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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 22:47

Quand j’ai appris, en musardant sur les blogs, qu’il y avait un nouveau Tim Willocks chez Sonatine, je me suis précipité. Il s’avère qu’il s’agit de Green River, le premier roman de l’anglais givré. Un coup d’essai, et déjà un « presque » coup de maître.

 

WillocksRay Klein, ancien médecin condamné pour un viol qu'il n'a pas commis se retrouve à purger sa peine à Green River, prison de haute sécurité au Texas. Le directeur, John Hobbes, certain qu'il a une mission, sombre peu à peu dans la démence et finit par déclencher une émeute raciale la veille de la libération de Klein. Alors que ce dernier n'a qu'une idée en tête, rester le plus possible à l'écart des événements, il ne peut s'empêcher de se trouver entièrement impliqué quand une partie des émeutiers s'en prend à l'infirmerie où se trouvent les malades qu'il a traité durant sa captivité, et Juliette Devlin, médecin psychiatre dont il est tombé amoureux. Qu'il le veuille ou non Ray va devoir plonger dans la mêlée, au cœur même de l'enfer.

 

Le principe du roman est simple, il relève de la thermodynamique la plus élémentaire : prenez un gaz, confinez le dans un récipient hermétique et rigide, élevez la température, la pression augmente. Prenez donc une population à fort pourcentage de psychopathes, enfermez-les, augmentez la température en exaspérant les antagonismes et, tout simplement, en coupant la clim … La pression augmente, jusqu’à l’explosion. Simple et imparable.

 

Si je n’avais encore rien lu de Tim Willocks j’aurais sans aucun doute été totalement enthousiaste. Mais ce n’est pas le cas. Et lire, après Bad city blues, Les rois écarlates et La religion ce premier roman montre tout le chemin parcouru, même si ces débuts étaient déjà très impressionnants.

 

On y trouve déjà les thèmes que l’on retrouvera par la suite : folie, violence extrême, relation à Dieu (pour le prier ou le nier), manipulation … Ils sont déjà là et bien là. Déjà l’auteur arrive à manipuler la dynamite sans qu’elle lui explose à la figure, à savoir nous plonger au cœur d’une violence éprouvante sans jamais faire de la surenchère gratuite ni nous donner l’impression d’être des voyeurs. Tout est justifié, à sa place, nécessaire au propos et à la structure narrative. Et ça secoue.

 

Sa seule faiblesse par rapport aux romans à venir réside dans quelques temps morts sous la forme de digressions un poil trop explicatives qui viennent (très légèrement, vraiment très légèrement) faire retomber le soufflet par moment. Encore une fois, venant d’un autre, je n’aurais aucune restriction. Mais j’attends maintenant beaucoup, énormément de Tim Willocks, et il est presque rassurant de vérifier qu’il n’a pas été immédiatement, dès son premier roman, totalement niveau des monuments à venir.

 

Ceci dit, ils sont nombreux ceux qui tueraient pour écrire un premier roman ayant une telle puissance.

 

Tim Willocks / Green river  (Green river rising, 1994), Sonatine (2010), Traduit de l’anglais par Pierre Grandjouan.

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commentaires

T


Bonjour M. Lahèrre,


Êtes-vous bien certain qu'il s'agit là du premier roman de Willocks? Je crois qu'il s'agit plutôt de son second (après Bad city blues). Ce serait d'ailleurs Green River
Rising qui lui aurait valu l'attention des studios hollywoodiens, et qui aurait mené à l'adaptation du premier roman (Bad city blues, 1991) pour le cinéma en 1999...


Sinon, je suis presque entièrement d'accord avec vous. J'ajouterais cependant ce bémol, dont vous ne parlez pas: les personnages, en particulier celui de Devlin, manque de réalisme. Mais il
s'agit peut-être, après tout, d'un trait caractéristique du genre...



Répondre
J


Non, je ne suis pas certain que c'est le premier ... Je ne me souviens d'ailleurs plus où je suis allé le pêcher. La seule chose dont je sois sûr c'est que c'est une réédition.


Quant au manque de réalisme des personnages, je dois avouer qu'il ne m'a pas marqué.


 



T

Attention le premier roman de Tim Willocks c'est Bad City Blues et ensuite Green River Rising.

Travis qui chipote un peu.


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J


Mais alors ils disent n'importe quoi chez Sonatine. Et je n'ai même pas pris la peine de vérifier. Quel âne !



N

PUISSANT

je crois que c'est le bon adjectif pour qualifier l'écriture de cet auteur

avec La Religion, on ajoute EPIQUE


Répondre
J


Entièrement d'accord avec tout ça !



I

En ce qui me concerne, je n'ai pas été du tout déçue par "Bad city blues", seul roman à ce jour que j'ai lu de cet auteur (suite aux conseils éclairés d'un certain Jean-Marc, d'ailleurs...). Je
l'ai trouvé puissant, et magnifique dans sa noirceur.
Je note donc "Les rois écarlates".


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J


D'autant plus que Les rois écarlates est la suite de Bad city blues. Et une très belle suite en plus.



N

hello, merci pour ton point de vue

je l'ai lu la semaine dernière, et j'ai également nettement moins aimé que La Religion

mon problème, c'est que je ne l'ai pas lu lors de la première sortie en 95, et depuis j'ai vu les 6 saisons de OZ, série carcérale géniale de HBO, et tous les éléments de la vie de prison que
Willocks évoque ici y sont traités de manière très approfondie (gangs ethniques, domination et soumission sexuelle, trafic, surveillants, vie à l'infirmerie, émeute...)

Green River n'apporte rien de spécialement nouveau, même si on apprécie toujours autant le style très physique de l'écriture
Le meilleur aspect du livre - le personnage du directeur totalement taré - est survolé, c'est dommage

bref, lecture décevante parce qu'elle arrive 10 ans trop tard dans ma vie culturelle...

déception équivalente pour Bad City Blues, "sex & violence" un peu vains...

à écouter : un MAUVAIS GENRE, sur France Culture, consacré à cet auteur

j'attends en revanche la suite de La Religion avec impatience


Répondre
J


Je suis moins critique que toi, mais c'est vrai que je n'ai pas vu la série.


Ceci dit sur le fond, les romans de Bunker parlent des mêmes problèmes de la vie carcérale, l'originalité de Willocks est d'amener le chaudron à ébullition.


Et j'attends aussi la suite de La religion avec beaucoup d'impatience.



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