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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 19:49

Voilà, on est de retour à Buenos Aires, sa chaleur humide, son bruit, sa foule. Dans l’avion qui nous a ramené de Trelew, province de Chubut, tout le monde faisait un peu la tête. Il faut dire que la fin de séjour avait été aussi enthousiasmante que le début.

Une sortie en mer pour voir les dauphins du golfe, mais également une loberia, et des colonies de cormorans royaux. Et une petite leçon de patience, avec apprentissage de la frustration et de ce qu’est la nature sauvage. Parce que pour les dauphins, peau d’zébu. Rien, pas la queue d’un. Les mômes faisaient la tronche, mais ce fut l’occasion d’expliquer la différence entre la nature, la vraie, et un zoo, ou un « sea world » où des orques que l’on croit apprivoisés finissent un jour par bouffer un dresseur. Heureusement les otaries et les cormorans ont sauvé la mise.

Deux jours plus tard, sortie en plein Atlantique cette fois, pour aller voir des toninas. Et là, après une petite demi-heure de navigation, le miracle, la montée d’excitation, les toninas étaient au rendez-vous. Pendant une bonne vingtaine de minutes elles ont joué autour du bateau, faisant la course, sautant hors de l’eau, passant d’un bord à l’autre. Magique.

Le lendemain, encore un miracle, 34 ° à Puerto Madryn. Plage comble, tout le monde avec le maté, et une journée qui se résume à une suite d’aller-retour entre le sable et l’eau. Pour couronner le tout, le soir c’était pleine lune, et toute la province de Chubut semblait s’être donné le rendez-vous tout le long de la plage jusqu’à pas d’heure, pizza et empanadas à l’appui, avec, bien entendu, l’inévitable maté.

Final en apothéose avec, le dernier jour, la visite à la pingüinera de Punta Tombo, à un peu plus de 100 km de Trelew. Tout d’abord une précision, ici on les appelle pingüinos, mais ce sont des manchots. A Punta Tombo, sur la zone cédée par le propriétaire de l’estancia côtière aux parcs régionaux, il y a, en mars, environ 900 000 manchots … On laisse sa voiture après 25 km de ripio, et on marche pendant 2 km au milieu des pingouins. Et quand je dis au milieu, ce n’est pas une figure de style : on s’arrête parfois pour les laisser traverser le chemin balisé qu’il est interdit de quitter, on les voit remonter de la plage, de leur démarche de … pingouins, on les contourne, de quelques centimètres, quand ils sont étendus au milieu du chemin, on entend et on voit les petits réclamer à manger, on entend, sur toute la zone, leurs clameurs (clameur est le terme exact, on pourrait aussi dire tintamarre, voire braiements tant leur cri peut rappeler celui de l’âne !). Et quand on y va, comme nous, en fin d’après-midi, on voit les autres habitants de Punta Tombo : chimangos, martinetas, cuis, pétrels géants, mouettes et goélands, guanacos … Inoubliable.

Lexique.

Loberia : lieu où se rassemble les « lobos de mar » à savoir les otaries.

Tonina : petit dauphin (1m à 1,5m) noir et blanc, très rapide.

Chimango ; rapace local un peu plus grand qu’un faucon.

Cuis : rongeur de la taille d’une grosse souris.

Martineta : oiseau picoreur un peu plus petit qu’une pintade

A part tous ces animaux, que dire de cette petit bout de la province de Chubut … Pour un français (ou un européen), deux choses sont frappantes : L’immensité et son corolaire, la faible densité humaine ; et le fait que tout, absolument tout, est privé. On roule au milieu de nulle part, et la seule trace humaine que l’on détecte ce sont … des barbelés délimitant l’estancia que l’on longe. Pas un mètre carré de terre qui n’appartienne à quelqu’un, qui ne soit clôturé. Même des parcs régionaux comme la Peninsula Valdez ou Punta Tombo appartiennent à des estancieros, et seules quelques zones très limitées sont cédées, ou prêtées, ou louées (je ne connais pas leur statu juridique) aux parcs régionaux.

Une autre caractéristique : la province de Chubut a l’air de plutôt bien se tirer du marasme économique argentin. J’y vois une explication assez simple : au départ on n’y trouvait que des guanacos, des choiques, les pingouins, quelques rares indiens survivants (ceux qui ont échappé au massacre par l’armée argentine au 19°) et quelques estancieros gallois et basques. Ne sont venus ensuite que ceux que l’on est allé chercher, parce qu’il y avait du boulot. Et cela continue.

Voilà. Ajoutons que le mouton y est excellent, le poisson frais à souhait, et que les gens ont le temps de discuter le bout de gras et ont à cœur de défendre leur région et en raconter l’Histoire et les histoires.

On reviendra.

 Bientôt ici même retour à la littérature noire, avec le troisième volet consacré à la guerre de 14-18 de Thierry Bourcy, et un excellent roman d’espionnage écrit, ô surprise, par un britannique, en l’occurrence l’écossais Charles Cumming.

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Published by Jean-Marc Laherrère
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Laurent 05/03/2010 23:11


Ce matin j'ai pris le métro, la ligne 1 jusqu'à Bastille puis la 5 jusqu'à Stalingrad, malgré les vacances scolaires il y avait pas mal de monde et je me suis levé du strapontin pour laisser de la
place aux autres voyageurs. Le soir au retour j'ai pris le bus mais à cause le long de la petite ceinture, il a mis plus d'une heure pour un trajet qui prend 25 minutes d'habitude. Parfois dans les
transports en commun parisiens je me sens comme un animal, pas ceux qui vivent leur vie dans certains coins du monde mais ceux qui sont parqués.


Jean-Marc Laherrère 07/03/2010 01:54


C'est vrai qu'on est un peu parqué chez nous. Et riende tel qu'un tour dans certaines immensités pour s'en rendre compte.


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