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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 22:55

Rivages démarre l’année avec du sérieux. Avec Ravages, Anne Rambach s’attaque à un des plus grands scandales industriel et sanitaire du XX siècle, celui de l’amiante. Attachez vos ceintures, ça va pas rigoler.

 

Rambach

Diane Harpmann et Elas Délos sont journalistes, elles sont amies, et ne font pas dans le grand journalisme d’investigation si dans la presse d’opinion. Pourtant le jour où Dominique André, grand ami d’Elsa connu pour ses enquêtes dévastatrices se suicide, leur vie bascule. Car Elsa sait que Dominique se sentait menacé, et qu’il n’était pas du genre à lâcher un travail en cours. Avec l’aide de son éditeur elles décident donc de poursuivre sa dernière enquête portant sur le scandale de l’amiante.


Je ne vais pas essayer de vous faire croire que c’est le roman de l’année. Il a, à mon goût, trop de petits défauts littéraires. Par contre il illustre parfaitement ce que peut être le roman noir tel qu’on l’aime quand il décide de se retrousser les manches : un fantastique outil à mettre en lumière les scandales et les horreurs de notre belle société en apparence si policée.


Autant commencer par ce qui cloche, ou ce qui manque pour que ce roman soit une pleine réussite (à mon avis, très subjectif bien entendu). Pour commencer, j’ai une allergie certaine aux super héros. Or cette Diane, superbe, grande et championne d’aïkido, soi-disant fragile, mais pas trop quand même … Ca pourrait passer sans l’épisode un poil mystique de ses capacité extrasensorielles … Là ça m’a agacé. Entendons-nous bien, j’aime bien une touche de fantastique comme chez Connolly, quand c’est assumé et que ça n’a aucune influence l’intrigue. Ici je n’ai vu aucune distance, et ça aide un peu facilement Diane à se sortir d’une grosse difficulté.


Bien. Ensuite j’avoue ne pas avoir très bien vu ce que l’histoire annexe des démêlées de la juge avec la camorra venait faire là. Pour finir, sans que je sache mettre le doigt dessus, parfois chez moi les clichés marchent, d’autre fois ils m’agacent un peu. Donc le cliché du personnage qui se traine un lourd passé fonctionne à fond chez moi chez Jack Taylor par exemple, et là, pas trop. Je vois bien que c’est sensé donner une épaisseur à Diane et Elsa, et provoquer une empathie chez le lecteur. Et flop. En fait, je m’en fous de ses états d’âme. Pourquoi ? Mystère et boule de gomme.


C’était un peu long, je sais, et je ne voudrais surtout pas que cela dissuade les futurs lecteurs, mais je ne pouvais pas non plus dire maintenant tout le bien que je pense du reste en cachant ces défauts …

Tout d’abord, malgré tout, le récit tient la route, les scènes d’action et de suspense sont maîtrisées, l’intrigue est bien menée. D’un point de vue strictement stylistique, c’est dans les descriptions de lieux et d’atmosphères que l’auteur me semble le plus à l’aise.


Ensuite et surtout, le roman est une véritable œuvre de salubrité publique. Grace à sa structure narrative et à l’imagination de l’auteur il arrive à faire ce qu’aucun article n’avais réussi à ce jour : me faire lire quelques centaines de pages sur le scandale de l’amiante en France, sur le rôle des politiques, des industriels, des lobbyistes …


Certes il y a de longs exposés, mais ils arrivent naturellement car, au début du roman, les enquêtrices n’en savent pas plus que le lecteur. Et c’est là l’habileté de l’auteur qui arrive à « recaser » tout ce qu’elle a sans doute appris en préparant son bouquin, sans jamais lasser. Le résultat est beaucoup plus effrayant que le pire, le plus trash, le plus gore des thrillers à base de serial killer cannibale, nécrophile amateur de chair fraiche ! Promis juré.


Et contrairement aux thrillers suscités, il fait réfléchir. Comment est-ce que cela est possible ? (quoique comment, le livre l’explique). Pourquoi nous, eux, moi avons laissé passer tout ça alors que toutes les informations étaient disponibles ? Plus angoissant encore, sur quel sujet est-on en ce moment en train de nous enfumer avec la même facilité et le même cynisme ? Parce qu’il faudrait être bien naïf pour penser que seuls les industriels de l’amiante furent des pourris sans scrupules.


Bref, si Ravages n’est pas, à mon avis, un très grand roman (avis ouvert à discussion), c’est par contre un roman indispensable (et ça, c’est non discutable).


Anne Rambach / Ravages, Rivages/Thriller (2013).


Et comme la triste réalité rejoint souvent la fiction, cette nouvelle entendue sur France Inter ce matin … Les lobbys n’ont pas fini de faire des Ravages. Affaire à suivre.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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commentaires

Bad Chili 25/01/2013 15:31


J'ai moi aussi quelques réserves mais ça ne m'empêche pas de conseiller le livre. Et puis ça fait du bien de voir ce genre de roman-investigation dans le paysage du polar français.   

Jean-Marc Laherrère 25/01/2013 15:42



Nous sommes d'accord. Il est seulement dommage qu'il n'y ait pas eu un peu plus de boulot avec l'éditeur pour gommer certains de ces défauts ... A moins que nous ne soyons les seuls à trouver
qu'ils sont génants ...



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