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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 19:13

C’est fini. Fin de la cinquième édition de TPS. Et grosse fatigue …

Comme toujours, quelques regrets et beaucoup de plaisir.

Les regrets tiennent essentiellement aux annulations de dernière minute, avec une hécatombe méditerranéenne : Carlo Lucarelli, Grazia Verazani et Petros Markaris bloqués pour diverses raisons au dernier moment. Snif, je me faisais un plaisir de les rencontrer.

Regret aussi de cavaler tellement et de ne pas avoir plus de temps pour assister à toutes les tables rondes, pour discuter avec les copains, pour prendre quelques minutes avec un auteur …

Et puis il y a le plaisir et les grands moments.

Plaisir de retrouver la bande des animateurs de tables rondes, Yan le pourfendeur de daube (et grand connaisseur de James Grady), Corinne et Jack de la Noirôde, Hervé not’ bon président de 813, et Jean-Paul l’autre local de l’étape. Tout au long de la préparation, pendant le festival, ce fut un plaisir de travailler avec des gens qui viennent se faire plaisir, n’emmerdent pas le monde, n’ont pas d’ego surdimensionné à mettre en avant, des gens qui cherchent à faire plaisir à laissant à tel ou tel l’auteur qu’il rêve d’interviewer … c’est rare, ça arrive mais c’est rare de bosser de façon aussi facile et fluide, et ça fait du bien !

Plaisir de retrouver les copains de 813 que je n’arrive à voir qu’une fois par an …

Plaisir de découverte. J’ai particulièrement apprécié de pouvoir discuter un moment avec Jérémie Guez et Michael Mention, deux jeunes auteurs que je n’avais pas encore eu l’occasion de rencontrer. Plaisir d’échanger quelques mots avec Jake Lamar ou James Grady, de trinquer avec Olivier Truc et l’incontournable Jean-Hugues Oppel.

Et puis bien entendu, il y avait les rencontres. Qui ont été très très politiques !

Parmi celles auxquelles j’ai assisté, deux échappaient à la rage devant ce qui se passe actuellement : Celle qui réunissait Olivier Truc, Elsa Marpeau et Michael Mention sous le thème de « écrire l’ailleurs », plus centrée, comme son nom l’indique, sur le déplacement géographique, a montré que les trois auteurs, malgré des univers et des écritures très différents, ont en commun le talent et l’humour. Une rencontre, et c’est rare, où le froid lapon a côtoyé le chaud et humide des tropiques, en passant par le froid humide anglais … Et qui nous a donné l’occasion d’apprendre Le dernier lapon et Sale temps pour le pays auront des suites.

Et celle qui tournait autour de la manipulation et des romans d’espionnages, où Tina Uebel a réussi, grâce à sa fougue et son enthousiasme, à exister face aux deux pros de la table ronde que sont Patrick Raynal (qui en plus avait avec son espion du pape et sa parodie une mine d’or d’anecdotes) et James Grady, très gentleman.

Ca a par contre été très politique avec nos invités américains, lors de deux tables rondes. La première réunissait Larry Fondation et Jake Lamar, elle devait parler de la ville … On y a parlé de la ville, de l’écriture, mais surtout de la situation américaine, du racisme en France et aux US, bref de politique, et on a remis ça avec les mêmes plus James Grady pour une table ronde « Regards sur l’Amérique », où le très flegmatique James a qualifié les Tea Party de Talibans américains, où ils ont évoqué le désastre initié par la politique de Reagan (et qui continue), la ségrégation sociale mais aussi ethnique au sein d’une ville comme Los Angeles, les espoirs déçus par l’élection d’Obama … Bref un regard pas franchement objectif, et c’est pour ça qu’il était bon !

