Ceux qui connaissent Christian Roux savent que ses écrits ne sont pas spécialement adaptés à la bibliothèque rose. Ce n’est pas Kadogos, je dernier en date, qui va l’y faire entrer.
Marnie est tueuse à gage. Avec une spécialité bien à elle : à la
demande des familles qui ont les moyens de se payer ses services haut de gamme, elle aide des proches en phase terminale à quitter cette terre de douleur en douceur. Elle
rentre à peine d’une mission quand elle est contactée par une dame de la haute qui veut aider son beau-père, atteint d’un cancer, à finir dignement. Contrat rempli rapidement et sans encombres.
En apparence. Car le lendemain le cadavre a disparu de la clinique où il se trouvait, et Marnie découvre sa cliente et ses domestiques découpés en rondelles. Une course poursuite s’engage avec
les tueurs et avec la police.
« ce qui en Europe occidentale passait pour complètement extraordinaire, voire irréel, constituait dans d’autres parties du monde le lot quotidien de millions de personnes. Et si c’étaient des éclats de ces guerres qui venaient exploser jusqu’ici, au sein d’une de ces démocraties plus ou moins pourvoyeuses de massacres ? » Cette phrase du roman pourrait bien être le point de départ de tout. Car c’est bien à l’arrivée, dans notre beau pays, d’un de ces « éclats de guerre » que nous assistons.
Je n’ai qu’une petite (toute petite) réserve sur ce roman, autant s’en débarrasser tout de suite : dommage qu’à une ou deux reprises l’auteur se laisse entraîner à expliciter un peu longuement tout ce qu’il pense des responsabilités de nos belles sociétés dites civilisées dans les malheurs du monde. Il aurait gagné à faire confiance au lecteur, capable à partir de son histoire de tirer de lui-même les conclusions qui s’imposent.
Ceci mis à part, que du bon, du bien noir comme je l’aime. Un roman très sombre, centré sur des personnages torturés, mal dans leur peau et plombés par des passés et des relations particulièrement lourdes. C’est violent, sanglant, dérangeant, mais parfois éclairé par des rayons de soleil, d’autant plus éblouissants qu’ils sont rares, avec de superbe pages sur l’amour (sous toutes ses formes) et la musique.
Le tout avec, en toile de fond, la dénonciation de beaucoup de choses qui devraient nous faire hurler … si nous prenions le temps d’y prêter attention. Le temps de Kadogos, le lecteur est obligé d’y penser. Ne serait-ce que pour cela, sa lecture devrait être obligatoire. Comme en plus il y a du rythme et que la construction est brillante, en plus, on y prend du plaisir. Convaincus ?
Christian Roux / Kadogos, Rivages/Noir (2009).

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