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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 23:17

J’ai déjà dit ici et surtout , tout le bien que je pense de José Carlos Somoza. Je terminais d’ailleurs la dernière la note sur La théorie des cordes en me demandant quel serait son prochain défi. La clé de l’abîme répond à la question : Il s’agit de montrer, au travers d’un hommage au maître H. P. Lovecraft, que toute religion n’est jamais que l’adoration d’une œuvre d’imagination. Ni plus, ni moins. Voyons comment il s’y prend …

 

SomozaDaniel Kean n'est peut-être qu'un employé subalterne du Grand Train, mais il est heureux de sa vie avec sa femme Bijou et leur fille Yun. Une vie monotone, grise, mais qui lui convient parfaitement … avant de voler en éclat. Ce matin là, entre Dortmund et Hambourg, un voyageur perd son sang. Daniel s'approche et sans en être conscient, va se retrouver porteur d'un secret qui pourrait le mener … A Dieu. Ce Dieu qui fait peur, ce Dieu que les croyants adorent, au travers d'un des quatorze chapitres du Saint Livre. Et Daniel qui ne se considère pas comme croyant, se retrouve au centre d'une lutte sans merci entre différents groupes voulant s'approprier le secret, jusqu'au bout du monde.

 

José Carlos Somoza toujours aussi imaginatif, aussi cohérent, aussi impressionnant dans sa façon de prendre une idée, et de la mener jusqu'à son ultime conséquence. Le monde qu’il construit est pensé dans ses ultimes détails, dans ses moindres conséquences. Les réactions des personnages en découlent, tout naturellement. Et le lecteur, qui a avalé l’hameçon des premières pages, ne peut que suivre, prisonnier, l’auteur qui l’amène alors où il veut, et quand il veut.

 

Je n’en dirait pas plus sur ce monde futur un rien effrayant. Ni sur la révélation qui attend les personnages à la fin de leur quête. Juste quelques mots pour dire que Somoza s’amuse, joue avec les codes, multiplie les clins d’œil à la littérature populaire avec ses fins de chapitre du style : 

 

« Daniel, cours aussi vite que tu peux ! 

Ce fut alors qu’il vit les ombres. »

 

Ou encore :

 

« … quand soudain en arrivant au bord des rochers, un autre panorama s’étendit devant lui.

Il resta à la regarder, bouche bée. »

 

Quand à la dernière phrase de l’épilogue, il suffit de dire que c’est moi qu’elle a laissé bouche bée. En illusionniste de génie, Somoza nous l’a agité sous le nez durant tout le roman, nous l’a montré, dévoilé … A tel point que je n’ai rien vu venir. Le principe de La lettre volée dans toute sa splendeur ! Je ne vous en dis pas plus, mais je suis curieux de savoir si vous avez été plus malins que moi …

 

Un dernier point. J’ai lu Lovecraft, il y a bien longtemps, et je ne me souvenais d’aucun de ses romans. Cela ne m’a pas empêché d’apprécier le bouquin. Je suppose cependant que c’est mieux pour ceux qui se ont encore son œuvre en tête et peuvent apprécier toutes les références.

 

José Carlos Somoza / La clé de l’abîme (La llave del abismo, 2007), Actes Sud (2009), Traduit de l’espagnol par Marianne Million.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans SF - Fantastique et Fantasy
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commentaires

holden 06/09/2010 15:20



sublime


merci



Jean-Marc Laherrère 06/09/2010 15:58



de rien.



holden 11/08/2010 19:27



achete stop


marre des poalr stop


je te remercie stop



Jean-Marc Laherrère 11/08/2010 23:14



De rien, bonne lecture. Stop.



La ruelle bleue 11/08/2010 11:06



J'avais lu "la dame n°13" de Somoza et avais été plongée dans un univers onirique sombre et glaçant. Ce souvenir-là + ton allusion à Poe et son génie des nouvelles à énigmes me donnent très envie
de lire "la clé de l'abîme" (faut que je comble aussi décidément ma lacune sur Lovecraft !)



Jean-Marc Laherrère 11/08/2010 15:49



Salut,


La référence à Poe est très particulière, je ne suis même pas certain qu'elle soit voulue, par contre, en arrivant à la toute fin, on est, de toute évidence, face à un sbterfuge du style de la
Lettre volée. Mais je ne peux en dire plus sans dévoiler la dernière pirouette.


Autre chose : Il faut aussi lire La caverne aux idées pour sa construction absolument géniale, et Clara et la pénombre pour son suspense et sa vision très sombre de l'art et du futur.



Marc 11/08/2010 10:50



Un auteur excellent. Ton article donne vraiment envie de lire livre.


A bientôt!



Jean-Marc Laherrère 11/08/2010 10:56



Objectif atteint !



jeanjean 11/08/2010 09:40



Somoza est décidément très fort...  Si Lovecraft a écrit principalement des nouvelles, L'affaire Charles Dexter Ward se rapproche d'un roman par sa longueur ; peut-être son
texte le plus marquant d'ailleurs. @+



Jean-Marc Laherrère 11/08/2010 10:48



Tu as raison. Je ne me souvenais plus s'il s'agissait uniquement de nouvelles avec une cohérence de ton et de thématique ou de courts romans ... Pour te dire si c'est loin tout ça.



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