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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 21:54

Comme je l’écrivais dans mon dernier billet (et oui, je vieillis, je commence à faire de l’auto citation), ce sont les auteurs de polars qui se coltinent la crise actuelle. Et pas pour nous bassiner sur la nécessité de nous serrer la ceinture alors que d’autres se remplissent les poches. Non, juste en montrant les effets sur les gens, les vrais, pas les peignes-culs des agences de notation et les lèches-bottes de journalistes qui relaient servilement leur avis … Cette fois, direction la Grèce avec Liquidation à la grecque du vétéran Petros Markaris.

 

Markaris

Tout devrait aller bien pour le commissaire Charitos. Il marrie sa fille, il apprécie son gendre, il a une nouvelle voiture, et son chef ne l’emmerde pas trop. Mais rien ne peut aller bien pour un grec en ce moment. La crise et les régressions sociales imposées par l’Union Européenne, le FMI et toute la bande de vautours qui va avec, frappent la société de plein fouet. Les manifestations sont quotidiennes, circuler dans Athènes est impossible, et voilà qu’un individu commence à séparer proprement la tête du corps d’un certain nombre de banquiers, dirigeants d’agences de notation et autres prêteurs et usuriers. Dans le même temps une campagne d’affichage sauvage incite les gens à ne plus rembourser leurs crédits. Dure enquête pour Charitos : le « Robin des Banques » est malin, la pression des ministères énorme, et le public serait plutôt du côté du coupeur de têtes que de celui des victimes …


Une fois de plus, Petros Markaris délivre un polar solide, bien écrit et bien construit, classique dans sa construction et son écriture. On ne crie pas au génie, mais on se fait très plaisir.


Très plaisir entre autre grâce à ce sacré Charitos, son humanité, sa mauvaise humeur (assez proche de celle d’un Montalbano), son goût pour les bonnes choses (encore Montalbano ou Carvalho), ses engueulades avec sa femme … Voilà qui rajoute du piment et donne à la série sa chair et son cachet.

L’autre intérêt ici est de prendre la crise à bras le corps. Et de façon fort intelligente.


Première idée maline, Charitos s’y entendant à peu près autant que le lecteur moyen, les explications en économie qu’il subit sont aussi du bon niveau pour nous. Et pas trop nombreuses. Ensuite on ne peut être que séduit par l’idée de couper quelques têtes. Et même si ce n’est que par procuration, il faut avouer que ça fait du bien et qu’on rêve un peu de voir l’histoire devenir réalité …


Fort intelligente aussi car Markaris ne ménage personne.


Il rend très bien le fort ressentiment de la population envers ce nord de l’Europe qui lui fait la leçon, rend très bien l’arrogance des donneurs de leçon et des profiteurs du système, rend très bien l’exaspération au bord de l’explosion de gens qui, parfois, ont lutté au péril de leur vie contre une dictature militaire et se retrouve traités comme des gamins par des encravatés suffisants …


Mais ne cache pas non plus les responsabilités locales de gens qui ont cru, tout d’un coup, que l’argent tombait du ciel et qui ont tout sacrifié à l’enrichissement immédiat et sans effort, et de ceux qui en ont profité pour les plumer.


Bref, en Grèce comme ailleurs, ce sont bien les auteurs de polar qui se coltinent la réalité. Et de bien belle manière.


Petros Markaris / Liquidation à la grecque (Lixiprothesma dania, 2010), Seuil/Policiers (2012), traduit du grec par Michel Volkovitch.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars Europe de l'Est
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commentaires

Elisabeth Labrousse 12/12/2013 17:25


Votre réponse est encore plus consternante : ce sont les directeurs de banques et les directeurs de sociétés de recouvrement grecques qui sont responsables de "La Crise grecque"?????? Et quand
bien même cela serait, on se venge en tuant et on admire les personnes qui le font???? Je persiste : on est bien dans le populisme du plus bas étage! Et ce n'est pas parce que l'on est dans le
domaine du roman policier qu'on a le droit d'écrire n'importe quoi. Et heureusement il y a de très bons auteurs dans ce domaine qui écrivent des choses intéressantes. Raison de plus pour ne pas
laisser passer les mauvais.


