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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 22:46

Il m’est difficile de dire exactement ce que j’ai ressenti à la lecture de La guerre des vanités de Marin Ledun sans en dévoiler, en grande partie, l’intrigue. Je vais donc user d’un artifice assez peu esthétique, mais efficace. Au moment critique, j’ai laissé un grand espace. Ceux qui veulent garder le mystère pourront s’arrêter là.

ledunTournon au bord du Rhône, régulièrement balayée par le mistral. En vingt-quatre heures, cinq adolescents se suicident, et dans certains cas, filment la scène. Difficile pour les flics locaux d’enquêter, tout le monde se connaît dans cette ville repliée sur elle-même. C’est ainsi qu’Alexandre Korvine, lieutenant de police de Valence débarque avec ses gros sabots. En trois jours, à un rythme d’enfer, sans quasiment dormir, il mène une enquête qui va faire exploser la quiétude de la ville endormie et mettre à jour les vilains secrets que tout le monde a intérêt à garder bien cachés.

Un défaut et beaucoup de très bon dans ce premier roman de Marin Ledun publié à la série noire. Le défaut est d’ailleurs lié aux bons points. Que voici.

Pour commencer, le rythme est impressionnant, servi par une écriture parfaitement en phase qui plonge le lecteur dans l’état de stupeur, d’épuisement et d’apnée de l’enquêteur. On halète à la lecture, on sent la fatigue, le stress, l’urgence. Un rythme qui, dans un crescendo parfaitement maîtrisé qui ne cède jamais au grand guignol ni à la facilité et fait monter le suspense.

Et en toile de fond la radiographie au scalpel d’une petite ville de province, avec ses non-dits, ses lâchetés, son conformisme … Et conséquence, son vide, et l’ennui, terrible.

Au centre, l’incompréhension totale entre des ados perdus, sans réels centre d’intérêt, sans vraies envies, et on pourrait presque dire sans valeurs, alors même qu’ils ont dans les mains des moyens d’expression quasi illimités, et leurs parents qui ne semblent guère exister autrement que par leur travail, pas franchement passionnant.

Et pourtant, reste quand même une sensation d’inachevé, et c’est là que s’arrêtent ceux qui ne veulent pas en savoir trop ….

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Inachevé donc. L’auteur fait si bien monter la sauce, qu’on se demande bien comment il va s’en sortir sans sombrer dans le ridicule ou le fantastique. Et au final, on a un peu l’impression d’être devant un soufflet qui retombe en sortant du four. Parce que, et c’est tout à son honneur, Marin Ledun ne sort aucun lapin du chapeau. Pas de grand coupable, pas de complot, pas de révélation magistrale. Juste l’ennui, l’incompréhension, la peur de faire parler, la peur du regard des autres. Rien que de la mesquinerie, de la petitesse.

Tout autre conclusion aurait parue ridicule. Alors pourquoi ce « manque ». C’est qu’à la vue de l’explication, j’ai un peu de mal à comprendre l’ampleur des dégâts. Les réactions dramatiques, le nombre de morts me semble disproportionnés. Marin Ledun n’a pas totalement réussi à me convaincre que de si petites causes puissent entraîner de si grosses catastrophes.

Mais je suis peut-être passé à côté, et cela n’enlève rien aux réelles qualités de ce roman. Juste l’impression d’être passé à côté de quelque chose de beaucoup plus fort.

Marin Ledun / La guerre des vanités, Série Noire (2010).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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commentaires

Luz 29/03/2010 16:21


Comme quoi chaque lecteur ressent un livre à sa manière. Justement ce que j'ai le plus apprécié c'est que la fin est si "simple"... on cherche compliqué parce qu'on est habitués à des chutes
pleines de rebondissements, mais au final n'est ce pas plus proche de la réalité ? J'ai aimé ces explications et j'ai adoré justement cette originalité. C'est pour ça que je dis que c'est un
"thriller pas comme les autres". Et tout ce qui est "différent" prend le risque de plaire mais aussi de déplaire ! Voilà tout .


