polar … Un vrai show man, qui avait déjà vendu et dédicacé sa pile de bouquins samedi en milieu d’après-midi. Parce que si vous vous arrêtez devant lui, vous achetez. Et en plus après vous n’êtes pas déçus …

 

Et puis il y a la foule de moments magiques qui vont me rester …

 

La rencontre autour de Francisco Gonzalez Ledesma, dont nous sommes tous sortis la gorge serrée, évitant de parler trop vite, pour ne pas pleurer. La présentation de Paco Camarasa, libraire de la librairie barcelonaise Negra y Criminal fut magistrale. Je dis présentation, je devrai dire hommage, et un hommage rendu par un lecteur averti et un ami, un hommage extrêmement émouvant, qui donna tout de suite le ton. Francisco Gonzalez Ledesma, Juan Marsé, Manuel Vazquez Montalban, les trois auteurs, d’après lui, qu’il faut lire, et qu’il faudra continuer à lire dans 50 ans pour comprendre la Barcelone de la transition.

Ensuite ce fut le tour de l’invité d’honneur, qui sait si bien dire sa ville, son amour pour elle, pour les gens qui l’habitent, pour ceux qui y ont résisté dans les heures sombres et continuent à lutter aujourd’hui. Qui sait si bien raconter, son premier métier d’avocat, puis celui de journaliste. Qui nous conta la genèse de Mendez, personnage construit à partir de 4 flics qu’il a rencontrés : un tireur d’élite et garde du corps qui oubliait parfois son arme, un flic de quartier dont tous les truands se moquaient, un autre qui, quand il poursuivait un voleur, tirait un coup de feu à blanc et lançait des petits cailloux sur le fuyard, et un dernier avec lequel il dût partager le lit, une nuit en Sicile … Cela et tant d’autres choses, racontées avec un talent et une émotion qui, voilà, nous a laissé les larmes aux yeux, tous debout, à l’applaudir.

 

L’inauguration du festival, avec un Claude Mesplède impérial, alignant les anecdotes, défendant avec fougue sa littérature préférée, devant une salle comble, premier indice que ça allait bien se passer.

 

Les numéro de clowns de Jean-Hugues Oppel, Jéronimo Tristante et … Carlos Salem devant les excellents photographes Vincent Loison et Xavier Hacquart, les Pictographistes, qui ont tiré le portrait de presque tous les invités.

 

La brillante analyse de Raul Argemi, expliquant la différence entre Barcelone et Madrid par celle, fondamentale, entre l’homme de la vallée, rassuré par un univers clos dont il perçoit les limites, et celui de la pampa (ou du bord de mer) qui, confronté à l’infini, doit chercher ces limites en lui-même.

 

Les sourires sur les visages de tout le monde samedi, en début d’après-midi, quand nous avons vu le monde, tant de monde, arriver.

 

L’histoire du premier sens interdit de l’histoire, racontée par Didier Daeninckx, et comment ce sont ces détails, trouvés par hasard au gré d’une recherche historique, qui font la chair d’une histoire.

 

La brillante, que dis-je brillante, brillantissime, présentation des trophées 813 par Frédéric Prilleux.

 

Le plaisir de rencontrer, même trop brièvement, mais en vrai, des gens jusque là croisés uniquement sur la toile.

 

Les hilarantes tribulations de son Rendez-vous au 10 avril par Benoit Séverac qui réussit à faire rire la salle au milieu du débat sur guerre et polar.

 

Un AG de l’association 813 détendue, souriante, agréable.

 

Ay Carmela, repris en cœur par tous, ou presque, le samedi soir lors du repas.

 

Les blagues innombrables de Jeronimo Tristante, Alfonso Mateo Sagasta, Paco Camarasa et …Carlos Salem. Comment ? Non, je ne peux pas les répéter, et encore moins traduire ici.

 

Le discours brillant et déjanté de Jean-Bernard Pouy recevant son prix 813. On l’attendait bien entendu, on n’a pas été déçus.

 

Alfonso Mateo Sagasta nous racontant l’arnaque immobilière de Duc de Lerma … au XVII° siècle : Grand organisateur du déménagement de la cour à Valladolid, il y acheta, à bas prix, tous les terrains libres juste avant le déménagement. Et rebelote quelques années plus tard, pour le retour à Madrid. Comme quoi nos financiers n’ont même pas le mérite de l’imagination.

 

Le talent de Benoît Peyrucq, dessinateur de presse qui avant de filer couvrir le procès Clearstream a dessiné, avec un talent époustouflant, les participants du salon lors des différentes tables rondes.

 

La très belle lettre envoyée par Patrick Pécherot pour remercier les copains de 813 de lui avoir décerné son prix. Et la non moins belle lecture qu’en fit Corinne.

 

La solitude du traducteur de fond qui s’aperçoit que ni Paco Camarasa, ni Carlos Salem ne le regardent, et que la phrase dure, dure, dure … La détresse de l’autre traducteur de fond qui baisse la garde, croyant la rencontre terminée et qui d’un coup s’aperçoit qu Paco (encore lui) vient de repartir pour un tour et qu’il a perdu le fil …

 

Le récit d’un marathon gastronomique avec Manuel Vazquez Montalban par Claude Mesplède.

