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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 22:04

Ceux qui connaissent Christian Roux savent que ses écrits ne sont pas spécialement adaptés à la bibliothèque rose. Ce n’est pas Kadogos, je dernier en date, qui va l’y faire entrer.

 

Marnie est tueuse à gage. Avec une spécialité bien à elle : à la demande  des familles qui ont les moyens de se payer ses services haut de gamme, elle aide des proches en phase terminale à quitter cette terre de douleur en douceur. Elle rentre à peine d’une mission quand elle est contactée par une dame de la haute qui veut aider son beau-père, atteint d’un cancer, à finir dignement. Contrat rempli rapidement et sans encombres. En apparence. Car le lendemain le cadavre a disparu de la clinique où il se trouvait, et Marnie découvre sa cliente et ses domestiques découpés en rondelles. Une course poursuite s’engage avec les tueurs et avec la police.

 

« ce qui en Europe occidentale passait pour complètement extraordinaire, voire irréel, constituait dans d’autres parties du monde le lot quotidien de millions de personnes. Et si c’étaient des éclats de ces guerres qui venaient exploser jusqu’ici, au sein d’une de ces démocraties plus ou moins pourvoyeuses de massacres ? » Cette phrase du roman pourrait bien être le point de départ de tout. Car c’est bien à l’arrivée, dans notre beau pays, d’un de ces « éclats de guerre » que nous assistons.

 

Je n’ai qu’une petite (toute petite) réserve sur ce roman, autant s’en débarrasser tout de suite : dommage qu’à une ou deux reprises l’auteur se laisse entraîner à expliciter un peu longuement tout ce qu’il pense des responsabilités de nos belles sociétés dites civilisées dans les malheurs du monde. Il aurait gagné à faire confiance au lecteur, capable à partir de son histoire de tirer de lui-même les conclusions qui s’imposent.

 

Ceci mis à part, que du bon, du bien noir comme je l’aime. Un roman très sombre, centré sur des personnages torturés, mal dans leur peau et plombés par des passés et des relations particulièrement lourdes. C’est violent, sanglant, dérangeant, mais parfois éclairé par des rayons de soleil, d’autant plus éblouissants qu’ils sont rares, avec de superbe pages sur l’amour (sous toutes ses formes) et la musique.

 

Le tout avec, en toile de fond, la dénonciation de beaucoup de choses qui devraient nous faire hurler … si nous prenions le temps d’y prêter attention. Le temps de Kadogos, le lecteur est obligé d’y penser. Ne serait-ce que pour cela, sa lecture devrait être obligatoire. Comme en plus il y a du rythme et que la construction est brillante, en plus, on y prend du plaisir. Convaincus ?

 

Christian Roux / Kadogos, Rivages/Noir (2009).

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commentaires

Hejen 09/12/2009 16:36


Je... Bloquée. Ce livre, bon sang... "Peut-être devrais-je leur apprendre à aimer les couchers de soleil. Peut-être que ça servirait vraiment à quelque chose. Mais qu'est-ce qui me dit que je ne me
trompe pas? (...) Après tout, peut-être qu’ils savent. Peut-être qu’après avoir exploré les royaumes de la mort jusque dans leurs contrées les plus reculées, ils sont plus aptes à la vie que
n’importe qui d’autre ?
Pourtant, si leur comportement change toujours à ce moment de la journée, cette façon qu’ils ont de se replier sur eux-mêmes, voire de se recroqueviller, me persuade qu’au fond, ils ne voient pas
le soleil se coucher : ils voient la nuit se lever."(p103)
Nous aussi, et quelle nuit!


Jean-Marc Laherrère 09/12/2009 16:54


Il semblerait que Christian Roux laisse des traces ...
Content de voir que je ne suis pas le seul à avoir été touché.


Laure 07/12/2009 12:22


Je suis entrain de le lire. D'habitude, j'apprécie pas trop les horreurs racontées en détail subies par les personnages des romans (et de facto lues par la pov' petite lectrice que je suis, qui
aime les polars, soit, mais qui apprécie par dessus tout l'ellipse). Et là, coup de poing et de massue. Il te raconte des trucs atroces, ce type, et çà fait pas "plaqué" ou pire "voyeur" (à
l'inverse de Millénium, par exemple) C'est très bien écrit et raconté et les moments de tendresse du flic ou de la tueuse aèrent le récit, mais ne font pas plaqué non plus.
C'est aussi bien que du Bialot.
Je l'ai commencé hier soir (tard) , et je compte bien le finir cette nuit.


Jean-Marc Laherrère 07/12/2009 14:17


Bonne fin de lecture, et j'espère que tu ne feras pas trop de cauchemars.
Heureusement qu'on sent un bon fond chez ce garçon, parce que c'est vrai qu'il n'épargne pas les horreurs à son lecteur.


Xavier 24/11/2009 10:53


Bonne nouvelle, je vais le commander. J'avais beaucoup aimé ses précédents romans, je n'avais pas tiqué sur les côtés militants, j'avais été assez emballé par les personnages, notamment dans
Braquages.


Jean-Marc Laherrère 24/11/2009 11:17


J'ai aussi aimé les précédents, et le côté militant se réduit à une ou deux tirades qui ne diminuent pas l'intérêt du roman. C'est juste, de mon point de vue très subjectif, le seul défaut qui
pourrait être atténué.


jérôme 23/11/2009 11:57


Christian Roux n'est à son premier coup d'essai, j'ai pour ma part une fois de plus était bluffé; Le reproche que vous émettez est des plus justes. Déjà dans son précédent ouvrage Les ombres
mortes', l'auteur ne pouvait s'empêcher de retenir son côté militant. Il n'en reste que c'est du bon pour ne pas dire très bon roman noir français. Remarque l'auteur propose différentes
possibilités pour lire le livre, personnellement je conseille de le lire de la page un à la dernière ( cf Cortazar et son fameux Marelle)
Et enfin rien à voir j'étais ce week-end à SAng d'Encre à Vienne avec mes amis de La Noirôde et j'ai découvert comme le monde était petit...


Jean-Marc Laherrère 23/11/2009 13:27


Effectivement, c'est du très bon, et pour ma part, je l'ai lu comme vous, en tournant bêtement les pages.
Et oui, le monde est petit, et le monde du polar encore plus petit.


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