Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 22:56

Un des belles découvertes de la rentrée. Certainement le roman le plus dépaysant. Et avec ça passionnant. Plongez dans la nuit polaire et suivez la Brigade des rennes avec Le dernier Lapon d’Olivier Truc.

Truc.jpgKautokeino, Laponie, quelque part entre Norvège, Suède et Finlande. Après 40 jours sans voir le soleil, les habitants attendent avec impatience le lendemain où ils auront 27 minutes de soleil. Le jour où ils auront de nouveau une ombre.

Klemet fait partie de la brigade des rennes, chargée de régler les conflits entre les différents éleveurs qui se répartissent sur l’immensité. Mais en ce jour particulier sa mission va changer. Au musée du centre culturel un tambour de chaman cédé il y a peu par un camarade d’expédition de Paul Emile Victor vient d’être volé. Voilà qui ravive les conflits entre la communauté samie et les norvégiens qui se laissent de plus en plus tenter par le parti d’extrême droite national. Quand Mattis, un berger de rennes misérable est retrouvé mort dans son campement les tensions augmentent, et la tâche de Klemet et sa coéquipière se complique encore. L’enquête sera longue, et fera remonter à la surface de vieilles histoires et les rivalités et haines de toujours.

Si ce roman se démarque en cette rentrée, ce n’est ni par son écriture, classique (ce n’est pas un critique !), ni par sa construction fort bien maîtrisée, passant d’un lieu et d’un personnage à l’autre, mais là aussi, relativement classique. Pas non plus par la conduite de l’intrigue, là aussi sans défaut, avec son démarrage lent, sa montée du suspense, et son crescendo final orchestré de main de maître. S’il n’y avait « que » cela, on aurait entre les mains un très bon polar bien écrit et bien construit, et ce serait déjà très bien.

Mais Le dernier lapon est plus que cela. Parce qu’il nous plonge, tête baissée, dans ce grand nord que nous ne connaissons absolument pas. Là encore, s’il se contentait de décrire, fort bien, la nuit polaire, le froid, la vie inimaginable des bergers de rennes lapons, le premier soleil de l’année, la beauté et l’immensité d’un paysage enneigé … Ce serait déjà magnifique.

Mais il y a encore plus ! Il nous fait découvrir toute une histoire qui nous est totalement inconnue, même si, à la réflexion, elle est tristement classique : Celle de la colonisation du grand nord par les scandinaves, au détriment de population d’origine, les nomades samis.

Evangélisation musclée, intégration forcée à la culture dominante, en s’en prenant aux enfants, envoyés de force dans une école qui leur interdit de parler leur langue, spoliation des ressources, travail forcé dans des mines … Sans compter maintenant que certains commencent à revendiquer des droits, racisme exacerbé et montée de partis d’extrême droite xénophobes. Refrain tristement connu, mais que j’entends pour la première fois chanté en norvégien …

Découverte également de la vie et de la culture d’une population européenne (et oui, c’est chez nous tout ça), qui ne comprend pas les notions de frontières qu’on veut lui imposer et qui, peu à peu perd ses repères sans arriver vraiment à en acquérir de nouveaux.

Tout cela est fait très intelligemment, au travers du regard d’un Lapon qui s’est un peu écarté de sa culture, et d’une « étrangère » ouverte qui découvre et pose les questions que se pose le lecteur. Intelligemment et sans manichéismes, la société samie étant montrée sans angélisme, avec ses injustices et ses conflits internes.

Bref, si vous voulez du dépaysement, si vous voulez apprendre en passant un excellent moment, si vous cherchez une belle histoire qui vous rendra moins ignorants, vous avez trouvé.

Olivier Truc / Le dernier lapon, Métailié (2012).

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
commenter cet article

commentaires

meyer meyer 23/12/2013 19:32


Je viens de le finir. Tout à fait d'accord avec la critique. Excellent roman policier mais en plus j'ai appris plein de trucs (sans jeu de mot avec l'auteur) sur une cultuure que je connais très
peu. Un des meilleurs polars français que j'ai lu depuis un bout de temps.


Espérons que le dernier lapon ne sera pas le dernier roman d'Olivier Truc et que la suite de l'oeuvre sera à la hauteur. 


 


Et comme on est le 23 décembre je souhaite un très bon Noël à tous les lecteurs de cet excellent blog.

Jean-Marc Laherrère 23/12/2013 20:24



Merci pour les souhaits.


Olivier Truc était à Toulouse en octobre, il y aura une suite, même si ce n'était pas prévu au départ, mais il lui reste des choses à raconter. Attendons donc.



Xavier 06/01/2013 13:47


Là, on est d'accord et sur Truc et sur Mc Bain...Vive le pâté!

Jean-Marc Laherrère 07/01/2013 15:30



Et le foie gras !



Xavier 06/01/2013 09:35


Bon, ben, il va falloir que je change de perspective alors

Jean-Marc Laherrère 06/01/2013 12:22



Non, c'est moi qui étais complètement dans le pâté quand je t'ai répondu ... Comme la plupart des commentaires que je recevais à ce moment là concernaient ma chronique sur le 87° district, j'ai
cru que le tien aussi !! un vrai branquignole !


Du coup ma réponse est complètement à côté de la plaque. Je reprend donc ... Je comprend ton point de vue ce n'est peut-être pas encore son grand roman, mais c'est quand même un sacré vent frais
!



Xavier 05/01/2013 09:57


Un bon roman effectivement, et une plongée fort passionnante dans ce monde peu connue. Il manque peut-être une petite note supplémentaire, un souffle ou alors un art de conter, pour en faire un
très grand roman. Je suis d'accord avec toi sur la grande majorité des qualités de ce livre que tu notes.

Jean-Marc Laherrère 05/01/2013 15:56



Pour moi l'art de conter est parfait. Et le souffle il me semble qu'on le trouve quand on considère l'oeuvre dans son ensemble.



Michel 15/10/2012 10:25


Lu et adoré !


un polar ethnologique !

Présentation

  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
  • Contact