On se doutait bien que la table ronde animée par Carlos Salem, réunissant Willy Uribe, Carlos Zanon, Victor del Arbol, Antoño Lozano et, last but not least, l’incandescence Cristina Fallaras serait animée … Elle le fut. Carlos s’y est révélé un parfait maître de cérémonie, et les échanges ont été … vifs. Si l’on y a parlé littérature, le propos est quand même souvent revenu vers la situation catastrophique de l’Espagne, sur les responsabilités de cette catastrophe, les choses ont été dites fort clairement, très fort et très clairement même ! Vous l’aurez compris, le politiquement correct, le langage policé de tous les chroniqueurs qui tournent autour du pot pour nous dire que « c’est plus compliqué que ça » ou « on ne peut pas laisser dire que … » n’était pas de mise. Les chats ont été appelés des chats, les enfoirés qui accaparent les richesses et mettent des centaines de millier de gens à la rue des enfoirés (et même plus, mais l’espagnol est supérieur au français quand il s’agit de dire ce qu’on pense d’un fils de pute). Il y a eu de l’émotion, du bruit, de la rage, des rires. Une vraie table ronde, juste un poil fatigante à traduire à la volée ! Et on s’est ensuite tous retrouvés autour d’un punch à chanter El pueblo unido et Comandante che Guevara. Ce qui là aussi a le mérite de la clarté.

Dimanche matin émeute devant l’auditorium pour la rencontre avec Luis Sepulveda. Devant une salle pleine à craquer, pendant plus d’une heure il a confirmé à tous qu’il est un conteur hors pair, capable de tenir l’auditoire dans sa main, de faire rire, d’émouvoir, d’indigner, un vrai bonheur. Il nous a parlé de son grand-père anarchiste, du l’homme qui avait inspiré Le vieux qui lisait des romans d’amour, il nous a dit pourquoi il se sent si bien parmi les auteurs latino-américains de roman noir, comment et pourquoi il a écrit pour la jeunesse, comment Paco Taibo lui prêta son privé le temps d’un chapitre. Il a parlé du Chili d’hier et d’aujourd’hui, d’amis argentins, équatoriens, péruviens … Il a parlé des luttes passées, présentes et à venir, de celles à mener en Espagne où il habite en ce moment … On serait bien resté beaucoup, beaucoup plus longtemps.

Et j’ai raté, malheureusement, les rencontres avec Gilles Bornais et Jérémie Guez, et surtout celle sur polar et monde du travail …

Bref, je ne sais pas s’il y a eu plus ou moins de monde que les autres années, dans les rencontres auxquelles j’ai assisté j’ai vu des auteurs et des lecteurs heureux, j’ai fini sur les genoux, et je veux dire un grand merci à tous ceux qui se sont démenés avant, pendant et après, pour préparer, organiser, réserver, accompagner, conduire, nourrir, fournir les livres, les renseignements, bouger tables et chaises, s’occuper de la sono, gérer les imprévus … Et à tous ceux qui sont venus nous voir, justifiant ainsi tout le travail effectué.

PS. J’ai été très fainéant, je n’ai pas pris mon appareil photo, donc pas de photo à vous proposer …

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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commentaires

Carnets Noirs 16/10/2013 21:51


Et je me promets bien chaque année qu'un jour mes vacances correspondront à ce festival et que je viendrai voir en vrai :-) Vivement!

Jean-Marc Laherrère 16/10/2013 22:27



Excellente résolution. A l'an prochain ?



L.ALFREDO 15/10/2013 16:38


Oui, mais ils ont un nom


Capitalisme et ses laquais


Refuser de nommer les choses m’a toujours dérangé quand ce n’est pas inquiété

Jean-Marc Laherrère 15/10/2013 17:00



Je ne pense pas qu'elle ait refusé, je crois plutôt que pour elle (comme pour moi sur le moment), c'était évident. Pour en avoir reparlé ensuite pendant la soirée, je crois qu'il y a eu un simple
malentendu, mais que tout le monde était d'accord.



