Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 22:50

Les auteurs de polars brésiliens sont rares chez nous. Raison de plus pour applaudir à la traduction d’un nouveau venu, découvert par les éditions Asphalte. Mais attention, le Brésil de Belém d’Edyr Augusto est loin de la fête, de la caipirinha et du carnaval. Il est noir, corrompu et sauvage.

 

Augusto

Belém, grande ville du nord-est du pays, en bordure de la forêt équatoriale. Gilberto Castro est l’incarnation du nouveau flic. Diplômé, comptant plus sur sa capacité à réfléchir que sur celle à distribuer les coups, il devrait être une des vitrines de la police locale. Malheureusement, Gilberto aime trop la bière et ses frasques commencent à faire tache. Quand il est appelé au domicile de Johnny, coiffeur de la jet set locale trouvé mort chez lui, il suspecte quelque chose de louche et décide de pousser son enquête, malgré les apparences : Johnny serait mort d’un arrêt cardiaque suite à une overdose de cocaïne. Lors de sa fouille de l’appartement, il trouve des photos et vidéos pédophiles. Son enquête est vite freinée : la victime frayait avec une bande qui réunit tous les notables de la ville. Des notables qui n’ont aucun intérêt à ce que certaines choses soient rendues publiques.


Passons rapidement sur deux regrets : Le premier tient à une certaine surabondance de grand guignol dans la deuxième partie du bouquin. Du bien sanglant, bien gore qui n’apporte pas grand-chose (à mon humble avis). Le second est un manque : On pourrait presque être n’importe où au Brésil, on ne sent pas la moiteur, la chaleur, ni surtout l’importance de la proximité de la forêt et des fleuves.


Ceci mis à part, on a là une très belle découvert, bien sombre, bien noire.


L’auteur maîtrise fort bien le principe de Tonton Hitchcok : Il fait cavaler ses personnages après un quelque chose, la fameux MacGuffin de grand Alfred, sans jamais vraiment dire ce que c’est, et sans que l’objet en question ait, au final, la moindre importance. Ce qui compte c’est la course (ou plutôt ici l’hécatombe) pour l’obtenir. La difficulté dans ce genre de scénario étant de s’en tenir à ce principe et de ne pas tenter, pour récupérer une fausse crédibilité, de terminer sur une révélation fracassante … qui frise souvent le ridicule. Vous verrez comme Edyr Augusto termine son roman de façon magistrale.

Le récit alterne de façon complètement maîtrisée entre le personnage principal, Gilberto Castro, et les différents protagonistes dont il prend le temps de dresser le portrait et de conter l’histoire. Là aussi le puzzle pourrait se révéler casse-gueule, il est parfaitement construit, et permet de brosser le portrait sans concession de la société de Belém.


Avec des pauvres qui n’ont que leur corps à vendre (que ce soit en se prostituant, en jouant au foot ou en se rêvant reine du carnaval, ce qui revient souvent à la première solution). Avec une classe de riches parvenus particulièrement odieuse et futile : drogue, alcool, fêtes à la plage, grosse bagnoles, fringues … non, pas de livres, pas de culture, rien que le fric et la superficialité et l’assurance de pouvoir disposer des pauvres à leur convenance.


Et quand entre les deux un Gilberto Castro essaie de rétablir une certaine justice (au moins en termes de loi), il se fait broyer. Vous me direz, rien de nouveau sous le soleil brésilien. Certes, mais cela fait du bien de le rappeler de temps à autre. Surtout quand c’est fait d’aussi belle manière.


Edyr Augusto / Belém (Os éguas, 1998), Asphalte (2013), traduit du brésilien par Diniz Galhos.

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
commenter cet article

commentaires

Nicolas 11/11/2013 10:32


Ce n'est pas un livre moyen, c'est une belle découverte des filles d'Asphalte


Même si en effet, on n'est pas dans le pittoresque brésilien attendu (mais sans doute est-il mieux placé que nous); j'ai aussi eu l'impression d'être dans les années 80/90 (magnétoscope,
disquette, pas de portable) plus que dans les années 2010 : ma version kindle du livre ne donne pas d'indications sur la date de publication/écriture...


Quelqu'un en sait plus ?


La scène gore est bien écrite avec les glissements de points de vue et de personne grammaticale de narration, pas trop longue même si un tantinet extrême

Jean-Marc Laherrère 11/11/2013 11:33



Je n'attendais pas du pittoresque mais le poids d'une nature qui a forcément un impact. Mais tu as raison, l'auteur étant de là, il ne ressent peut-être plus la présence de l'eau et de la forêt.



