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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 16:33

Ca y est, c’est la rentrée. Il y aura bien encore quelques lectures au parfum de vacances, mais avec La huitième vibration de Carlo Lucarelli, c’est le début de l’avalanche de septembre. Un début atypique, étonnant et passionnant.

 

LucarelliFin du XIX°, colonie italienne d'Erythrée. Leo rêve de transformer les hauts plateaux en paradis, il est prêt à investir sa fortune pour le faire. Serra, brigadier des carabiniers, s'est mis en congé et s'est engagé dans l'armée coloniale pour poursuivre un tueur d'enfants protégé par sa naissance et ses relations très haut placées. Vittorio, commis colonial, est un rouage dans la grande magouille qui fait disparaître des fournitures qui n'existent pas (mais qui ont été payées). Cristina, épouse de Leo, est prête à tout pour qu'ils ne dilapide pas sa fortune. Le lieutenant Amara rêve de devenir un héros. Pasolini, anarchiste enrôlé de force veut porter la révolution dans les colonies. Sciortino, paysan des Abruzzes, ne sait pas vraiment ce qu'il fait là … Ahmed est employé de Vittorio. Aïcha, la chienne noire, va et vient, nue et libre … Et là bas, du côté des plateaux, l'armée du Négus grandit, menaçante. Dans la chaleur et la lumière éblouissante, ils vont tous rencontrer leur destin.

 

Autant le dire tout de suite, La huitième vibration n’est pas un thriller haletant qui se lit d’un trait. C’est un roman lent, dense, parfois déroutant, qui se mérite. Mais si on accepte son rythme, sa musique, quelle richesse !

 

Roman choral, roman d'amour, roman d'aventure, roman policier, roman d'atmosphère, chroniques d'une colonie perdue … Sautant d'un personnage à l'autre, d'une langue à l'autre (encore une fois travail étonnant de Serge Quadruppani), d'un endroit à l'autre, d'une histoire à l'autre, mais toujours dans la chaleur étouffante et la lumière aveuglante Carlo Lucarelli construit tableau impressionniste. Le rythme est lent, les personnages multiples, on rentre ou pas dans cette histoire très ambitieuse. Très ambitieuse, exigeante … et parfaitement aboutie.

 

On peut rester au bord de la route, mais si on se laisse imprégner par les sons, les odeurs, la chaleur et la lumière on est envouté. Les histoires, héroïques, poétiques, mesquines, exotiques, banales … se croisent et se répondent. Le lecteur s'attache à l'un, méprise l'autre, s'émeut avec celle-ci, s'agace de celle-là.

 

Pour ma part je ne suis pas près d’oublier Sciortino soignant son plan de fève avec amour, ni la leçon d’italien entre deux femmes amoureuses, ni la charge des cavaliers du Négus, ni la chaleur de Massaoua. Alors, vous aussi, tentez l’aventure.

 

Carlo Lucarelli / La huitième vibration (L’ottava vibrazione, 2008), Métailié (2010), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Blanche
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commentaires

Pierre FAVEROLLE 31/08/2010 21:27



OUAH ! Je suis encore hanté par certaines scènes. Mon avis est entièrement le même que le tien. Mon billet devrait paraitre demain, si j'en suis content ! Après, j'attaque quelque chose de plus
léger (Un employé modèle) ... si on peut dire !



Jean-Marc Laherrère 31/08/2010 21:46



Je suis bien content.


Quant à moi, je ne fais pas dans le léger, j'ai attaqué David Peace !



Bene 26/08/2010 08:09



Je suis en train de le lire et pour le moment je suis stupéfaite par cette écriture. je pense que je vais vraiment me régaler.



Jean-Marc Laherrère 26/08/2010 08:50



Ca continue tout du long, donc pas de mauvause surprise en vue. Bonne lecture.



Ys 25/08/2010 21:50



Ce que tu écris m'inquiète un peu : "lent, dense"... j'ai lu L'île de l'ange déchu que l'on m'avait présenté comme un Shutter Island (je suis crédule, c'est l'argument qui fait
toujours mouche), et j'ai eu du mal, beaucoup de mal au point d'arrêter ma lecture 80 pages avant la fin... pour un roman policier, c'est quand même dommage...



Jean-Marc Laherrère 25/08/2010 22:30



Ben, je préfère avertir les lecteur, ou leur donner envie selon ce qu'ils aiment. D'ailleurs tu remarqueras que je ne l'ai pas classé dans "polars italiens" mais dans "blanche". Ce n'est qu'en
partie (une petite partie) un polar, et certainement pas un thriller.



Cedric 25/08/2010 17:21



Salut,


"C’est un roman lent, dense, parfois déroutant, qui se mérite. Mais si on accepte son rythme, sa musique, quelle richesse ! " -> tiens ça me fait penser à Manituana


 


Cordialement,


Cédric


 


 



Jean-Marc Laherrère 25/08/2010 17:53



D'une certaine manière. Avec la différence fondamentale que Manituana se plaçait d'un point de vue inédit (celui de ces indiens qui se rangèrent du côté du Roi d'Angleterre), alors que le roman
de Lucarelli reste centré sur les italiens.


Sinon, sur l'ampleur, la richesse, effectivement, cela peut y faire penser.



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