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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 12:02

Chose promise, chose due, voilà, avec un certain retard, Souvenez-vous de moi de Richard Price.

 

PriceNew York. Eric Cash avait des ambitions artistiques. En attendant qu’elles se concrétisent, il gère un restaurant dans le Lower East Side. Ce soir là il part faire une virée avec deux compagnons de beuverie, acteurs frustrés eux aussi.

Little Dab et Tristan végètent dans leur cité, en bordure du Lower East Side. Aucun avenir, aucun espoir, sinon celui de gagner rapidement de l’argent en dépouillant quelqu’un et en se lançant dans le trafic de drogue. Ce soir là, ils partent en chasse.

 

Matty Clark est flic, dans le Lower East Side. Le soir il arrondit ses fins de mois en assurant la sécurité d’un bar. Il a complètement perdu le contact avec son ex et ses deux fils. Il est cinq heures, il rentre chez lui, quand il est appelé : Un jeune homme, blanc, qui rentrait après une soirée trop arrosée a été abattu par un jeune, noir ou latino, qui a pris la fuite avec son complice …

 

Je ne suis pas le premier, loin de là, à dire du bien de ce dernier roman de Richard Price. J’ai lu, ça et là de nombreuses références à Pelecanos. Pour ma part, c’est plutôt à Ed McBain qu’il m’a fait penser. Essentiellement par sa façon de manier les dialogues, et plus particulièrement les interrogatoires. Mais trêve de comparaison, revenons à nos moutons.

 

Richard Price s’intéresse aux gens ordinaires : flics de quartier, gérant et serveurs de restau, gamins des cités, immigrés asiatiques surexploités … Il leur donne la parole à tous. C’est au travers de ses dialogues extraordinaires qu’on les découvre, les uns et les autres, et que l’intrigue avance. Des dialogues qui plongent le lecteur dans leur quotidien, lui fait partager leurs problèmes, leurs espoirs, leurs peines … Et surtout la difficulté qu’ils ont à communiquer.

 

Car c’est le tour de force de ce roman d’avancer à coups de dialogues pour mettre, finalement, en avant l’incapacité à communiquer de différents groupes qui se côtoient sans se comprendre. C’est à travers les dialogues que l’on perçoit ces différents groupes, qu’on sent à quel point chacun est renfermé sur lui-même. C’est à travers ces dialogues que les différents personnages se parlent tant, pour se comprendre si peu. Même (et surtout ?) à l’intérieur d’une même famille.

 

Le constat de Richard Price est rude, on parle de plus en plus de communication, les media sont partout, tout le monde sait tout sur tous, et on ne s’est jamais aussi mal compris et connus.

 

A lire et à méditer.

 

A signaler enfin : Le roman démarre de façon magistrale en suivant une ronde de quatre flics de la brigade « Qualité de vie » ! Dès ce premier chapitre, tout est dit, et de quelle façon.

 

Richard Price / Souvenez-vous de moi (Lush life, 2008), Presses de la cité (2009), traduit de l’américain par Jacques Martichade.

 

PS. J’ai cherché un moment pourquoi le titre anglais, Lush Life me disait quelque chose. C’est une composition de Billy Strayhorn (bras droit d'Ellington)  jouée, entre autres, par l'incontournable John Coltrane a enregistré une version.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

chris 27/12/2009 16:42


Et pour finir,"the wire" est un bijou même s'il faut ne pas aimer les séries pour l'apprécier.
De la même façon qu'il fallait ne pas aimer les polars pour apprécier Millénium.
Surtout ne jamais rater un épisode de the wire.Grandiose!


Jean-Marc Laherrère 28/12/2009 22:17


Disons que si un jour je trouve le temps de regarder des séries, promis juré, je commencerai par The Wire.


chris 27/12/2009 15:56


Pelecanos comme Price ont le droit d'écouter ce qu'ils veulent et d'être inspirés ou pas par des musiques mais ayant vécu deux ans à NY,je pense que ce n'est pas le jazz qui prévaut dans ce
coin-là.
J'étais juste un peu en colère qu'on associe encore polar et jazz.
Polar et jazz,may be.
Roman noir et jazz.Non
Il faudrait demander son avis à Bruen..................
Toutes mes amitiés.
C.


Jean-Marc Laherrère 28/12/2009 22:19


Bah, j'ai juste cherché pourquoi "Lush Life" me disait quelque chose. Et c'est (texto et intégralement) le titre d'un standart du jazz.
Je n'ai rien prétendu de plus ...


chris 25/12/2009 22:25


Pas du tout jazzy!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Référence à "lush for life" d'Iggy Pop.
Il y a encore les jazzeux qui pensent qu'ils influencent les polars et les autres qui savent que c'est plus rock maintenant et que Richard Price qui adore Pavement comme Pelecanos sont dans le NY
actuel.
Arrêtez les clichés.Price comme Pelecanos n'écoutent jamais du jazz.Merci JML pour la chronique.
Chris


Jean-Marc Laherrère 25/12/2009 23:20


Je ne sais pas si Price écoute ou pas du jazz, mais les goûts de Pelecanos, si l'on en juge par les BO de ses romans, sont plus que variés. Des musiques de westerns de Derek Strange, au rap des
gangs de Washington, en passant par la Soul de la série Karras ou le rock et le jazz qu'écoute Nick Stefanos ... On a tout l'éventail de la musique populaire US.


Maya 24/12/2009 14:20


La série "the wire" (ou "Sur écoute") peut être empruntée à la médiathèque de Toulouse.Nous en sommes à la saison 4,et nous sommes devenus accro aux destinées des différents personnages....aussi
difficile à lâcher qu'un roman de R.Price. G.Pelecanos fait aussi partie des co-scénaristes de la série.


Jean-Marc Laherrère 24/12/2009 16:08


Avec de tels scénaristes cela doit effectivement être bien. Mais lire ou regarder des séries, il faut choisir !


Bertrand 24/12/2009 12:53


Magistral roman à lire de toute urgence même si le style "haché" (lié à l'emploi quasi-exclusif de dialogues) a gêné et ralenti ma lecture au début. Il faut juste adapter son débit de lecture au
rythme du récit et passé les 100 premières pages, on ne peut plus lâcher ce roman.

Je me demande toujours dans ce cas si l'on ne perd pas un peu à la traduction... et/ou ce qu'il en aurait été si Price avait inclus des parties plus descriptives sur le cadre du roman
(hors-dialogue) ou introspectives sur les personnages (monologues que l'on retrouve un peu malgré tout mais que j'aurais aimé voir développés).

Saviez-vous également été co-scénariste d'une série américaine intitulée "The Wire" poru HBO ("Sous écoute" en français) un peu difficile à trouver mais qui m'a été chaudement recommandée.
Quelqu'un connaît et conseille ?


Jean-Marc Laherrère 24/12/2009 16:06


Je n'ai pas le temps de regarder de séries, mais tout le monde, absolument tout le monde conseille celle-là. Avec entre autres, effectivement, Price et Pelecanos comme scénaristes.


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