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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 22:58

« Fuck me. » Pour la genèse de l’extraordinaire  Savages , il fallait bien que Don Winslow change sans changer, se renouvelle tout en maintenant la marque de fabrique. C’est ce qu’il fait, magistralement en ouverture de Cool.   

WinslowVous voici avertis. Si vous n’avez pas aimé Savages, laissez tomber, c’est pareil. Si vous êtes aussi fan que moi, précipitez-vous … C’est pareil. Une dernière chose avant de rentrer dans le vif du sujet. Si par erreur vous passez par ici et que vous n’avez pas encore lu  La griffe du chien, ACHETEZ LE TOUT DE SUITE ET LISEZ LE.

2005. Chon, la brute, O la belle, Ben le gentil. Les trois personnages inoubliables de Savages quelques années plus tôt (forcément !). Ben fait pousser la meilleure dope de Basse Californie (BC). Chon est son ami inséparable, son frère. Autant Ben est gentil (ce qui ne veut pas dire mou, ou victime attention, Ben a du caractère) autant Chon est … Pas gentil. O est leur meilleure amie, pas encore leur amante. Quand Chon ne casse pas du terroriste en Truckistan, ils trainent ensemble et, par exemple, regardent les filles sur la plage :

« - Et c’est quoi, ton type ? demande O, frustrée.

- Bronzée, répond Chon, mince, le visage doux, de grands yeux marron, avec de longs cils.

O se tourne vers Ben.

- Ben, Chon veut baiser Bambi. »

Mais aussi retour dans les années 70, puis 80. Quand la BC (voir plus haut) se construit sur la vente d’immobilier, et de dope. Quand les idéaux s’écroulent, quand le mouvement hippie meurt, quand le Peace, Love and Flower devient fric, fric et fric, quand la cocaïne remplace l’herbe … Quand, sans qu’ils ne le sachent, toute l’histoire de Chon, Ben et O se noue.

Une langue aussi inventive que dans le roman précédent, une langue déconstruite et pourtant immédiatement intelligible, une langue qui groove, qui swingue (à propos, une fois de plus chapeau bas au traducteur).

Un rythme éblouissant, trépidant, en accord total avec le rythme des phrase, qui donne parfois l’impression que l’auteur s’est mis en déséquilibre en haut d’un escalier et qu’il n’a plus d’autre solution que de descendre tout à toute allure, sans jamais s’arrêter sous peine de se vautrer.

Une construction brillante, où les pièces du puzzle se mettent en place peu à peu, jusqu’au feu d’artifice final.

Le plaisir des aficionados de retrouver, outre Chon, O et Ben et les autres, au détour d’une scène, Frankie Machine ou Bobby Z …

Le chant d’amour à une terre, et le cri de rage devant ce que les hommes lui ont fait subir.

Au détour de cet exercice littéraire brillant et parfaitement jubilatoire (car le bouquin file une banane incroyable), la description au scalpel de l’évolution d’une partie de l’Amérique, la disparition des illusions des mouvements intellectuels, rebelles et gauchistes de la fin des années 60, la mort de tout un idéal, les reniements par fatigue, dégoût, opportunisme, avidité … Pour en arriver là :

« Des milliards pour les prisons, encore plus de milliards pour empêcher les drogues d’arriver depuis l’autre côté de la frontière, pendant que nos écoles sont obligées d’organiser des ventes de gâteaux faits maison pour pouvoir acheter livres, papier et crayons, donc je pense que l’idée sous-jacente est de garder nos enfants à l’abri des drogues en les rendant aussi stupides que les politiciens qui perpétuent cette folie furieuse.

Suivez l’argent. »

Donc en plus de nous faire jubiler, Don Winslow nous donne à penser … Si avec ça vous ne vous précipitez pas le lire, je ne sais plus quoi vous dire.

Don Winslow / Cool (Kings of cool, 2012), Seuil (2012), traduit de l’américain par Freddy Michalski.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

yann 27/03/2013 02:45


Je viens de finir est c'est vrai que c'est toujours aussi bien.


Je pense que je vais m'en relire plusieurs de Winslow, et pourquoi pas en partant des histoires de Neal Carey

Jean-Marc Laherrère 28/03/2013 08:46



Ah Neal Carey ! Ce serait bien sur le succès tardif de Don Winslow permettait de redécouvrir la série qui lui est consacrée.



Laurent V 10/10/2012 20:55


Au fait bon festival.


Je vais aller faire un tour la semaine prochaine chez le libraire pour acheter se livre ainsi que les deux Jim Thompson qui sortent chez Rivages et surtout le dernier Roberts et Brant de Ken
Bruen :)


 

Jean-Marc Laherrère 10/10/2012 22:08



C'est vrai qu'on ne va pas s'ennuyer avec les sorties récentes et à venir.



Laurent V 10/10/2012 11:20


J'ai adoré Savages et cette sortie est une très bonne nouvelle surtout que ton billet donne bien envie.


Ah et le film Savages d'Oliver Stone est une réussite.

Jean-Marc Laherrère 10/10/2012 14:16



Pas encore eu le temps d'aller voir le film. Peut-être un jour ... Mais pas ce week-end avec TPS.



Pierre FAVEROLLE 10/10/2012 09:34


Salut Jean Marc, Pas grand chose à ajouter à ton superbe article. Moi aussi, je vais mettre des extraits, car tout ce qu'on peut dire est superflu devant ce roman (et Savages bien sur). A lire,
que dis-je, à dévorer ! A +

Jean-Marc Laherrère 10/10/2012 11:01



Merci.



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