Norbert 22/10/2013 14:35


Pour la géographie du lieu, comme tu dis, je vois ce que tu veux dire, à un moment je me suis fait la même remarque à un moment (oui, j'avoue !), même si ça ne m'a pas gêné et que pour moi
c'était compensé par la superbe bande-son. De toute façon, il s'agit aussi d'un premier roman, qui n'est peut-être pas exempt de mini-défauts, mais tout le reste est tellement bon que... À tel
point que quand je l'ai fini, il y a un phénomène bizarre qui s'est produit : malgré la totale noirceur du roman et de la fin, le roman, ses personnages et son univers me manquaient ! Je ne sais
pas si tu vois ce que je veux dire, mais j'étais non seulement marqué par ma lecture, mais j'aurais voulu que le livre fasse 600 pages  !... C'est d'autant plus étrange qu'à la fin, il n'y a
nul doute que cette histoire est bel et bien terminée, mais j'ai tellement aimé l'ambiance et les personnages, que j'en aurais redemandé quand même... Enfin bref, c'est vraiment un gros coup de
coeur pour moi, même imparfait.

Jean-Marc Laherrère 22/10/2013 17:18



J'espère que mon billet ne laisse pas l'impression d'un livre moyen ! J'aurais raté mon coup. Et j'attends le suivant.



Sisco 22/10/2013 09:40


Tu vas dire que je ne suis jamais d'accord. Mais ce n'est pas vrai. Toutefois sur les deux reproches que tu fais. La scène gore, justement, illustre la violence latente de tout ce qui précède :
assassinat du coiffeur, meurtres divers... Ce qui ne nous choquerais pas chez des Mexicains, spécialistes es-torutres, est-il inconçevable dans ce coin d'Amazonie ? Les sud américains y vont
franco dans leurs trafics...  L'Amazonie, j'y viens justement, je trouve que Bélèm est bien traduite : pas de plages à touristes, pas de venderus de papayes, juste des bras de fleuve autour
de la ville, des quartiers moisis, une île en face... Augusto ne nous fait pas le coup du guide touristique et ne met pas la ville comme personnage de son intrigue. Tu comprendras que j'ai adoré
ce livre qui est un de mes gros coups de coeur de cette année. Je lis toujours avec attention tes chroniques Jean-Marc et d'ailleurs c'est pour cela que je n'ai pas lu le Mackay, le premier étant
un peu faible à mon goût.

Jean-Marc Laherrère 22/10/2013 09:54



Pas de problème pour avoir des tortionnaires au Brésil, il suffit de lire Enfer ou O matador de Patricia Melo, ou d'avoir vu Pixote ou La cité de Dieu ... Je trouve juste que le frère cinglé dans
sa cage est un poil de trop, et surtout arrive un peu là comme une surenchère.


Et pour Belem, justement, je sens pas le moisi, ni l'humidité, ni l'omniprésence du fleuve. On sent la pauvreté, les inégalités, la violence des rapports sociaux, mais pas assez à mon goût la
géographie de lieu.


Ceci dit, ça reste pour moi des petits défauts mineurs et je recommande chaudement le bouquni.


Et c'est très bien qu'on ne soit pas toujours d'accord !



Norbert 22/10/2013 00:19


J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre, son atmosphère et ses personnages. Pour la scène un peu gore que tu évoques, c'est vrai qu'elle n'était peut-être pas indispensable, mais finalement est-elle
vraiment si loin de la réalité de certains trafiquants sud-américains pour faire disparaître des corps ?


Pour l'autre petit détail que tu cites, moi j'ai lu le livre en écoutant la playlist mentionnée sur le rabat de couverture et disponible sur le site d'Asphalte, donc ça a été un bonus "sonore".
Peut-être est-ce parce que Belém est une grande métropole qu'il manque les éléments que tu évoques ? Moi, en tout cas j'ai été complètement captivé par ce roman et justement par les portraits des
personnages. Vraiment une belle découverte !


À savoir qu'Asphalte publiera en février 2014 un autre roman d'Edyr Augusto, "Moscow", qui est cependant déjà disponible en avant-première en version numérique. Je ne le raterai pas, en tout cas
!

Jean-Marc Laherrère 22/10/2013 08:48



J'ai vu que le suivat était déjà annoncé, etc'est tant mieux.



Présentation

  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
  • Contact