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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 22:08

De temps en temps on lit ici ou là que le polar américain serait en chute libre, que le centre de gravité c’est déplacé en Europe, qu’il n’y a plus rien de neuf de l’autre côté de l’Atlantique. Ben mon colon, il est encore vert le mourant ! Depuis le début d’année on a eu Ron Rash et son extraordinaire Serena, le toujours excellent Pelecanos, le nouveau Ken Nunn, on attend un Dennis Lehane et un James Lee Burke … Et là, tout de suite, vous allez vous prendre Savages, le dernier Don Winslow en pleine poire.

 

Winslow

Ils sont trois, inséparables.

 

Ben, le bon, génie de la botanique, devenu richissime en cultivant la meilleure herbe de Californie du Sud. Dans ses nombreux moments perdus Ben sillonne le tiers-monde pour améliorer le sort des plus malheureux.

 

Chon, la brute, ex soldat d’élite, ancien d’Irak, de Truckistan, spécialiste es maniement de toutes sortes d’armes.

 

Avec eux, O, pour Ophélia, gamine un peu paumée, pas mal cinglée, fille d’une bourgeoise liftée et républicaine typique de la Californie du sud. O qui aime faire les boutiques et manger. Et O aime le sexe, surtout avec ses deux hommes Chon et Ben. Jusque là tout va bien.

 

Mais, et c’est là qu’interviennent les truands. Le cartel de Baja California (BC) veut imposer à Ben de passer par eux pour vendre son produit haut de gamme. Ben qui ne veut pas en entendre parler. Donc c’est la guerre.

 

Tous ceux qui fréquentent ce modeste blog ont lu La griffe du chien. Ou sont en train de le lire, ou ont prévu de le lire. De toute façon vous savez déjà que Don Winslow est un grand, un très grand du polar. Il le confirme ici de façon éclatante. Une véritable gifle.

 

Pas un seconde de répit tout au long des 290 chapitres qui claquent, secs comme des coups de trique. Don Winslow prend d’emblée le lecteur aux tripes, le secoue sans pitié, et le laisse sonné à la dernière phrase. Des phrases déconstruites, reconstruites, mots déconstruits et reconstruits, tout cela pour atteindre une écriture rythmée, scandée, hypnotique qui dresse le portrait sans concession d’un monde sans pitié. La griffe du chien décortiquait la montée au pouvoir des cartels de la drogue mexicains, avec l’aide bienveillante de la CIA et de l’église. Savages nous jette à la figure le résultat.

 

Et il n’a rien de réjouissant. Fini les doux glandeurs de la Patrouille de l’aube, fini le surf, l’attente de la vague avec les amis de toujours. Le monde n’est pas gentil, ou améliorable, comme voudrait le croire Ben, il est impitoyable, comme le sait Chon :

 

« Chon avait toujours su qu’il existait deux mondes distincts :

Les sauvages.

Et les moins sauvages.

Le sauvage est le monde du pur pouvoir primitif, survie des mieux adaptés, cartels de la drogue et brigades de la mort, dictateurs et hommes demain, attaques terroristes, guerres des gangs, haines tribales, assassinats de masse, viols de masse.

Le moins sauvage est le monde du pur pouvoir civilisé, gouvernements et armées, multinationales et banques, choc et effroi en écrasant l’adversaire par une puissance de feu très supérieure, mort-venue-du-ciel, génocide, viol économique en masse.

Et Chon sait que …

C’est le même monde. »

 

Bienvenue dans le monde de Chon. Une véritable gifle donc. Et malgré l’horreur, malgré la trouille, on ne peut pas lâcher le bouquin jusqu’à l’apocalypse finale que l’on sait inévitable.

 

J’oubliais, parce que je suis encore sous le choc … Savages est une sorte de mélange entre La griffe du chien pour la thématique et la violence qui vous arrive en pleine figure, et des romans plus coooooool et drôles que l’auteur car, en plus, dans la première partie, il y a de l’humour, essentiellement autour des relations entre O et le reste du monde en général, et sa mère (complètement cintrée) en particulier.

 

Mais à la fin on ne rit plus. Plus du tout.

 

Magistral.

