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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 23:18

Un premier roman passionnant à la série noire, celui d’une jeune auteur américaine Attica Locke, qui, si l’on en croit ce que l’on peut lire sur son site, a déjà remporté un beau succès critique chez elle. Il s’appelle Marée noire.

 

LockeHouston Texas, au début des années Bush. Jay est noir et avocat. Peu de clients, pas toujours solvables, il a du mal à joindre les deux bouts, et se demande ce qu’il va devenir avec la naissance prochaine de son fils. De son passé d’activiste du mouvement des droits civiques il garde une peur permanente des policiers et de la prison. Ce soir  là, pour l’anniversaire de sa femme, il organise une croisière sur le bayou qui traverse la ville. Croisière du pauvre, sur un bateau délabré, sur une eau sale, le long de quartiers déshérités … Jusqu’au moment où ils entendent le cris d’un femme, deux coups de feu, et le bruit d’un corps qui tombe à l’eau. Malgré sa peur, Jay plonge et sauve la vie d’une jeune femme blanche, visiblement terrorisée. Il la dépose devant un commissariat, pensant qu’il n’entendra plus parler d’elle …

 

Un solide premier roman passionnant à plus d’un titre.

 

A commencer par la richesse des thématiques brassées : On passe des années 70 et la fin des grands mouvements de contestation raciaux mais aussi sociaux, aux années 80 avec leur prédominance de l’économie et le laminage de la classe ouvrière (en commençant par les plus pauvres, à savoir … les noirs). On passe des manœuvres d’infiltration du FBI dans les mouvements contestataires des années 70 à la collusion du pouvoir politique et de l’aristocratie pétrolière symbolisée par l’arrivée des Bush au pouvoir.

 

Ces thématiques sont riches, lourdes de sens, et pourraient très facilement plomber le récit et lui donner des allures d’exposé. Il n’en est rien. Les allers retours entre présent et passé sont maîtrisés, naturels, jamais forcé. Les descriptions des mouvements passés et présents sont bien intégrées dans une intrigue parfaitement construite qui joue sur plusieurs niveau de suspense : le premier concerne l’histoire de la femme sauvée des eaux ; il est mêlé à plusieurs tensions secondaires qui viennent enrichir l’intrigue : concernant Jay et son passé, l’avenir de la grève de dockers dans une ville possédée par les grandes compagnies pétrolières ou le rôle de la Maire de la ville …

 

Des tensions d’autant plus palpables que les personnages sont réellement incarnés et que le lecteur ressent profondément leurs peurs, leurs traumatismes, leurs doutes et leurs attentes.

 

En bref, pour un coup d’essai, c’est un coup de maître.

 

Attica Locke / Marée noire (Black water rising, 2009), Série Noire (2011), traduit de l’américain par Clément Baude.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

Topsy 18/07/2011 17:18



Effectivement vous n'en avez pas parlé. Mais c'est mentionné dans cette (fichue) 4ème de couv' : "dans la lignée de Dennis Lehane et George Pelecanos"...et je me demandais jsute pourquoi eux car
je ne fais pas le lien. Et vous le voyez-vous ?
En tous cas c'est un argument marketing qui marche, dans le "choix" de lecture d'impulsion.... :)



Jean-Marc Laherrère 19/07/2011 10:45



Ah les 4° ! Une calamité le plus souvent. Effectivement, rien à voir, ni avec Lehane, ni avec Pelecanos. Ce type de référence ne peut pourtant que desservir l'auteur.


Dommage que même des maisons sérieuses comme la SN ou Rivages s'y laissent parfois prendre.



Topsy 16/07/2011 19:59



Effectivement roman noir plus que thriller...et je ne vois pas bien la lignée que peut avoir Attica Locke avec Dennis Lehane (que je vénère), car ces deux là n'ont rien à voir tant au niveau du
style que des ambiances.
Ceci dit, je n'ai pas tellemnt accroché et après mêtre demandé "mais qu'est ce qui le fait à ce point trembler", les long flash-backs sur le passé militant du personnage principal m'ont plutôt
ennuyée, car malgré ma (modeste) connaissance des luttes des noirs américains pour leurs droits civiques, j'ai été noyée par la belligérance de l'auteur.
Au final je suis bien moins enthousiaste que la plupart des gens qui ont lu ce livre, ce qui me pose question...



Jean-Marc Laherrère 18/07/2011 17:02


Visiblement d'autres aussi ont été génés par les retours au passé, pas moi. Quand à la référence à Lehane, je ne crois pas en avoir parlé ...


Nicolas 09/05/2011 07:29



C'est une -bonne- émission littéraire de France Culture, le samedi, consacrée surout à la "blanche" mais qui se permet quelques incursions dans le genre...(le précédent, de mémoire, c'était High
Noon au Seuil)



Jean-Marc Laherrère 09/05/2011 09:58



Merci.



Nicolas 08/05/2011 18:52



tout juste commencé


bon incipit


le personnage principal semble tout à fait intéressant, avec un passé trouble, et un présent instable


merci pour le conseil (sélectionné dans un des derniers Jeux d'épreuves par Joseph Macé-Scaron)



Jean-Marc Laherrère 08/05/2011 22:21



De rien.


Une question de curiosité, c'est quoi les Jeux d'épreuves par JMS ?



Sisco 17/03/2011 14:06



Un petit peu long mais je ne sais pas si c'est un défaut tant le roman est riche. Je dis roman parce qu'il y a vraiment de la figure romanesque avec ce Jay, avocat vraiment tiraillé par ces vieux
engagements et sa volonté nouvelle de reconstruire sa vie. C'est vraiment trépidant mais encore une fois je ne comprends pas le mot " thriller " sur la couverture. C'est du roman noir dans les
règles de l'art non ? On a même la fille fatale en la personne de la maire de Houston !



Jean-Marc Laherrère 17/03/2011 21:54



Absolument d'accord, un roman noir dans les règles de l'art. Ceci dit comme j'ai eu entre les mains les épreuves non corrigées, je ne sais pas ce qui est écrit dans la 4° de couverture ...


Dans tous les cas, un excellent roman.



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