Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 20:49

J’ai ouvert Le jaguar sur les toits, premier roman de François Arango, avec une furieuse envie de l’aimer. Un nouvel auteur, le Mexique, Métailié, trois raisons pour apprécier. C’est pourquoi je suis absolument désolé de ne pas avoir été conquis. Explication.

 

ArangoMexico, DF. Castillo, homme d’affaire récemment viré d’une grande entreprise pharmaceutique a disparu depuis quelques jours quand son cœur est livré à la famille. Avec le paquet macabre, un message en forme de rébus qui semble promettre de nouvelles victimes. Il semblerait que l’homme ait été tué suivant les anciens rites précolombiens.

 

Alexandre Gardel, journaliste français spécialisé dans les affaires de tueurs en série est envoyé sur place par son journal. Il sera épaulé par la belle et énergique anthropologue Catarina Marín, et par le flic mal embouché mais efficace (et intègre) qui mène l’enquête. L’affaire les mènera sur les traces des anciens cultes et dans les forêts du Chiapas.

 

J’avais donc très envie d’aimer ce roman. Et il a, objectivement quelques atouts. Essentiellement la richesse du fond : Belle description de la ville de Mexico et une connaissance visiblement approfondie des manœuvres des grands labo pharmaceutiques (l’auteur est médecin), du pillage des ressources naturelles par ces mêmes labos, des civilisations précolombiennes, de la situation au Chiapas … Tout cela est bel et bon.

 

Mais cela ne fait pas une histoire. Dans La malédiction Hilliker, James Ellroy explique comment son Underworld USA est vraiment né, non pas de la documentation rassemblée, ni de l’envie d’écrire sur une période, mais au moment où il a eu le braquage du fourgon initial et le personnage de Joan Klein … Il avait trouvé le fil narratif. Et justement, voilà ce qu’il manque au roman de François Arango.

 

Les personnages, pour commencer, ne sont que des silhouettes. Ils manquent de chair, de nerfs, de tripes. A vouloir en construire trop, on ne s’attache à aucun. Et puis, mis à part le flic qui, à mon humble avis, est le plus réussi et celui qui a le plus de potentiel, les autres sont bien lisses, sans faiblesses, sans faille mais aussi, du coup sans passion (du moins, on ne sent pas leurs passions). Donc on se fiche un peu de ce qui leur arrive.

 

L’autre face du polar, le méchant, est lui aussi assez terne. On ne comprend ce qui l’anime que dans les grandes lignes, mais pas dans le détail. On ne sent pas sa rage, sa hargne, sa colère, sa haine. Donc là aussi, on reste froid. Et certaines de ses actions semblent artificielles, voire incohérentes.

 

Dommage car une fois de plus le fond est intéressant, les dialogues marchent bien, certaines descriptions sont belles, et le personnage du flic prometteur …

 

J’attends impatiemment vos commentaires si vous avez une autre (ou la même), appréciation …

 

François Arango / Le jaguar sur les toits, Métailié (2011).

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
commenter cet article

commentaires

Susanne Blot 14/04/2011 17:30



Ni familier de l'auteur, ni membre d'une complémentaire santé... Et pourtant pas d'accord du tout avec votre commentaire morose. Certains personnages ont plus d'épaisseur que d'autres, c'est un
fait, mais mince, ce ne sont pas tous des "silhouettes"! Question d'appréciation individuelle: perso, j'ai beaucoup aimé, dans l'ensemble, l'histoire est franchement originale (ah, sûrement pas
autant que dans ces incontournables et merveilleux romans scandinaves qui nous font chaud au coeur...), et d'autres semblent avoir aimé aussi, comme les critiques du Monde. Comme quoi,
un bouquin, c'est aussi une relation unique et mystérieuse avec un lecteur, qui échappe parfois aux influences de la pensée unique.



Jean-Marc Laherrère 14/04/2011 21:30



Je suis enchanté de ce commentaire. Car comme je l'écris au début de ma chronique, j'aurais vraiment voulu aimer ce roman ...


Et tant mieux s'il a eu de bonnes critiques. Comme vous j'ai trouvé l'histoire plutôt originale. Ce sont les personnages et l'instrigue qui m'ont laissé pensifs.


Et franchement, je ne trouve pas forcément les romans scandinaves originaux. Je ne suis pas allé au bout de Millenium, et je ne lis régulièrement que Nesbo, Indridason et Staalesen ...


Dernier point, je ne vois pas où sont, dans les blogs, les influences de la pensée unique, ni même, et surtout, ce qu'est la pensée unique.



Jacques Filippi 07/03/2011 19:18



Excellent blogue! Je l'ai mis en lien sur mon blogue.


Bon travail,


Jacques



Jean-Marc Laherrère 07/03/2011 19:24



Merci !



jeanjean 19/02/2011 16:15



j'ai le livre sous le coude, mais je crois qu'il va y rester, du coup.

A propos du premier commentaire : des sociétés de courtage s'amusent à laisser des commentaires sur les blogs en guise de lien commercial. Ca m'est déjà arrivé y a pas longtemps.



Jean-Marc Laherrère 19/02/2011 18:47



C'est vrai que je n'avais pas percuté. Vu que c'est un machin d'assurance médicale, j'ai pensé que c'était une relation de l'auteur ...


Mais ça m'est arrivé aussi il y a quelque temps, avec des pubs en anglais qui n'avaient aucun rapport avec la chronique.



keisha 19/02/2011 08:24



Ce coeur en vadrouille ne me disait rien qui vaille, j'ai donc évité cette lecture. mais je sais que Yv (lyvres) l'a lu et a plutôt aimé.



Jean-Marc Laherrère 19/02/2011 18:46



Je vais aller voir, merci pour l'info.



sisco 18/02/2011 18:48



Il est très difficile d'avoir de bons personnages. Les auteurs s'attachent souvent trop à l'intrigue, à ses rebondissements et pas suffisamment à l'épaisseur du flic, du détective et du tueur.
C'est ce qui fait que le roman scandinave marche : les persos sont très développés et assez proches. Mais ce n'est pas la recette absolue, par exemple, dans Employé Modèle de Paul Cleave, le
tueur est parfaitement décrit mais le résultats est, à mes yeux, totalement raté... Enfin, au moins un livre sur lequel on peut passer à priori. Jean-Marc ne lisez-vous pas J Wambaugh au fait ?



Jean-Marc Laherrère 18/02/2011 19:30



Et non, je sais que je devrais, j'en ai beaucoup entendu parler, c'est un des rares auteurs qu'Ellroy reconnaît comme ayant eu une influence sur lui ... Mais je l'ai raté, et je n'arrive pas à
trouver le temps pour rattraper ce raté.



Présentation

  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
  • Contact