 

Don Winslow / Savages (Savages, 2010), Le Masque (2011), traduit de l’américain par Freddy Michalski.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

Olivier 09/06/2012 08:27


A noter qu'Olivier Stone sort un film d'après ce roman de Winslow :
http://www.cinemateaser.com/2012/04/41916-mini-teaser-pour-savages-d%E2%80%99oliver-stone

Winslow, de sont côté, après avoir fait une suite à la Patrouille de l'aube a sorti "Kingfs of cool", un roman où il reprendre les personnages de Savages, mais dont l'action est (et pour cause)
antérieure à celle Savages

Jean-Marc Laherrère 09/06/2012 12:25



Voilà d'excellentes nouvelles. Je savais que Stone filmait Savages, avec en prime Benicio del Toro dans le rôle du méchant, ce qui promet.



Loulou 27/08/2011 20:09



et jean-marc quand tu parles de romans plus cool et surtout plus drôles de l'auteur tu penses auxquels ?


"Savages est une sorte de mélange entre La griffe du chien pour la thématique et la violence qui vous arrive en pleine figure, et des romans plus coooooool
et drôles que l’auteur car, en plus, dans la première partie, il y a de l’humour, essentiellement autour des relations entre O et le reste du monde en général, et
sa mère (complètement cintrée) en particulier."



Jean-Marc Laherrère 28/08/2011 16:07



La série Neal carey (reprise chez folio policiers) et dans les derniers 'lhiver de Frankie Machine et La patrouille de l'aube.



Loulou 27/08/2011 15:31



Jean-Marc,


Vous parlez de quel bouquin plus haut avec christophe ? je cite "yes et ce "putain" de premier chapitre est explosif !"parceque Savages n'a pas le DE 1er chapitre mis en ligne....


je ne connais pas encore Winslow j'avais acheté le Bobby, mais vous me conseillez de commencer par quel bouquin ? la griffe du chien, la patrouille?


 



Jean-Marc Laherrère 27/08/2011 17:04



Le premier chapitre de Savages que voici en intégralité :


"FUCK !"


Pour Winslow, La griffe du chien est son chef-d'oeuvre, un vrai monument, et en même temps assez atypique dans son peuvre car totalement dépourvu d'humour. Donc on peut commencerpar là, ou par la
Patrouille, mais il FAUT lire la griffe du chien.


La série Neal Carey, reprise chez folio, est à lire plutôt dans l'ordre car les histoires se suivent (même si elles se lisent très bien séparément). Le premier : Piccadilly circus si je ne
m'abuse.



Nouchka 16/06/2011 19:57



Ca a pris un peu de temps, mais grâce à ton billet, oui celui-ci précisément, j'ai découvert l'existence de La griffe du chien, je l'ai acheté, et je l'ai lu. Et je reviens ici, parce
que c'est effectivement un roman incroyable et essentiel. Merci merci merci.


(Et, oui, tout le monde devrait le lire.)



Jean-Marc Laherrère 16/06/2011 21:16



Mieux vaut tard que jamais ! Nous sommes bien d'accord, tout le monde devrait le lire, et petit à petit, c'est bien ce qui va se passer ...



Laurent 24/04/2011 03:48



Ben voilà je viens de finir Savages et j'ai pris un grande baffe. Tous les personnages existent vraiment, et si on fait référence à Butch Cassidy and Sundance Kid, ce n'est pas pour rien. On y
retrouve la même mélancolie, finalement. J'ai ri, j'ai pleuré, je me suis inquiété pour O., je me suis pris pour Ben puis pour Chon comme quand je regardais les films de pirates ou de chevaliers
avec Robert Taylor il y a des années... Le film va exister, Benicio del Toro sera Lado. J'ai hâte de voir ça parce que si c'est l'Oliver Stone de Salvador, ça ira sinon je serai en colère. Don
Winslow, maintenant j'achète dès que ça sort, même en grand format à 22 euros. J'attends pas les occasions, j'attends pas l'édition poche parce que Don, il me rend heureux, et ça, ça n'a pas de
prix !



Jean-Marc Laherrère 26/04/2011 09:23



Content de voir que Savages fait son petit bonhomme de chemin. Et je partage ton avis, moi aussi Don Winslow me rend heureux, même quand en même temps il me secoue salement.



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