E. Labrousse

Jean-Marc Laherrère 12/12/2013 19:15



Je suis désolé de vous conterner, et je ocnstate que, n'étant pas, je suppos, d'accord avec le point de départ (oui le capitalisme financier est responsable de la crise, en Grèce et ailleurs),
vous avez oublié de lire le reste.


Non je n'admire pas les assassins, en vrai. Oui ils me font parfois plaisir en livres. J'ai adoré Dartagnan, j'aime Jack Taylor, j'ai aimé des guerriers, des assassins, des voleurs, des traitres,
des prostituées, des drogués, des alcooliques ... En livre.


Je serais curieux de savoir qui vous considérez comme de bons auteurs. Surement pas Jim Thompson qui nous mets dans la peau d'un assassin, James Ellroy qui décrit des pourris et des assassins, ni
Evangelisti ou Carlotto ...



Elisabeth Labrousse 12/12/2013 15:50


Bonjour


Je viens de finir "Liquidations à la grecque" et je suis encore sous le choc de la fin. Et je suis consterné des commentaires dithyrambiques que je viens de lire sur internet alors que le "cher
commissaire" admire et excuse, et veut également que nous le fassions, l'assassin par délégation de 4 banquiers et assimilés! C'est lamentable! Et grave! On tombe dans le populisme du plus bas
étage...... Tuons tous les banquiers pour nous soulager! C'est nul! C'est d'autant plus consternant que le reste du polar est bien mené. Mais qu'aucune critique ne soulève ce point me laisse
pantoise!!!!!!!


E. Labrousse

Jean-Marc Laherrère 12/12/2013 16:52



Comment dire.


Pour commencer nous n'avons pas la même définition du populisme. Pour moi, est populiste en situation de crise celui qui désigne à la vindicte populaire un bouc émissaire qui n'a rien à voir avec
la crise, et qui, de préférence, est plus faible. Un exemple au hasard, faire croire à des populations qui souffrent que le coupable de sa situation est l'immigré, le rom, en d'autres temps le
juif.


Désigner un des responsables de la crise, en l'occurence le système financier qui ruine les pays, joue à la roulette pour se faire renflouer par les populations au moindre problème, puis
recommence à jouer à la roulette dès que ça va mieux, qui impose aux peuples via des gouvernements complices des mesures qui ne sont bonnes que pour les banques, sans prendre en compte le besoin
des gens, ce n'est plus du populisme, c'est de salubrité publique.


Ensuite, dans la réalité, bien entendu, on ne demande pas la tête des banquiers. Mais la littérature peut aussi avoir un rôle cathartique, rôle qu'elle a ici. En clair, j'ai trouvé très agréable
et très satisfaisant de voir, en faux et en littérature, des hommes (ou femmes) que je considère, dans la vraie vie, comme de véritables criminels et d'authentique pourritures se faire décapiter.


N'oublions pas également que le polar, plus que toute autre littérature s'attache à décrire la réalité. Demnadez-vous donc quelle serait la réaction des millions de grecs qui souffrent, si un
illuminé se mettait à décapiter les financiers. Croyez-vous qu'ils pleureraient ou protesteraient ? Pas moi. Et c'est aussi cette réalité que Markaris décrit.


Raconter autre chose serait de mon point de vue un mensonge ... ou un conte de fée.



BS 17/11/2012 10:19


Effectivement, ce sont les auteurs de polar qui racontent la société. 


Alix Deniger en Corse, Petros Markaris ou même un Ken Bruen de
l'autre côté de la manche.


C'est pour cette raison que je continue à géolocaliser les polars.

Jean-Marc Laherrère 17/11/2012 23:44



Une excellente idée, toujours d'actualité.



Jean 14/11/2012 12:06


Bonjour-Jean-Marc,


Eh bien, oui, les auteurs de polars sont des témoins de la crise qui frappe leurs pays respectifs. Et pour en témoigner, un polar est un excellent moyen de véhiculer les constats,
questionnements, réactions et mécontentement. Un coupeur de têtes, j'aime.


Je ne connais pas Petros Markaris. Merci pour la découverte. Amitiés.

Jean-Marc Laherrère 15/11/2012 02:19



Bonne découverte donc.


Amitiés noires.



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