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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 14:31

J’ai beaucoup aimé les deux premiers romans de Stuart Neville traduits en français. Les fantômes de Belfast nous ont révélé un bel écrivain, Collusion confirmait et mettait en avant le personnage de Jack Lennon. C’est lui qui est au centre de Ames volées, nouveau grand roman de l’auteur.

 

Neville

Galya est une jeune ukrainienne qui pensait venir en Irlande pour travailler dans une famille russe et apprendre l’anglais aux enfants. Elle se retrouve séquestrée dans une ferme qui produit des champignons, puis vendue à un réseau de prostitution appartenant à deux frères lituaniens. Quand l’un tente de la violer, elle le tue et réussit à échapper à la bande qui se lance à sa poursuite. Elle appelle à l’aide un homme bon, qui lui avait laissé ses coordonnées, sans se douter qu’elle tombe de Charybde en Scylla. Jack Lennon, flic rencontré dans Collusion se retrouve en charge de l’enquête sur le meurtre du truand. C’est alors une course à trois, entre le sinistre bienfaiteur, le gang lituanien et ses soutiens dans la pègre locale et la police qui démarre.


Waouw ! Accrochez les ceintures, ça secoue ! Ca secoue d’emblée, et loin de se calmer le rythme s’accélère tout du long. Ames sensibles et cœurs fragiles s’abstenir. Du rythme, une maîtrise impressionnante du tempo et du découpage du récit au service d’un suspense implacable.


Après deux romans très politiques, Stuart Neville se fait plaisir, et nous fait plaisir avec un (presque) pur thriller. Je sais que je n’aime pas ça normalement, mais quand c’est écrit avec un tel talent, il est impossible de le lâcher une fois la première page tournée.


Presque pur thriller parce que la patte Neville est là et bien là. Avec la légère touche de surnaturel, dosée avec maestria, juste ce qu’il faut pour épicer le récit sans jamais tomber dans la facilité de s’en servir pour se sortir d’une impasse narrative. Comme chez John Connolly, un autre irlandais maître du genre (d’ailleurs un des personnages s’appelle Connolly, ce n’est sans doute pas un hasard).


Le personnage de Jack entre ici dans la bande des grands personnages de polars dont on attendra avec impatience les prochaines aventures. Il a un petit côté Harry Hole avec ses fantômes, ses faiblesses dont il n’est guère fier mais dont il n’arrive pas à se débarrasser, ses conflits avec la hiérarchie, son côté franc-tireur et en même temps sa haine de la compromission et de la corruption.


Autour de lui les affreux sont particulièrement soignés. Flics ripoux, truands sans morale, psychopathe pas piqué des hannetons et en lisière de l’histoire, entre-aperçu comme une ombre, un croquemitaine, menace pesant sur la suite …


Et puis en toile de fond Belfast, ville encore meurtrie, ville qui, pour les étrangers qui y vivent depuis peu suinte encore la haine, ville où, comme le dit Jack, il n’y avait pas jusque là de tueurs en série tant il était facile de tuer de façon « légitime ».


Bref, si vous ne craignez pas trop les polars qui secouent, ne ratez surtout pas celui-ci.


Stuart Neville / Ames volées (Stolen souls, 2011), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars irlandais
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commentaires

meyer meyer 09/04/2014 06:04


Je viens de le terminer. C'est peut-être mon préféré de la série. Très bien ficelé, une petite dose de surnatulel mais vraiment très légère et comme le dit Jean-Marc qui ne sert pas à faire
avancer artificiellement  l'histoire, des fausses pistes dont on se dit que cela annonce une suite. Des perseonnage biens cernés. J'attends donc le prochain avec impatience

Jean-Marc Laherrère 09/04/2014 08:29



moi aussi !



Nicolas 11/11/2013 10:24


merci JM


je vais lire ce thriller


j'avais lu avec intérêt le premier, intéressant mais répétitif avec le gimmick des fantômes mais fait l'impasse sur le 2e, apparemment plus faible


+1 pour le Kesey...traduction attendue et lecture prévue très rapidement pour moi


 


...les recommandations des Unwalkers sont quelquefois à suivre, mais le ton pseudo punk anarchs fuck tout le monde avec les fautes en prime, bof bof (n'est pas subversif qui veut)


 

Jean-Marc Laherrère 11/11/2013 11:32



J'avais bien aimé le second ...


Celui-ci est maîtrisée au millimètre.



Xavier 05/11/2013 07:54


Oui, toujours par monts et par vaux, asiatiques. Hier, c'était la Mongolie

Xavier 04/11/2013 06:35


Merci pour toutes ces recommandations que je suis avec bonheur.
Excellent roman. 

Jean-Marc Laherrère 04/11/2013 09:17



De rien ! 6h35 ! t'es toujours en vadrouille loin de chez nous ?



Norbert 28/10/2013 15:01


Oui, j'imagine bien ! Mais je te le signale quand même parce que ce genre de conseils d'écrivains à leur éditeur (comme l'expliquait Guérif), c'est bon à savoir et ça permet de bonnes
découvertes. Même celui qui tient le blog "Le Vent sombre" a trouvé le roman "magnifique" (je le cite), là où il n'a aucune pitié pour Harry Hole et d'autres ! (rires)


Le dernier qu'il faut que tu notes et que tu te fasses par exemple offrir à Noël, c'est quand même aussi le Ken Kesey, "Et quelquefois j'ai comme une grande idée", l'auteur de "Vol au-dessus d'un
nid de coucous". Même moi qui avais peur que ce soit trop ardu à lire, j'avais lu les 40 premières pages disponibles sur internet, et franchement j'avoue que l'écriture t'embarque comme un fleuve
et qu'elle se savoure. Du coup, je me le suis pris, je n'ai pas encore plongé dedans mais c'est déjà en lui-même un très beau livre, remarquable travail de Monsieur Toussaint Louverture (petite
boîte d'éditions). Quitte à le lire l'été prochain s'il le faut, je pense qu'il srait dommage de passer à côté, d'autant plus que c'est aussi un vrai roman noir. (tu peux aller voir sur
k-libre.fr la chronique où il lui ont mis la note maximale, Dom de Unwalkers qui a adoré, etc).


Allez, j'arrête là : bonnes lectures !  ;)

Jean-Marc Laherrère 28/10/2013 18:11



Je note, merci.



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