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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 19:59

John Le Carré est grand. Ce n’est certes pas un scoop. Mais cela se confirme régulièrement. Et c’est une fois de plus le cas avec ce dernier roman, Un traître à notre goût. Ce jeune homme de 80 ans, maître incontesté du roman de la guerre froide, nous régale une fois encore.

 

Le CarréRien ne prédisposait Perry, professeur à Oxford et sportif accompli et son amie Gail, avocate londonienne à côtoyer le monde des espions. Jusqu'au jour où, lors d'un séjour paradisiaque sur l'île caribéenne d'Antigua, Perry joue au tennis avec Dima.

 

Son adversaire est un milliardaire russe exubérant, bardé de bijoux et de tatouages … la caricature du mafieux russe. Ils ne savent pas, alors que le match se termine, que Dima va les choisir comme émissaires pour passer un marché avec les services secrets britanniques : La nationalité anglaise, les meilleurs collèges pour ses enfants et une protection de toute sa famille contre des révélations sur les circuits de blanchiment de l'argent de la mafia russe et les réseaux de corruption dans toutes l'Europe. Perry et Gail acceptent, sans mesurer le danger, ni les conséquences sur leur vie et leurs illusions.

 

John Le Carré est grand disais-je donc, enfonçant allègrement une porte grande ouverte.

 

Dans son collimateur cette fois les circuits de blanchiment de l'argent de la mafia, la corruption des élites européennes et en particulier celle de tout le système financier, jusqu'au cœur même de la City de Londres jusqu’au cœur politique des démocraties qui dominent le monde.

 

On pourrait avec un tel sujet, écrire des essais ennuyeux et compliqués, des pamphlets énervés, des articles indignés. John Le Carré livre un roman passionnant, à la construction impeccable et implacable, aux dialogues étincelants, qui nous mène par le bout du nez des Caraïbes à Londres en passant par les prisons russes et les grands hôtels suisses.

 

Dans la première partie, la construction est époustouflante, jonglant avec une virtuosité et une fluidité confondantes entre l’interrogatoire de Perry et Gail (de retour à Londres après leur premier contact avec Dima) et le récit, au présent de leur aventure sur l’île. La seconde partie, au récit plus linéaire, nous enfonce dans les arcanes des luttes entre les dinosaures, qui croient encore en certaines valeurs, et la puissance, le rouleau compresseur, de l’argent et de la dictature de la finance. Jusqu’à l’issue … Incertaine jusqu’au bout.

Un chef d'œuvre de découpage et de précision au service d’un discours humaniste mais sans illusion.

 

Et c’est pourquoi John le Carré est grand.

 

John Le Carré / Un traître à notre goût (Our kind of traitor, 2010), seuil (2011), traduit de l’anglais par Isabelle Perrin.

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commentaires

keisha 16/05/2011 17:10



Ses premiers romans sont carrément géniaux dans le genre...



Jean-Marc Laherrère 16/05/2011 18:33



Entièrement d'accord. Et quand tout le monde croyait qu'il ne survivrait pas à la chute du mur, il rebondit, change, et reste génial. Un grand bonhomme.



Une passante ("toujours" la même...) 16/05/2011 16:43



Quel plaisir de retrouver le grand Le Carré dans ce si réjouissant espace !   A propos de cet auteur (indéfectiblement associé au genre qui assura son succès - je veux parler du roman
d'espionnage -) il ne faudrait pas oublier qu'il est aussi et avant tout un  écrivain "tout court".  Et pas n'importe lequel.  Ceux qui ont un jour ouvert " Un pur espion " savent
qu'ils tenaient entre leurs mains un livre immense et, pour tout dire, l'un des meilleurs opus de la littérature anglophone du 2Oème siècle.  Oui Le Carré sait ce que la littérature veut
dire et oui Le Carré est grand !  Et, compte tenu des nains qui poussent un peu partout dans le monde éditorial, on ne s'étonnera pas que Le Carré fasse figure de titan.


Cela dit, j'aime beaucoup ce que vous faites, monsieur Laherrère...



Jean-Marc Laherrère 16/05/2011 18:32



D'accord avec tout ce que vous écrivez.


Je suis aussi épaté par sa capacité à passer de la sécheresse et de la froideur de ses romans "guerre froide", où le monde de l'espionnage apparaît comme une mécanique d'une efficacité et d'un
manque d'humanité effrayants, à ses ouvrages post chute du mur où, mettant souvent en scène des personnages "normaux" il opte pour une écriture beaucoup plus chaleureuse et empathique.


Du grand art.



sisco 16/05/2011 14:25



Quelle écriture, quelle précision et quelle construction dans les 100 premières pages avec ces aller/retours entre le présent et le passé, on dirait vraiment que Le Carré a pris la métaphore du
tennis pour écrire le roman. Par contre j'avoue que c'est mon premier Le Carré, je craignais que ce soit vieux jeu et puis... pas du tout.



Jean-Marc Laherrère 16/05/2011 14:47



Un vrai jeune homme, et oui, quelle construction n'est-ce pas ? Mais ses romans de la guerre froide sont aussi des modèles du genre.



keisha 16/05/2011 13:45



Hier soir Le masque et la plume en disait grand bien, bon, ça va me donner envie de relire ce jeune auteur talentueux...



Jean-Marc Laherrère 16/05/2011 14:46



Le masque et la plume avait bien raison !



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