Jean-Marc Laherrère 29/03/2010 16:42


Ce qui me gène, c'est que je n'arrive pas à faire le lien entre cette fin simple, et l'avalanche de catastrophes du roman.
Pour le reste, je suis d'accord avec vous.


Luz 25/03/2010 10:01


Marin Ledun nous amène à Tournon, petite ville non loin de Valence. Petite ville repliée sur elle-même avec sa somme de secrets. Tellement enfermée qu'on se croirait presque dans un huit clos,
atmosphère pesante. Tout débute avec 5 suicides d'enfants et l'arrivée du Lieutenant Alexandre KORVINE, l'Intrus, pour enquêter et trouver l'explication : parce que non ça ne peut pas être une
coïncidence !!! A partir de cet instant on est dans une course folle, épuisante dans les pas de Korvine. On ne lâche pas le livre, on tourne les pages à un rythme effréné. Le style est percutant,
l'accroche du prologue est mortellement efficace. Alors voilà, pourquoi tant de morts, que ce passe-t-il dans cette ville qui pousse les gens jeunes à se suicider. Outre un excellent polar par son
rythme, son suspense et sa structure, la "Guerre des Vanités" est aussi un livre de société traitant de thèmes graves et dénonçant les troubles de la société actuelle. Un thriller vraiment pas
comme les autres. Vivement la sortie de "Chiens de faïence".


Jean-Marc Laherrère 25/03/2010 23:24


D'accord avec tout ça, juste un problème de mon côté, exposé dans ma note.


delphine crouzet 24/03/2010 19:12


des ados englués dans une ville sclérosée, une chape de silence qui pèse un peu plus chaque jour sur cet infâme trou, des parents largués que je ne souhaiterai pas à mon pire ennemi, tout cela
fonctionne plutôt bien et nous embarque mais diantre, pourquoi cette kyrielle (assez improbable quand même) de suicides?? j'ai eu l'impression d'avoir sauté un ou deux chapitres ou d'avoir couru un
10000m pour pas grand chose. (le soufflet est une excellent image). un petit bémol aussi en ce qui me concerne sur le traitement des personnages, pas un dont je me souvienne quelques semaines après
la lecture, pas un auquel j'ai pu m'attacher. dommage...


Jean-Marc Laherrère 25/03/2010 23:21


Pour moi si, il reste ce flic à la ramasse, et son chef.


christophe 21/03/2010 19:49


Et bien je trouve que sur un thème difficile à traiter, Marin Ledun livre un roman tout en finesse, tant sur l’analyse que sur le traitement. La ville est suffocante, son ambiance lourde, les
relations de ses habitants empêchant que l’enquête ne progresse. On trouve un mur d’incompréhension face aux agissements des enfants, l’urgence est donnée par les morts qui s’accumulent et le flic
se débat avec des repères non ordinaires, son expérience étant habituellement tournée vers les stups et le banditisme. C’est dérangeant, cela provoque des interrogations et cela confirme de manière
magistrale la qualité et la diversité du roman noir français.


Jean-Marc Laherrère 22/03/2010 11:31


Je suis d'accord avec toutes ces qualités que tu trouves au bouquin (et je l'ai dit), c'est juste le dénouement qui me laisse sur ma faim.
Et je suis aussi d'accord sur la richesse actuelle du roman noir français.
Les mauvaises langues l'avaient prévu, selon l'axiome qui dit que quand la société va mal, le roman noir va bien ...


Xavier 21/03/2010 18:39


Je l'ai lu en version manuscrit première mouture il y a fort longtemps et j'en garde un bon sentiment sans souvenir de tels méandres. Après une tempête sur les postes internationales, je viens
d'avoir mon exemplaire que je vais lire pour en parler plus savamment car ma mémoire peine.
En tout cas le Poulpe lu récemment est franchement réussi.

Jean-Marc, j'ai bien chargé ma valise grâce à tes articles ( Manottin Cumming, etc...) hier et demain je reprends l'avion, j'espère que je vais passer sans complication les contrôles de drogue
livresque.


Jean-Marc Laherrère 22/03/2010 11:29


J'espère que tu ne paiera pas trop de surcharge de bagages ...


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