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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 16:06

Voilà un roman que j’avais complètement laissé passer lors de sa première parution au Masque. Grâce à la réédition en poche (et aux recommandations de l’amie Corinne of the Noirode), je rattrape mon oubli. La mort au crépuscule de l’américain William Gay méritait bien cette deuxième chance.


GayNous sommes dans les années cinquante, quelque part dans une cambrouse américaine. Kenneth et Corrie, frère et sœur, se débrouillent depuis la mort de leur père. Ils ont découvert que Fenton Breece le fossoyeur du village est un nécrophile pervers. Ils décident de le faire chanter mais n'avaient pas prévu qu'il préfèrerait lâcher à leurs trousses le psychopathe local. Une traque commence, entre Kenneth et le tueur, qui va les mener dans les bois voisins revenus à l'état sauvage depuis la fermeture des mines. Une traque onirique et cauchemardesque …


Etonnant roman, inclassable, et certainement pas réductible à un simple thriller (je ne fais pas une fixation, c’est ce qu’il y a écrit sur la couverture). « Crépusculaire. Sauvage. Halluciné » lit-on en quatrième, sous la plume de Martine Laval. Difficile de mieux qualifier ce cauchemar.


Les bois sont de vraies forêts de contes de fées, ou plutôt de sorcières, habités par des êtres sortis tout droits des brumes de nos pires craintes. Quant au tueur c'est un croquemitaine, insaisissable, omniscient, quasi omnipotent, sans limite et sans morale, le véritable ogre des histoires qui font peur.


Autour de cet imaginaire très marqué, la structure mélange polar et thriller avec la tension du suspense  de la course poursuite entre le gentil Kenneth et le monstre à ses trousses, et conte de fée où chaque rencontre est comme une parenthèse dans un monde sans attache temporelle, comme flottant dans l’espace et le temps. Les personnages croisés, tout en étant indéniablement des « ploucs » américains, sont aussi des sortes d’archétypes, de ces êtres que l’on croise l’un après l’autre dans les contes initiatiques … Jusqu’à la « sorcière » qui détourne le gentil au moment même où on croit qu’il va enfin s’en sortir …


Le mélange des genres est parfaitement dosé, superbement réalisé, au point que le lecteur ne sait plus où il en est. Tout cela par la grâce d’une écriture qui sait passer du plus cru au plus poétique, du réalisme à l’onirique sans que jamais l’on ne devine les raccords.


« Crépusculaire. Sauvage. Halluciné » donc. Et envoutant. A ne rater sous aucun prétexte.


William Gay / La mort au crépuscule (Twilight, 2006), Folio/Policier (2012), traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

Yan 20/04/2012 16:51


Tout à fait. Gay joue beaucoup sur les archétypes, ce qui enlève un peu de fond au roman, mais crée une belle ambiance. Quant à Connie, en effet, j'ai dû relire le passage pour vérifier si elle
était bien morte.

Yan 20/04/2012 16:20


Les grands esprits se rencontrent. J'ai beaucoup aimé aussi mais j'ai été un poil moins enthousiaste car j'ai été gêné par le fait que l'on peine à éprouver de l'empathie pour Kenneth. Jeanjean,
lui, a été beaucoup moins enthousiaste que nous.

Jean-Marc Laherrère 20/04/2012 16:34



J'irai revoir l'avis de Jeanjean.


C'est vrai qu'il y a peu d'empathie parce que l'émotion est en permanence tenue à distance, comme si Kenneth était lui aussi un archétype, un personnage pour d efaux. Même la mort de Connie
parait irréelle, brumeuse, comme tout le roman.


Mon enthousiasme est plus lié à l'originalité du propos et de l'écriture qu'à l'émotion ressentie.



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