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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 23:38

La série des rencontres de janvier a fort bien commencé. Avec Leonardo Padura hier soir. Tout d’abord un mea culpa. J’avais pris avec moi un petit enregistreur mp3. Et puis j’ai retrouvé Padura dans un café 10 minutes avant la rencontre, on est arrivé juste à l’heure, il y a eu l’installation, la salle (pourtant assez grande) d’Ombres Blanches archi bondée (pour ne pas dire complètement surchargée), deux ou trois personnes que je connaissais dans la salle … On a attaqué et l’enregistreur est resté dans ma poche. Donc, comme d’habitude, vous devrez vous contenter d’un petit compte rendu.

 

Première impression, si Leonardo Padura passe vers chez vous, allez le voir, sans faute. Comme tous ses amis hispaniques, comme Paco Ignacio Taibo, Carlos Salem, José Manuel Fajardo, Francisco Gonzalez Ledesma, Raul Argemi, José Carlos Somoza, Luis Sepulveda … Tous, sans exception, sont des conteurs exceptionnels. Si vous avez la chance d’avoir un bon traducteur sous la main (et là, elle était excellente, puisqu’il s’agissait de sa traductrice Elena Zayas), c’est le bonheur assuré.

 

Il nous a parlé, bien entendu, de politique et de littérature.

 

Politique pour évoquer cette histoire qu’il raconte. Evoquer la guerre d’Espagne, évoquer le stalinisme, évoquer le personnage de Trotski, évoquer le poids et la puissance, inimaginables aujourd’hui, de la propagande soviétique relayée par tous les parti communistes, évoquer la situation cubaine au travers du personnage d’Ivan. Ivan qui comme lui fait partie de ce qu’il appelle la génération cachée.

 

La génération qui a grandi dans le processus révolutionnaire, a profité des avancées de la révolution (en étant en particulier la première génération à aller massivement à l’université), a cru dans cette révolution, a activement participé en allant couper la canne à sucre et planter le tabac … Pour se retrouver à quarante ans avec rien dans les mains. Parce que la situation économique n’a pas évolué, et surtout parce que le pouvoir est resté dans les mains de la génération précédente, celle qui avait fait la révolution. Une génération aussi à qui on a dit ce qu’il fallait lire, quelle musique écouter, comment s’habiller, et qui a accepté tout cela, de plus ou moins bon gré, parce que c’était en vue d’un avenir radieux qui n’est pas venu. Une génération sans visage. Celle de Mario Conde, celle d’Ivan.

 

Et pourtant, comme il le dit dans le court entretien publié par Bernard Strainchamps sur bibliosurf, s’il y a une chose dont Leonardo Padura est certain, c’est que la seule solution proposée actuellement, à savoir le capitalisme, ne marche pas. Il a commenté de nouveau cette phrase d’un immigré roumain dans le film Les lundis au soleil, à savoir que son arrivée dans un pays démocratique lui avait appris deux choses : que tout le bien qu’on lui avait dit du communisme était faux, mais que tout le mal qu’on lui avait dit du capitalisme était vrai.

 

Finalement, le plus grand reproche qu’il fait à Staline (au travers de ses personnages) c’est d’avoir été le meilleur propagandiste des anti communistes et d’avoir perverti une magnifique utopie, au point de la rendre inacceptable pour des millions de gens, de son vivant, et bien longtemps après sa mort.

 

Il a conclue en réaffirmant sa conviction que ni la capitalisme, ni le communisme tel qu’il a été pratiqué en Union Soviétique ne sont la solution pour notre avenir. Que certain pensent que nous serons mieux une fois morts, dans les différents paradis proposés, que c’est très bien pour eux, mais qu’il préfèrerait qu’on essaie aussi d’améliorer les choses ici, sur terre.

 

Et puis on a parlé de littérature. De la marge de manœuvre d’un écrivain quand il s’attaque à un tel sujet. De la limite entre fiction et réalité. Comment traiter le personnage de Trotski dont les faits et gestes sont connus jour après jour. Comment choisir un point de départ (en l’occurrence 1929, année où s’arrête son autobiographie). Quels faits, quel éclairage il a choisi pour ce personnage. Comment également Ramon Mercader, sur lequel très peu de choses ont été écrites, lui a donné (avec Ivan) l’espace pour l’imagination. Mais comment cette imagination doit aussi tenir compte de tous les événements d’époque et être vraisemblable. Comment par exemple on sait que Ramon était à Barcelone en 36, on sait ce qu’il se passait alors à Barcelone, et cela doit être exact. Reste à inventer dans quelles rues il marchait, à quelles réunions il a participé, avec qui il a parlé …

 

On a aussi parlé du rythme, du tempo, de l’effet littéraire créé par le ralentissement qu’il introduit à l’approche du moment culminant, l’assassinat de Trotski. Comment cet effet est rendu nécessaire par la difficulté qu’il y a à « tenir » le lecteur alors qu’il sait déjà qui a été tué, par qui, et quel jour ! Comment cet effet fonctionne de façon magistrale créant un suspense là où il ne devrait pas y en avoir. Au point que certains lecteurs lui ont demandé pourquoi il n’avait pas sauvé Trotski au dernier moment.

 

Et puis, comme avec tout conteur qui se respecte, il a tout le reste, le ton, la voix, l’humour (on rit souvent en écoutant Padura), les anecdotes qui viennent pimenter le récit (on a entre autres appris, gestes à l’appui, comment fabriquer un pantalon Pattes d’Eph à partir d’un pantalon serré …). Autant de choses qu’il serait vain de vouloir faire passer dans un compte-rendu, et même dans une retranscription.

 

Demain (ou après-demain) je vous cause de Marcus Malte. C’était très différent, mais très bien aussi.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Interviews et rencontres
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commentaires

Bertrand 13/01/2011 18:29



...et une page dans Télérama !


Il est partout !!!



Jean-Marc Laherrère 14/01/2011 13:59



Tant mieux. Pour lui et pour les éditions Métailié qui font un boulot superbe.


 



Bertrand 13/01/2011 09:53



Pour aller plus loin, une critique de 2 pages bien denses dans le Libé d'aujourd'hui.



Jean-Marc Laherrère 13/01/2011 10:43



Merci pour l'info, on ira voir.



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