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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 23:35

Mercredi, à 18h00, je rencontrai donc David Peace pour animer la rencontre à la Librairie Ombres Blanches.

 

Une rencontre que j’abordai un peu tendu. Tout d’abord parce que le personnage (vu de loin) et surtout ses écrits sont intimidants. Ensuite parce que, pour cause de nuisibles, je n’avais pas pu préparer la rencontre comme je l’aurais voulu, et qu’en particulier je n’avais pas eu le temps de lire Tokyo année zéro.

 

Partant du principe que, faute avouée est à moitié pardonnée, j’ai donc commencé par me présenter, et m’excuser pour la manque de préparation, et, tant que j’y étais, craché le morceau sur ma difficulté à lire ses premiers bouquins. Hop, ça passe ou ça casse. C’est passé, et très bien. Un peu inquiet dans un premier temps, il m’a demandé si j’avais lu le livre dont on allait parler. « Of course, sir » répondis-je dans mon meilleur grand breton. La glace était rompue, et le bonhomme au look intimidant et zen s’est révélé un homme extrêmement gentil, ouvert, souriant et heureux de parler de son bouquin avec quelqu’un qui l’avait aimé … Un vrai plaisir. Au passage, cela sous-entend que, parfois, certains intervieweurs n’ont pas lu les bouquins sur lesquels ils posent des questions. Mais je m’en doutais un peu …

 

Comme nous blablations gaiement en attendant que le public arrive, je lui fait part de mon admiration pour le démarrage du bouquin, et de l’envie qu’il donne de le lire à voix haute. Il me demande alors, presque timidement, s’il pouvait se livrer à cet exercice en début de rencontre. Mais bien sûr, et coup de bol, Pascal Dessaint était dans le coin, qui se chargea alors de lire la traduction. Une rencontre qui démarre sur les chapeaux de roues.

 

Pour le reste, et ce n’est pas une surprise quand on lit ses bouquins, l’homme est passionnant. Ce qui est peut-être plus inattendu est qu’il est chaleureux …

 

S’il a choisi de parler de Tokyo à cette époque très particulière c’est qu’il voulait être capable de comprendre la ville où il vivait, et où ses deux enfants ont vécu les premières années de leur vie. Et il pense que le Tokyo actuelle s’est forgée justement à ce moment là, au moment de l’occupation américaine qui a suivi la défaite de 45.

 

Le fait divers dont il est question dans Tokyo ville occupée est encore très connu des japonais. Plusieurs thèses se sont affrontées, les explications du crime ont divisé le pays, recoupant les clivages politiques (gauche/droite) et de nombreuses personnes (dont lui) pensent que l’homme qui est mort en prison accusé du meurtre n’était pas le coupable. Son ambition était donc d’écrire un roman qui puisse faire une synthèse de toutes les pistes, et de toutes les convictions.

 

Après avoir tenté de l’écrire avec deux narrateurs (deux policiers suivant les deux pistes principales), il s’est aperçu qu’il lui fallait beaucoup plus de points de vue. Ce qui l’a amené à écrire ce roman, avec sa structure très particulière : 12 voix, pour douze éclairages, « rassemblées » par un écrivain (sorte de treizième voix) qui les écoute toutes.

 

Une évidence s’est alors imposée à lui : la seule voix dont on puisse être certain est celle des victimes. Car la seule certitude que l’on a est qu’il y a eu 12 morts. Le romans devaient donc s’ouvrir sur leurs lamentations. Et se conclure sur celle des parents des morts. Il fallait ensuite des enquêteurs (policiers et journalistes), l’accusé, le coupable, avoir des narrateurs de gauche et de droite, nationalistes et communistes …

 

A propos de l’écriture, rythmée, scandée, il confirme ce dont on se doute à la lecture : Il écrit, puis lit à haute voix, corrige, relis à haute voix, encore, et encore, jusqu’à ce que le résultat, son rythme, sa musique lui convienne enfin.

 

Un dernier point … David Peace a souvent été comparé à James Ellroy, et son premier chapitre, donnant la parole aux morts et faisant preuve de beaucoup d’empathie avec les victimes m’avait fait penser à Robin Cook. Bingo. Parmi ses premières influences, des noms connus, Hammett, Ted Lewis et … Robin Cook pour l’empathie qu’il manifeste envers les victimes. Et, au moment où il commence à écrire, le choc de White Jazz d’Ellroy. Une vraie révolution. Et selon David Peace, il n’est jamais bon d’ignorer les révolutions … Egalement parmi les influences, Akutagawa, auteur de la nouvelle à l’origine de Rashomon. C’est la structure de ses contes qui l’a inspirée pour construire son dernier roman.

