La série des personnages récurrents continue. C’est le tour du duo barcelonais Petra Delicado et Fermín Garzón, héros d’Alicia Giménez Bartlett dans Un vide à la place du cœur.
Petra Delicado est de très mauvaise humeur, et
ce n’est pas le moment de lui faire de mauvaises blagues. Elle s’est fait voler son arme par une gamine alors qu’elle se trouvait aux toilettes d’un centre commercial. Connaissant son caractère,
ses collègues rigolent dans son dos, mais s’abstiennent en face d’elle. Quand un homme est trouvé abattu dans la rue, et qu’il s’avère que l’arme utilisée était celle de Petra, la farce tourne au
tragique. Très affectée, elle commence son enquête avec son partenaire de toujours, Fermín Garzón, une enquête qui va l’amener à douter de l’humanité.
Difficile de ne pas tomber dans le sordide et le glauque quand on touche aux maltraitances envers les enfants (car c’est de ça qu’il s’agit ici), surtout si pour faire bonne mesure on y ajoute la traite des femmes, et l’exploitation des immigrées de l’est de l’Europe. Difficile de faire ressentir l’émotion, le dégoût, l’horreur, sans tomber dans le pathos et l’excès. Difficile de traiter le sujet en finesse.
Difficile, mais pas impossible, la preuve, Alicia Giménez Bartlett y arrive. Sans rien cacher de l’horreur que ressentent ses personnages, elle « fait passer la pilule », décrit l’indescriptible et nous le rend palpable. Sans jamais perdre son sens de l’humour, sans jamais sacrifier ses personnages, plus humains et présents que jamais.
Alicia et Fermín en tête, ballotés par leur enquête, écœurés, perdus, complètement perdus. Car ici pas de profileurs, pas de psys super intelligents capables de brosser le portrait d’un tueur machiavélique rien qu’en lisant sa liste de courses. Non juste des femmes et des hommes normaux, qui ont bien besoin d’un coup de chance pour coffrer des coupables qui n’ont rien de génies du mal, si même du Mal métaphysique, juste coupables de saloperies bien atroces, mais finalement bien humaines et plutôt médiocres.
Cette finesse qui, l’air de rien, arrive à faire ressentir la misère culturelle au détour d’une phrase, une simple et unique phrase, chuchotée par un pourri en apparence irrécupérable …
Et cerise sur le gâteau, elle réussit le tour de force, dans cette ambiance pour le moins déprimante, de nous intéresser à des préparatifs de mariage ! Vraiment, chapeau Alicia !
Alicia Giménez Bartlett / Un vide à la place du cœur (Nido vacío, 2007), Rivages/Noir (2010), traduit de l’espagnol par Olivier Hamilton et Johanna Dautzenberg.
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