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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 00:10

La série des personnages récurrents continue. C’est le tour du duo barcelonais Petra Delicado et Fermín Garzón, héros d’Alicia Giménez Bartlett dans Un vide à la place du cœur.

 

Gimenez-bartlett.jpgPetra Delicado est de très mauvaise humeur, et ce n’est pas le moment de lui faire de mauvaises blagues. Elle s’est fait voler son arme par une gamine alors qu’elle se trouvait aux toilettes d’un centre commercial. Connaissant son caractère, ses collègues rigolent dans son dos, mais s’abstiennent en face d’elle. Quand un homme est trouvé abattu dans la rue, et qu’il s’avère que l’arme utilisée était celle de Petra, la farce tourne au tragique. Très affectée, elle commence son enquête avec son partenaire de toujours, Fermín Garzón, une enquête qui va l’amener à douter de l’humanité.

 

Difficile de ne pas tomber dans le sordide et le glauque quand on touche aux maltraitances envers les enfants (car c’est de ça qu’il s’agit ici), surtout si pour faire bonne mesure on y ajoute la traite des femmes, et l’exploitation des immigrées de l’est de l’Europe. Difficile de faire ressentir l’émotion, le dégoût, l’horreur, sans tomber dans le pathos et l’excès. Difficile de traiter le sujet en finesse.

 

Difficile, mais pas impossible, la preuve, Alicia Giménez Bartlett y arrive. Sans rien cacher de l’horreur que ressentent ses personnages, elle « fait passer la pilule », décrit l’indescriptible et nous le rend palpable. Sans jamais perdre son sens de l’humour, sans jamais sacrifier ses personnages, plus humains et présents que jamais.

 

Alicia et Fermín en tête, ballotés par leur enquête, écœurés, perdus, complètement perdus. Car ici pas de profileurs, pas de psys super intelligents capables de brosser le portrait d’un tueur machiavélique rien qu’en lisant sa liste de courses. Non juste des femmes et des hommes normaux, qui ont bien besoin d’un coup de chance pour coffrer des coupables qui n’ont rien de génies du mal, si même du Mal métaphysique, juste coupables de saloperies bien atroces, mais finalement bien humaines et plutôt médiocres.

 

Cette finesse qui, l’air de rien, arrive à faire ressentir la misère culturelle au détour d’une phrase, une simple et unique phrase, chuchotée par un pourri en apparence irrécupérable …

 

Et cerise sur le gâteau, elle réussit le tour de force, dans cette ambiance pour le moins déprimante, de nous intéresser à des préparatifs de mariage ! Vraiment, chapeau Alicia !

 

Alicia Giménez Bartlett / Un vide à la place du cœur (Nido vacío, 2007), Rivages/Noir (2010), traduit de l’espagnol par Olivier Hamilton et Johanna Dautzenberg.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars espagnols
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commentaires

jeanjean 24/11/2010 20:14



... ah, j'oubliais, je suis aussi à Barcelone, mais avec Gonzalez Ledesma, toujours de bonne compagnie. @+



Jean-Marc Laherrère 24/11/2010 21:33



J'ai vu qu'il y avait un nouveau Ledesma à L'Atalante, mais je n'y ai pas encore mis la main dessus. Pour ma part, et entre autres sur tes conseils, je suis à Jérusalem avec Gamboa.


Pour en revenir à Petra et Fermin. L'enquête est peut-être un peu plus présente, mais à peine. Ce qui est mis en avant par contre c'est l'effet des horreurs vues sur Fermin et Petra. Et leurs
relations, entre eux, mais également avec quelques uns (et unes) de leurs collègues.



jeanjean 24/11/2010 20:12



Je le lirai à l'occasion.
Les précédents reposaient principalement sur la psychologie et les rapports Fermin/Petra, on dirait qu'ici l'intrigue est davantage en première ligne ici ?



Maïté 23/11/2010 09:25



Absolument ravie de voir qu'il existait une nouvelle aventure de Petra Delicado, je suis tout de suite allée sur amazon.fr si je pouvais le commander en espagnol.  Nada.  Sur amazon
u.k, alors?  Oui, mais à un prix exhorbitant.  Bref, je vais essayer de le chercher sur Paris mais les deux librairies espagnoles de la capitale ont disparu ces dernières années,
mangées par le rayon de Gibert et de la FNAC des halles pourtant pas si conséquents.  Si je ne les y trouve pas non plus, il ne me restera qu'un voyage en Espagne...Mmmmm, pas une mauvaise
idée!  Que ne ferait-on pas pour Petra!



Jean-Marc Laherrère 23/11/2010 09:32



Un petit tour à Barcelone ? Histoire de se mettre dans l'ambiance, et d'aller voir les libraires de Negra y criminal ?



Labib Dadi 22/11/2010 19:48



Bonjour,


Je vous avais écris une fois pour vous demander ce que vous pensier du roman noir algérien (suite à votre billet sur Yasmina Khadra), et je vous avais parlé de deux auteurs dont Adlène Meddi, et
dont le polar est paru aux éditons Jigal, ça s'appelle La prière du maure. J'aimerai bien que vous me donnier un avis dessus.


Au plaisir de vous lire comme à chaque fois


Dadi



Jean-Marc Laherrère 22/11/2010 22:39



Bonjour,


J'ai effectivement eu le livre publié chez Jigal entre les mains. J'ai eu du mal avec le style (je ne sais pas trop comment tourner mon avis, trop "travaillé", trop "artificiel" ou je sentais la
recherche permanente de la métaphore qui frappe ...) et je n'ai pas réussi à rentrer dans l'histoire. Comme je suis submergé par les livres à lire, j'ai donc abandonné.


Peut-être était-ce le mauvais moment (fatigue, manque de disponibilité ...) et qu'il faudrait que je le reprenne à l'occasion, puisque vous avez l'air de trpuver que c'est un auteur à découvrir.



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