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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 22:24

Depuis que je vous fait languir … Voici donc le dernier David Peace, second roman consacré à la ville de Tokyo au lendemain de la fin de la guerre. Tokyo ville occupée.

 

Une petite note qui mérite une introduction. Ceux qui me connaissent, où qui ont lu certains commentaires ici même savent que je ne fais pas partie des admirateurs inconditionnels de David Peace. Ses romans, me semble-t-il, suscitent trois types de réactions :

 

Ceux qui adorent et le considèrent comme un des très grands noms du polar actuel.

Ceux qui détestent et ne comprennent pas qu’on puisse lui trouver le moindre talent.

Ceux qui lui reconnaissent un talent immense, sans toutefois arriver à rentrer dans son univers, et qui donc évitent ses livres.


Jusque là, je faisais partie de la troisième catégorie. La lecture de 1974 m’avait secoué, dérangé, mis mal à l’aise, et ne m’avait donné aucune envie de poursuivre la découverte de son univers. Récemment l’atypique 44 jours m’avait un peu réconcilié avec ses romans. Sa venue à Toulouse et la possibilité de le rencontrer m’ont servi de motivation pour lire son dernier ouvrage.

 

Fin de la longue introduction.

 

PeaceTokyo, ville occupée, 26 janvier 1948. Un homme entre dans une agence de la banque impériale juste après sa fermeture au public. Il se prétend médecin et demande à rassembler tous les employés, y compris le concierge et sa famille. Prétextant une épidémie de typhus, il convainc les 16 personnes d’avaler un médicament. Les 16 s’écroulent, 12 meurent empoisonnés, seuls 4 survivront. L’homme qui a pris tout l’argent disponible disparaît. Malgré une énorme mobilisation de la police de la ville, l’assassin n’est pas identifié. Des années plus tard un écrivain tente de rétablir l’innocence de celui qui sera condamné, malgré la faiblesse des preuves recueillies contre lui. Douze récits de personnes, vivantes ou mortes, touchées de près ou de loin par cette affaire tenteront de l’aider …

 

Voilà donc le roman qui m’a réconcilié avec David Peace. Et pourtant j’ai du mal à trouver les mots pour vous convaincre de le lire. Car c’est un roman difficile, un roman qui se mérite, qui se gagne, qui semble parfois vouloir se débarrasser de son lecteur … Mais roman qui donne beaucoup.

 

J’ai été happé, dès le prologue par le rythme hypnotique de la langue. J’ai même été à deux doigt de le relire à haute voix. C’est sans doute cet élan initial qui m’a permis de passer les obstacles que l’auteur met ensuite dans les pattes du lecteur.

 

Le récit est éclaté, scandé, lancinant, chaotique, répétitif ou d’une sécheresse totale au gré de la personne qui a la parole. Si l’auteur repose parfois le lecteur, et lui propose un chapitre à la narration relativement classique, c’est pour ensuite le submerger sous le flot décousu des pensées d’un homme complètement perdu … A l’image de cette ville qui oscille entre haine et admiration des vainqueurs.

 

Le tout forme peu à peu un tableau abstrait d’où émerge l’image d’une société en ruine, occupée, aliénée, ayant perdu tous ses repères … Un océan bouillonnant où nagent, décidés, quelques prédateurs prêts à la curée. Personne n’est épargné, ni vainqueurs américains ou russes, ni les japonais coupables des pires atrocités durant la guerre en Chine.

 

L’ensemble n’est pas aimable, pas agréable, mais sacrément impressionnant. On aime ou pas, on rentre dans le rythme ou pas, mais il est difficile de ne pas reconnaître la virtuosité de style, de langue, de construction, l’ampleur du propos, l’ambition du projet et la maîtrise de sa réalisation.

 

J’ai terminé le livre impressionné, admiratif et secoué. Et pour me remettre je crois que je vais passer à quelque chose de plus léger …

 

David Peace / Tokyo ville occupée  (Occupied city, 2009), Rivages/Thriller (2010), traduit de l’anglais par Jean-Paul Gratias.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars grands bretons
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commentaires

al1 01/02/2011 07:42



Je suis dans "Tokyo, ville occupée" depuis quelques jours et je souffre (lol) mais je m'accroche. A plus



Jean-Marc Laherrère 01/02/2011 09:49



C'est vrai que ce n'est pas une lecture des plus faciles ... Mais le jeu en vaut la chandelle.



sisco 06/10/2010 17:47



J'ai eu du mal à entrer dans le livre. Comme souvent chez Peace. Mais après c'est un festival de grands moments. J'ai beaucoup aimé le passage avec le soldat russe notamment. Cette folie, ce
regard sur l'après-guerre sont vraiment exceptionnels. Mais ce n'est pas donné à tout le monde de lire du Peace et encore plus Ville Occupée. J'espère toutefois qu'il ne cherche pas le style pour
le style. Là j'aime à la folie mais c'est vrai que cela épouse parfaitement l'histoire.



Jean-Marc Laherrère 06/10/2010 21:35



Pour l'avoir entendu parler de son travail, je crois qu'on peut assurer qu'il ne fait pas du style pour du style. Il ne voit pas d'autre façon de raconter son histoire.


 


Le soldat russe par exemple, les lignes barrées peutvent être interprétées, soit comme de la censure, soit comme directement de l'autocensure.


Pour le flic perturbé, il a voulu retranscrire la façon dont nous sommes en permanence saturés de sons, d'informations, de bruits, comment nos pensées sautent en permanence d'un sujet à un autre.


Etc ...



cynic63 01/10/2010 15:20



Ah quelqu'un a trouvé une ressemblance entre Peace et Lorraine Connection...Je me trouve mois bizarre d'un coup...



Jean-Marc Laherrère 01/10/2010 16:34



C'est vrai que n'ayant lu que 1974, 44 jours et Tokyo ville occupée, les styles de ces deux auteurs sont tellement différents, que jamais je ne les aurais rapprochés.



Olivier 17/09/2010 09:03



Je suis un fan de la première heure de David Peace, mais j'avoue que "Tokyo année zéro" ne m'avait pas plu, je n'avais jamais réussi à rentrer dedans. J'avais fini péniblement le livre, un peu
agacé. Bref, je m'étais dit que cette trilogie nippone ne serait pas pour moi. Et puis la lecture de ce post m'a remotivé (merci). Je me suis plongé dans "Tokyo ville occupée" et grand bien m'en
a pris. Il est excellent. Glauque à souhait, obsédant et asphyxiant, triste. Vraiment un bon livre. Une fois cela dit, la première tétralogie et GB84 restent toujours en haut, tout en haut, de
mon palmarès polar (aux côtés du - selon moi - pendant américain de David Peace, James Ellroy).



Jean-Marc Laherrère 17/09/2010 12:19



Il va falloir que je lise donc GB84 ...



Restling 10/09/2010 20:06



J'ai beaucoup aimé la tétralogie du Yorkshire, j'ai hâte de le retrouver avec ce livre !



Jean-Marc Laherrère 11/09/2010 00:07



C'est vraiment un monument.



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