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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 14:38

Une curiosité chez Métailié, un roman péruvien, publié en 1961 et, à ma connaissance, inconnu ici. Il s’agit de El sexto, de José María Arguedas.

 

ArguedasFin des années trente. Gabriel, étudiant à Lima est arrêté et jeté dans la prison d'El Sexto. En enfer. Un enfer très hiérarchisé. Au rez-de-chaussée, les clochards et les assassins, sur lesquels règnent deux caïds qui font la pluie et le beau temps et gèrent tous les trafics. Au premier les droits commun. Au second, les politiques.

 

Chez les politiques la guerre est ouverte entre les communistes et les apristes, de centre gauche, opposés au gouvernement militaire, et qui considèrent les communistes comme inféodés à Moscou. Dans un lieu où la torture, les privations des droits les plus élémentaires et les conditions de vie les plus atroces font de l'homme une bête seulement préoccupée par sa survie, Gabriel va tenter de sauvegarder son humanité.

 

L'auteur, apprend-on dans la préface, s'est inspiré de sa propre expérience dans cette même prison. Et il mit 20 ans à pouvoir écrire ce texte, très fraichement accueilli par la critique à sa sortie en 1961.

 

Chronique d'un enfer, chronique d'une lutte pour la dignité élémentaire. Chronique également d'affrontements politiques qui paraissent d'un autre âge tant les arguments développés entre apristes et communistes semblent aujourd'hui dépassés, non dans leur signification profonde, mais dans leur formulation.

 

L’auteur n’hésite pas à montrer les incohérences des uns et des autres, particulièrement dans leur mépris pour les prisonniers de droit communs, et la facilité avec laquelle, sous prétexte qu’ils ne sont pas politisés, les politiques, apristes et dans une moindre mesure communistes, refusent de se mêler des malheur d’un peuple au nom duquel ils disent se battre.

 

L'écriture sait se mettre au diapason de ces discours très dogmatiques. Mais elle sait aussi être lyrique, inspirée de la culture populaire indigène, ou crue dans les descriptions atroces des sévices subis et de l'horreur vécue au jour le jour.

 

Un roman fort, dérangeant, baroque et troublant. Encore un très belle découverte de Métailié.

 

José María Arguedas / El sexto (El sexto, 1961), Métailié (2011), traduit l’espagnol (Pérou) par Eve-Marie Fell.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
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commentaires

Ladis 15/12/2011 12:37


Un roman qui m'a enormément tenté, et j'en ai été d'autant déçu (de plus j'adore Métailié). Mais ça vient peut être de moi car j'avoue que je n'est rien compris à ce que l'auteur racontait, j'ai
trouvé ça illisible : tournures malhabiles, dialogues incompréhensibles. Alors à qui la faute : moi (surement) ? , le traducteur ?, ou simplement le bouquin ?

Jean-Marc Laherrère 15/12/2011 13:53



La faute à personne, on ne peut pas tout aimer, et pas à n'importe quel moment. Ca ne veut pas dire que ce soit la faute du lecteur, ni du bouquin, juste une alchimie qui ne se fait pas.



One More Blog in the Ghetto 13/11/2011 07:47


Hello Jean-Marc Voilà une chronique à même de susciter ma curiosité. Noté, celui-là. Amitiés


Jean-Marc Laherrère 14/11/2011 19:05



C'était fait pour, objectif atteint donc. Amitiés itou.



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