 

Le bonheur de boire un canon avec les copains que l’on ne voit pas assez, Corinne et Jacques (salut la noirôde) bien entendu, et Jordi, Paco, Boris, Mouloud, Frédéric, Sébastien, Bernard, Stéphanie, Michel …

 

Les sourires fatigués mais épanouis dimanche en fin d’après-midi, quand on savait déjà qu’on avait réussi quelque chose d’important.

 

Paco Camarasa, haranguant sa table, disant qu’il fallait bien se souvenir de ce premier festival pour pouvoir dire, dans quelques années, qu’on y était, à ce tout premier, comme il est fier de dire qu’il était à la première Semana Negra (avec tout ce que la comparaison a d’excessif !)

 

La présence magnétique et la voix de Georges Tyras disant des poèmes de Manuel Vazquez Montalban.

 

Carlos Salem pour une fois rendu muet par l’acclamation à l’annonce de sa deuxième place pour le prix 813.

 

Deux anecdotes de Daniel Vazquez Salles concernant son père Manuel : Comment un matin une dame arrive chez eux, sonne, et demande à Manuel Vazquez Montalban de retrouver des bijoux qu’on lui a volé. Et comment alors qu’il était étudiant il doit commenter un texte de son père. Comment il arrive à convaincre Manuel de l’écrire à sa place. Et comment il récolte un 5 avec ce commentaire : Vous n’avez absolument pas compris ce que voulait dire l’auteur.

 

Le récit par Jeronimo Tristante d’une arnaque Madoff au XIX° par une aventurière qui, déjà, promettait des rendements faramineux, et amassa une fortune avant d’être arrêtée au moment où elle filait pour Paris. Comme quoi nos financiers n’ont même pas etc …

 

 

J’en oublie forcément, et je n’étais pas partout. Et puis, aussi et surtout un sentiment dominant, pas franchement dans l’air du temps, pour ne pas dire ringard, la sensation d’une grande fraternité.

 

Je ne peux pas finir sans y aller de mon merci … Parce que finalement qu’ai-je fait ? Juste une des choses qui me plait le plus en ce bas monde (j’ai dit une des choses, pas la seule, pas la peine de laisser de commentaires désobligeants). Discuter avec des écrivains, conseiller des bouquins à des gens, parler espagnol et boire des canons avec des copains !

Mais pour ça, il a fallu que des gens organisent, cherchent des subventions, des soutiens, des appuis, fassent imprimer des affiches, installent des tentes, des sanitaires (et oui), assurent des permanences aux tables des différentes associations, préparent les repas, les servent, débarrassent …

Et bien entendu, il a fallu Claude Mesplède pour donner l’impulsion initiale, et mettre au service de ce week-end sa capacité inégalable à trouver les bonnes volontés et les savoir-faire et à nous mettre tous ensemble au boulot.

 

Merci mille fois à toutes et à tous, j’ai passé quatre jours fantastiques.

Une dernière chose. Pour les photos, je suis un dinosaure de l'argentique. Ce sera donc dans quelques jours.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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commentaires

Morgane 15/10/2009 01:52


Merci de nous faire le récit de ce week-end avec tant d'émotions. tu arrives à transmettre cela au-delà de l'océan. Moi aussi, j'ai très envie d'être là l'an prochain.


Jean-Marc Laherrère 15/10/2009 09:23


A l'année prochaine donc ! On essaiera de transformer l'essai, la moindre des choses en terre de rugby.


Caroline 13/10/2009 19:27


Un grand bravo à toute l'équipe de TPS pour avoir réuni tous ces grands écrivains, pour cette organisation sans faille et pour l'accueil que vous nous avez réservé, aux anciens comme aux "petits
nouveaux" (comme moi).
Et encore merci à J-M Laherrère pour vos brillantes analyses sur ce genre que vous défendez si bien.


Jean-Marc Laherrère 13/10/2009 23:17


Merci mille fois


rennette 13/10/2009 11:00


gloups ! c'est long donc j'imprime pour lire à tête reposée... en tous les cas tu as l'air ravi que dis je heureux ! bravo pour cette première édition...


Jean-Marc Laherrère 13/10/2009 14:02


Bonne lecture.


christelle camus 13/10/2009 09:38


Des sourires et des larmes aux yeux, à la lecture de ces extraits qui retracent si bien les moments forts du week-end... Prochaine étape obligatoire pour moi après ces quelques jours, un week-end à
Barcelone (et un tour par la librairie Negra y Criminal... le samedi matin !)...


Jean-Marc Laherrère 13/10/2009 09:48


Un samedi matin chez Paco, quelle chance.
Mais je ne désespère pas d'y amener toute la famille avant trop longtemps.


jeanjean 13/10/2009 08:55


Eh ben... Tout ça.
L'année prochaine, j'y suis, c'est certain !


Jean-Marc Laherrère 13/10/2009 09:47


Ouaip, on t'attend de pied ferme, tire-bouchon à la main !


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