 

A l’arrivée, une rencontre d’un peu plus d’une heure, passionnante, suivie « hors micro » d’une longue discussion très agréable où nous avons pu parler de la vie au Japon et en Angleterre, du parti communiste japonais, de foot, et bien entendu, de livres.

 

PS. Bien entendu, il a dit encore beaucoup de choses passionnantes que je ne rapporte pas ici. Mais je n’ai eu ni le temps, ni la force, d’enregistrer et de retranscrire la rencontre.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Interviews et rencontres
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commentaires

jp 19/09/2010 19:25



Merci Jean-Luc pour ces quelques mots à propos de David Peace.


Le hasard fait que j'ai commencé il y a quelques jours la lecture de "Tokyo Année Zéro". J'avais ce livre sur ma pile "à lire" depuis plusieurs mois mais pour avoir beaucoup lutté lors de la
lecture des autres romans de Peace je n'arrivais pas  à me décider. Et encore une fois c'est le choc : un  livre qu'on ne peut pas prendre à la légere sous peine de rester dehors. Mais
l'effort qu'il demande est récompensé par une ambiance très particulière et prenante. Le point que tu abordes concernant la lecture à voix haute est très juste. Les omniprésentes répétitions qui
hantent le livre ne peuvent donner tout leur sens que dans l'oralité.


Voila, je ne sais pas si la fin du livre sera comme le début. Mais en attendant : j'aime.



Jean-Marc Laherrère 19/09/2010 22:43



Bonne fin de lecture, je n'ai pas lu Tokyo année zéro, mais il va falloir absolument que je trouve un peu de temps pour m'y plonger.



poupoune 19/09/2010 14:38



"Ce qui est peut-être plus inattendu est qu’il est chaleureux … "


Hé hé... ça pour être inattendu... !


Du coup je me suis laissée tenter par "Tokyo année zéro", malgré ma difficulté avec les "19...". Je me serai donné du mal pour essayer de l'aimer, cet auteur ! J'espère que cette tentative sera
plus concluante que les précédentes...  



Jean-Marc Laherrère 19/09/2010 22:42



C'est sûr que ce n'est pas un auteur facile, et qu'il ne fait rien pour faciliter la tâche du lecteur ...



Almaterra 18/09/2010 11:05



Merci infiniment, Jean-Marc !



Almaterra 18/09/2010 10:35



Magnifique, merci !


Si vous avez besoin de plus d'infos, n'hésitez pas, je suis à votre disposition.


Exquisement vôtre,


David



Jean-Marc Laherrère 18/09/2010 10:44



C'est fait.



Almaterra 18/09/2010 07:55



Bonjour Jean-Marc,


Ne sachant pas où mettre mon petit message, je me permets ce commentaire ici.


Je souhaitais vous faire part de l'existence d'une expérience originale, un cadavre exquis à la sauce Facebook. Depuis le 20 août dernier, des auteurs de polar et de thriller se relayent pour
écrire une histoire policière plutôt déjantée. L'idée de Maxime Gillio, instigateur du projet, était de mettre à profit les statuts du réseau social (420 signes maximum espaces compris) pour en
faire une contrainte d'écriture.


Au total, plus de 80 auteurs (pour n'en citer que quelques uns parmi ceux présents sur votre blog : Paul Colize, Claude Mesplède, Hervé Sard, Benoît Séverac) vont se relayer pour savonner la
planche du suivant.


L'Exquise Nouvelle se suit en live sur le groupe Facebook qui lui est dédié : http://www.facebook.com/group.php?gid=111331728918274


Une compilation des statuts déjà mis en ligne est consultable à cette adresse : http://www.impossible-dictionnaire.com/FB/EN_Compil.php


Je vous invite à découvrir l'ovni se développer au jour le jour.


Merci et à bientôt !


David


 


 



Jean-Marc Laherrère 18/09/2010 10:30



Merci pour l'info.


Dès que j'ai une minute (avant dimanche soir j'espère), je la transforme en billet.



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  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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