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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 23:13

« Ma mère m’a donné ce cadeau et cette malédiction : l’obsession ».

 

Cette malédiction, James Ellroy lui donne un nom : La malédiction Hilliker.


Ellroy HillikerDe son rapport complexe avec sa mère, on croyait tout savoir depuis Ma part d’ombre. Son amour et son obsession pour les femmes, on pensait les connaître depuis le Dalhia Noir. On les savait rédemptrices comme Lynn de LA confidential qui « sauve » Bud White. Avec Underworld USA, elles passent au premier plan de son roman.


La malédiction Hilliker nous raconte tout, tout ce qu’on ne savait pas encore, tout sur James Ellroy et les femmes en général, James Ellroy et quelques femmes en particulier. Mais pas seulement. Tout au long des six parties consacrées à celles qui ont le plus compté, de sa mère à sa dernière compagne, l’auteur se livre, complètement, parle de ses obsessions, de son rapport à l’écriture, de ses derniers romans, de ses souffrances, de ses erreurs … L’expression est galvaudée mais je n’en trouve pas de plus adaptée, il se met littéralement à nu, en grand exhibitionniste timide qu’il est.


Je pourrais ici reprendre ce que j’ai écrit sur Ma part d’ombre au sujet des autofictions. Comme la précédente, celle-ci est passionnante parce que l’auteur est James Ellroy, auteur incontournable, personnage hors norme … Un personnage de roman pour tout dire.


Et c’est le roman de sa vie qu’il écrit. Roman passionnant car, outre ses relations avec les femmes, il y raconte sa relation avec le public, la maîtrise parfaite de son show et de ses provocations. Il y raconte son incapacité à être heureux très longtemps. Il y raconte ses amours, bien entendu (et les amours d’Ellroy ne sont pas faites pour la collection Harlequin …). Et il y raconte la genèse de ses livres, et plus précisément des derniers.


Il y dit l’influence des femmes, ses intentions stylistiques, il y dit surtout l’importance primordiale chez lui de la narration. Une narration indispensable à ses romans, mais indispensable même à sa propre survie. On a même l’impression qu’il ne se sent exister, que sa vie n’a de sens que lorsqu’il lui trouve un fil narratif. D’où peut-être (sans doute ?) la nécessité de ce bouquin.


Pour finir, il reste la prose Ellroy. Obsédante (encore), hallucinée, lancinante, explosive et pourtant totalement maîtrisée. Un prose qui oblige parfois à accélérer la lecture, ou qui, comme dans le récit de sa dépression, en arrive à être épuisante à lire tant il fait passer dans son rythme sa propre frénésie.


Bref un ouvrage indispensable pour tous ceux qui, de près ou de loin, s’intéresse à l’homme et à son œuvre.


On en reparle la semaine prochaine, après ma rencontre avec le personnage.


James Ellroy / La malédiction Hilliker (The Hilliker curse, 2010), Rivages/Thriller (2011), traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

Sisco 28/01/2011 20:50



Moi j'ai aimé parce que Ellroy descend de son piédestal avec La malédiction Hilliker. C'est un lourdaud avec les femmes, c'est un psychotique. Rarement on a pu approcher de si près un auteur.



Jean-Marc Laherrère 28/01/2011 23:23



C'est vrai que, encore plus que dans Ma part d'ombre, il se livre sans fard et sans se faire de cadeau.



cynic63 27/01/2011 15:50



Bon, je ne t'étonnerai pas en disant que je ne le lirai pas...


Je voulais juste dire à Jeanjean de ne pas trop s'agacer des remarques qu'il évoque. De plus, il me semble que ce n'est pas forcément irrévérencieux de dire qu'un roman policier est plus que ça.
Par exemple, il y a des bouquins qui n'ont d'autres prétentions que de "distraire" en adoptant ce genre et qui ne font pas avancer le bordel plus que ça. Si je prends le thriller, sous-genre qui
squatte les têtes de gondole, c'est très largement le cas.


Peut-être que le roman policier qui dépasse le simple cadre polardeux, c'est justement celui qui nous intéresse? Question ouverte


P....je suis vraiment long aujourd'hui



Jean-Marc Laherrère 27/01/2011 21:08



Ben oui, justement. Il semble que pour certains journalistes et critiques (pas tous heureusement), le roman policier c'est juste ce machin pas cher, mal traduit, qu'on achète dans les gares. Tant
pis pour eux, mais ça agace quand même de temps à autre, selon l'humeur ...



Alain Terrier 26/01/2011 21:30



Toujours très controversé...voir l'article de Julien Védrenne sur K-libre...le James décidemment ne laisse pas indiffèrent !!!



Jean-Marc Laherrère 26/01/2011 22:08



J'ai vu rapidement. Je comprends que ce soit un bouquin qui agace. Comme d'habitude, on aime ou on déteste Ellroy. J'ai de mon côté décroché à un moment de son oeuvre, pour me raccrocher
maintenant ...



jeanjean 26/01/2011 12:54



Je l'ai entendu hier ou avant-hier soir chez Demorand (qui n'a pas pu s'empêcher de dire : "encore plus que des romans policiers... des romans tous courts"), il a fait un peu son mariolle,
le don de Dieu, l'immense talent qui est le sien etc... De quoi s'agacer ou sourire, en tout cas fais quand même gaffe au "dog" !
Pour ce qui est de ce livre, je le lirai plus tard, je ne suis pas pressé, Ma part d'ombre m'ayant déjà ennuyé à certains moments. @+



Jean-Marc Laherrère 26/01/2011 13:55



J'ai prévu de faire gaffe, et pris le parti de m'amuser. Il est d'ailleurs très clair là-dessus dans son bouquin : face au public il fait le show qu'on attende de lui, de façon très consciente et
maîtrisée et adore faire réagir le public.


C'est une expérience un poil intimidante, mais d'un autre côté, je ne risque rien de bien grave !



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