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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 15:13

J’ai déjà dit ici tout le bien que je pensais de Henry Porter, digne héritier du grand John Le Carré. Et même si je ne suis pas systématiquement ses sorties, je le lis avec grand plaisir dès qu’il m’en tombe un sous les yeux. Le dernier en date Lumière de fin, est atypique mais excellent.

 

Porter

David Eyam, brillant élève à Oxford, recruté par les services secrets anglais a connu une carrière toute aussi brillante que son cursus. Jusqu’aux plus proches cercles du pouvoir, avant de tomber en disgrâce et de partir s’enterrer dans la campagne anglaise. Les quelques amis qu’il a encore sont donc choqués d’apprendre, avec un bon mois de retard, sa mort « accidentelle » dans un attentat en Colombie. La plus surprise est Kate Lockhart, ex agente des mêmes services, amie proche de Eyam,  aujourd’hui avocate dans un grand bureau à New York qui hérite de tous ses biens. En rentrant elle  découvre un pays changé, où tous sont surveillés de près, surtout les anciens amis de David. Sa mort gênerait-elle le pouvoir ?


Un roman atypique donc, car il se déroule dans un futur proche, très proche, trop proche même d’après l’auteur que je cite dans sa postface :


« Les Britanniques sont aujourd’hui plus surveillés que n’importe quel autre peuple à l’Ouest, voire dans le monde entier. Nous avons plus de caméras de surveillance que toute l’Europe réunie. Elles infestent non seulement les rues et les centres commerciaux, mais aussi les restaurants, les cinémas et les pubs (…)

Les gens sont surveillés tout le temps. Les voyages sur la route sont maintenant suivis par des caméras adaptées de façon à pouvoir lire les plaques d’immatriculation des véhicules, et les données de n’importe quel déplacement sont conservées pendant cinq ans ».


C’est cette dérive vers une société orwellienne qu’Henry Porter décrit ici. Avec tout son talent de maître du roman d’espionnage. L’intrigue est solidement construite et, si elle demande un peu d’attention au démarrage, on est rapidement pris dans la nasse. Une nasse subtilement futuriste, au point qu’on met un moment à se demander à quelle époque se déroule le roman, et encore un peu plus à se dire qu’on doit être dans un futur très proche. Ce qui fait d’autant plus froid dans le dos.


Ne reste plus au lecteur français, glacé par cette vision d’un demain possible, qu’à se demander s’il n’y a que chez les grands bretons que ces choses là puissent arriver …


Henry Porter / Lumière de fin (The dying light, 2009), J’ai Lu (2012), traduit de l’anglais par Raymond Clarinard. 

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars grands bretons
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commentaires

DEMANGE Claude 29/04/2013 13:40


COMME D'HABITUDE EXCELLENT COMMENTAIRE SUR LE LIVRE LUI MEME MAIS CE QUI EST FORT CE SONT VOS COMMENTAIRES QUI ACCOMPAGNENT LA CRITIQUE PUREMENT " LIVRESQUE" ET J'AVOUE QUE CA FAIT DU BIEN

Jean-Marc Laherrère 29/04/2013 14:38



Merci.



Norbert 28/04/2013 18:58


Celui-là aussi, j'avais lu un autre commentaire qui avait attiré mon attention, et comme en plus il est en poche, je vais essayer de me la caser quelque part. Dans un autre genre, ça me rappelle
"Préparer l'enfer" de Thierry di Rollo que tu avais chroniqué ici, et qu'il faut aussi que j'intègre à ma biblio au plus vite. Un peu encore comme Utopia d'Ahmed Khaled Towfik, qui est paru il y
a quinze jours. Bref, c'est incroyable comme toute la littérature noire d'aujourd'hui, y compris française comme Marin Ledun, permet de se rendre compte de la société dans laquelle on est et des
lendemains qui nous attendent. Et si je dis "lendemains qui nous attendent", c'est aussi parce , quitte à passer pour un cinglé, quand en plus toute la machine Hollywoodienne nous sort des films
ou des séries sur ce thème, et de manière aussi permanente depuis ces dernières années, c'est que je finis par croire qu'on cherche quelque part à conditionner le spectateur, ou plutôt le
préparer psychologiquement à ce qui se passe déjà et ce à quoi ça va aboutir. Je me fiche totalement de passer pour un d ces "complotistes fous" que tous nos "grands" médias (tiens là encore, il
y aurait à dire) "dénoncent" aussi habilement ("Mais qui peut donc les prendre au sérieux, voyons, c'est n'importe quoi ce qu'ils racontent, ils en seraient même dangereux, etc ?!!" doit pouvoir
se dire automatiquement dans sa tête la ménagère moyenne - mais pas uniquement : LE  Citoyen Moyen et Modèle ! Pour qu'après lui-même puisse se rassurer à grands coups d'humanisme
dégoulinant, et se dire : "De toute façon, c'est le progrès, c'est normal, et ne jamais faire de discrimination sauf si elles sont positives", par exemple, ou encore "puisque tout le monde peut
se marier (alors qu'il n'y a jamais eu autant de divorce, mais bon), c'est bien normal qu'après ils puissent eux aussi avoir leur bébé, comme n'importe quel couple, voyons !"... )Bref, un citoyen
nouveau pour un monde nouveau. C'est si beau le progrès... Et surtout, n'écoutons jamais le peuple, s'il vote mal, pas de problème on peut refaire passer n'importe qul traité à n'importe quel
moment, dès qu'il se sera attiré sur le prochain grand phénomène mondial ou de société dont tous les médias parleront de concert - etc, etc,etc,etc...


Tout le système est vicié, toutes les idéologies savamment conçues pour servir au(x) bon(s) moment(s), soit pour expérimenter, soit pour déclencher une guerre et permettre aux Gentils, aux Bons,
au Bien de voler une terre à tout un peuple, en récompense de je-ne-sais-quelle-autre-magouille, tout ça parce que c'était inscrit quelque part, et qu'aujourd'hui, en Occident, il y a bel et bien
des gens qui pensent être des "Elus" et qui ont tout fait, tout vérouiller, pour qu'on les considère involontairement comme tels ??!


Désolé, faut vraiment fou à lier, parano-facho-schyzo, à foutre en taule, pour penser ça ! Non ?     rires (jaunes, mais rires quand même)  ;)


Pour revenir au polar, disons simplement qu'avec la SF, c'est finalement la littérature la plus dramatiquement réaliste - et donc d'autant plus passionnante, malgré les divergences - qui existe.
En tout cas pour moi, évidemment.

Jean-Marc Laherrère 29/04/2013 05:20



Je ne suis pas certain de te suivre sur tout ton commentaire.


Entre autres, je ne pense pas qu'on nous "prépare", je crois surtout que les artistes, et en particulier ceux qui se préoccupent d'autre chose que de leur nombril (comme les auteurs de SF ou de
noir) sont sensibles à certaines dérives, et surtout savent mettre en mots (ou en images) ce que le lecteur moyen comme nous ressent sans forcément savoir l'exprimer.


Et comme je suis un pessimiste qui veut garder l'espoir, j'espère que c'est pour nous alerter plutôt que pour nous préparer.



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