L.ALFREDO 15/10/2013 16:05


Au sujet de


« la table ronde animée par Carlos Salem, réunissant Willy Uribe, Carlos Zanon, Victor del Arbol, Antoño Lozano et, last but not least, l’incandescence Cristina Fallaras serait
animée … Elle le fut »….


Dire que les « méchants » sont les Autres ne me parait pas de la plus
grande clarté.


Et la question reste : qui sont ces Autres ?


Car il  me semble important de faire
Attention à ce que n’importe qui n’affecte pas n’importe quoi à cette une variable indéfinie.


Mais je dois faire fausse route…

Jean-Marc Laherrère 15/10/2013 16:19



Pour moi c'est très clair. Il y a eux et nous. Eux vivent du travail de Nous. Eux ont perdu un peu partout des points après la seconde guerre mondiale, après chaque grande crise quand on c'est
aperçu qu'Eux, qui sont si peu nombreux, possèdent toutes les richesses du monde et ne veulent pas les partager avec Nous qui les produisons.


Eux ont voulu nous faire croire que la guerre de classes était finie. Ils y sont parvenus en grande partie. Ils ont fait croire aux pauvres couillons qui bossent que s'ils possèdaient 2 actions
ils étaient potes ! Et ils les baisent profond tous les jours. Mais Eux savent bien que cette guerre continue de plus belle, parce qu'ils la mènent sans rien dire, et qu'ils gagnent bataille
après bataille.


Finalement, ces enfoirés, Eux, sont comme les curés : Ils ne lâchent jamais rien, et continuent, jour après jour, à essayer de récupérer ce qu'ils ont perdu lors des batailles passées.


Voilà, c'est vrai que sur ce point je suis assez d'accord, voire très d'accord avec Cristina. Il y a deux camps aux intérêts absolument antagonistes. Leur tour de passe passe à Eux a été de nous
faire croire le contraire. Parfois, même si ça simplifie à outrance, j'aime bien le rappel de certaines réalités fondamentales.


Mais on ne peut pas avoir joué au rugby sans être viscéralement attaché au fameux "retour aux fondamentaux".



Maïté Bernard 15/10/2013 09:41


Un résumé qui fait très plaisir à lire!  On s'y croirait!

Jean-Marc Laherrère 15/10/2013 16:08



Et j'espère t'y voir un de ces quatre, maintenant que tu es voisine ...



Norbert 14/10/2013 20:04


Merci à toi pour toutes ces infos et impressions à chaud ! Il faudra bien que je trouve un moyen d'y aller, à ces fameux TPS, surtout qu'on y rencontre des auteurs espagnols, italiens,
sud-américains, et que j'ai de plus en plus de plaisir à lire les polars de là-bas. Je te conseille vivement, tant que j'y suis, l'excellent "Belém" du Brésilien Edyr Augusto, qui vient de
paraître chez Asphalte. Très noir et très bon !


Sinon, j'en conclus que tu parles (et traduit plutôt) bien l'espagnol, non ?


Dernière petite question : tu l'as lu le roman de Tina Uebel, "La vérité sur Frankie", paru chez Ombres Noires ? Je n'ai pas trouvé de chronique, c'est pour ça... En tout cas, n'hésite pas à
contacter Stock car le 23 octobre sort le second volet, après "Une terre si froide", de la trilogie Sean Duffy d'Adrian McKinty, sous le beau titre de : "Dans la rue j'entends les sirènes". J'ai
lu "Une terre si froide" il y a un ou deux mois, ça a été formidable, comme à chaque fois avec ce grand auteur, et je languis la suite!!


Allez, bonne soirée et repose-toi bien, JM !

Jean-Marc Laherrère 14/10/2013 22:33



De rien !


Sinon, je viens d'attaquer Belem, je piste McKinty, et oui, j'ai chroniqué Uebel (si tu vas à l'index par auteurs à droite tu vas la trouver), mais je n'ai pas été convaincu.



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