Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 22:08

Attention chef-d’œuvre. Ni plus, ni moins. Tout est sonne juste dans Les harmoniques de Marcus Malte. De la première à dernière réplique. Jusqu’au titre.

 

malteVera est morte, assassinée, brulée vive. Elle qui avait survécu au massacre de Vukovar, qui était venu chercher la paix et la sécurité à Paris. Très rapidement la police a arrêté deux petits dealers qui ont avoué. Affaire de drogue, la victime était une immigrée … affaire close. Pas pour Mister, grand gaillard noir que Vera venait écouter deux fois par semaine au Dauphin Vert où son trio joue du jazz tous les soirs. Mister convainc son ami, chauffeur de taxi et philosophe, de l’aider à chercher la vérité. Car il en est persuadé, ce n’est pas une histoire de drogue.

 

Quel roman, mais quel roman ! envoutant, enthousiasmant dès le premier chapitre. Un chapitre « pour rien », juste un dialogue magnifique qui, en quelques répliques, dessine les deux personnages principaux et leur relation, le tout sur fond de ballade jazz somptueuse. Du grand art. Et tout est à l’avenant. Le jazz baigne ces pages, donne le tempo, chante, swingue derrière les mots. Toutes les phrases sont belles, les personnages extraordinaires. Et l’horreur, l’indignation sont tapies, au détour d’une page, où d’un coup, la prose se fait plus dense, accusatrice.

 

On sourit souvent, l’humour est présent, dans les dialogues, dans les situations cocasse, dans la description d’un homme-pomme-de-terre (une variante de l’homme à la tête de chou ?) … On tremble parfois, on est ému, très souvent, jusqu’aux larmes parfois.

 

Et si je dis en ouverture que même le titre sonne juste, c’est que, comme les harmoniques, ces notes que le pianiste ne joue pas, mais que l’on entend quand même quand l’accord principal s’éteint lentement, on referme le roman comme dans un songe, et longtemps, très longtemps, il résonne, comme les magnifiques harmoniques des accords de Mister.

 

Conséquences directes de ma lecture : j’ai cherché partout une version de Wallflower de Gerry Mulligan qui illustre magnifiquement le premier chapitre. Et je me suis précipité vers la pile des romans qui attendaient, patiemment, que je m’intéresse à eux pour en extraire Le lac des singes pour trouver une précédente apparition de Mister.

 

« Ils laissèrent défiler l’album de Mulligan dans son intégralité sans prononcer une parole. Rien à redire là-dessus. Ils croisèrent durant ce temps deux voitures et un chien errant aux allures de chacal. On se dirigeait doucement vers les cinq heures et la nuit commençait à ôter ses dessous noirs. Le baryton exhala un dernier souffle. Suivit un silence rauque, suave, que Mister apprécia à sa juste valeur. »

 

Tout est à l’avenant, je pourrais recopier ici tout le roman. Il vaut mieux que vous vous le procuriez …

 

Marcus Malte / Les harmoniques, Série Noire (2011).

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
commenter cet article

commentaires

Bruno 20/01/2011 21:06



je ne dirai rien de ce roman, d'autant que je ne l'ai pas encore lu et que je le laisse vieillir sur mon étagère comme un bon vin que je lirai quand les rayons de soleil commenceront à être un
peu plus chauds. Non, juste te dire Jean Marc combien je suis subjugué par cette musique tu as liée à ton billet ! juste te le signaler moi qui ait tellement de mal à m'ouvrir au jazz ( c'en est
bien au moins?:) tu arrives à entrouvrir les portes de mon univers musical et à y laisser passer ces quelques notes !! alors rien que pour ca, merci! :)



Jean-Marc Laherrère 20/01/2011 21:09



De rien, d'autant plus que ce n'est pas moi qui aie choisi le morceau mais Marcus Malte (et que je l'ai découvert grâce à lui !).



Béatrice Pellan 18/01/2011 12:08



En pleine lecture des Harmoniques, je découvre votre chronique... Et sans présumer de la suite, je peux déjà partager votre enthousiasme : je suis subjuguée par l'écriture de Marcus Malte,
et les personnages de Bob et Mister atteignent un niveau de densité et de sensibilité rares !  


Béatrice



Jean-Marc Laherrère 18/01/2011 23:35



J'en suis très heureux, pour vous et pour l'auteur !



Gwenaelle 18/01/2011 11:46



Ta chronique m'avait donné très envie de le lire. Voilà, c'est fait : un roman beau, profond, des personnages attachants et la musique omniprésente... C'est grâce à toi que j'ai fait cette
découverte et je t'en remercie! 



Jean-Marc Laherrère 18/01/2011 11:56



De rien, très heureux que le roman t'aie plû !



Mr Gwen 13/01/2011 20:44



Bonjour Jean -Marc,


avec une chronique comme celle-ci , ça va être dur d'attendre le week-end pour aller l'acheter! en attendant, je patienterai au son des notes de Gerry Mulligan.



Jean-Marc Laherrère 14/01/2011 13:59



Allez, le week-end est proche, patience !



Pierre FAVEROLLE 11/01/2011 21:16



Salut Jean Marc, je l'ai lu aussi (dévoré devrais-je dire) et je suis d'accord avec ce que tu dis. Je rajouterai qu'il n'y a aucune violence ce qui est remarquable et que j'ai juste regretté
quelques indices tombés du ciel qui m'ont empêché de mettre un coup de coeur. A +



Jean-Marc Laherrère 11/01/2011 23:58



J'avoue que je ne me suis guère attardé à l'intrigue, les personnages et l'écriture m'ont emporté.



Présentation

  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
  • Contact