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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 22:47

Suite des lectures de rentrée avec Le monde à l'endroit de l'américain Ron Rash. On l'avait découvert avec Un pied au paradis, très bon polar, et j'avais ensuite été complètement emballé par  Serena. Le monde à l'endroit confirme l'entrée de cet auteur dans le cercle très restreint de ceux que je suivrai jusqu'au bout, quoi qu'il arrive.

RashTravis Shelton, 17 ans ne sait pas quoi faire de sa vie dans ce coin des Appalaches. Un père, cultivateur de tabac n'est jamais content de lui, il a laissé tomber le lycée, et ses copains ont pour seules activités : picoler, gober des cachets, et rouler. Autant dire que son avenir semble bouché.

Il croit avoir une chance quand il tombe, en pêchant dans un coin perdu, sur des pieds de cannabis. Une récolte clandestine lui rapporte un peu d'argent, mais à sa troisième visite il tombe sur le propriétaire des plants et la rencontre se termine mal.

Une dure leçon, mais aussi l'occasion de rencontrer un marginal, ancien prof, qui va réussir à lui donner le goût du savoir et lui révéler l’histoire sombre de ce coin perdu au temps de la guerre de sécession.

Grand texte. Inutile d’ergoter pour savoir si c’est un polar, un roman noir, un roman social … C’est un grand roman, point. Ron Rash dans la lignée directe d’auteurs comme Erskine Caldwell (la référence à La route du tabac semble … évidente),  ou, plus proches de nous, du regretté Larry Brown ou de l’immense Daniel Woodrell. Voilà c’est dit. Non seulement il fait partie de cette famille, mais il en est un digne représentant.

Même intérêt pour les oubliés du rêve américain, tellement oubliés qu’on ne croirait jamais être dans le même pays. Même écriture limpide, âpre qui sait aussi se faire poétique et lyrique. Même empathie sans complaisance pour les personnages, perdants condamnés d’avance et qui pourtant se battent jusqu’au bout. Même capacité à créer des personnages inoubliables, victimes certes, mais pas victimes consentantes, décrits avec une grande humanité mais sans angélisme.

Ajoutons ici un regard sur la passé et ses fantômes, regard d’autant plus intéressant que pour le lecteurs français, les plaies de la guerre d’Espagne, d’Algérie ou du Vietnam sont « connues », mais, à part parfois chez James Lee Burke, on n’imagine pas que la guerre de Sécession puisse encore avoir laissé des traces. Et pourtant, quelle traces, et quelle superbe façon de les rendre palpables !

Pour finir, la progression dramatique parfaitement maîtrisée malgré l’apparente lenteur du récit. Bref vous n’avez aucune excuse, lisez Ron Rash.

Ron Rash / Le monde à l’endroit (The world made straight, 2006), Seuil (2012), traduit de l’américain par Isabelle Reinharez. 

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

Ray 01/11/2012 11:15


Bonjour,


Je viens de finir mon article sur Le monde à l'endroit. Je fais un tour pour voir ce qu'en pensent les autres chroniqueurs. Même si je suis d'accord pour affirmer que c'est un bon bouquin
recommandable, j'exprime une petite déception par rapport aux 2 précédents romans de cet auteur. Le sujet ne m'a pas autant accroché que ceux d'Un pied au paradis et de Serena. C'est bien quand
même.

Jean-Marc Laherrère 01/11/2012 19:07



Tient ... De mon côté je l'ai trouvé peut-être un peu moins puissant que Serena mais plus convainquant que Un pied au paradis.



Christain 06/09/2012 19:01


Bonjour,


Pas lu, mais Ron Rash était aujourd'hui l'invité de Frédéric Bonnaud pour ce livre. En réécoute ici.

Jean-Marc Laherrère 06/09/2012 22:48



Je vais essayer de trouver le temps de l'écouter ...Merci.



Coriolano 30/08/2012 13:45


J'avais adoré Un pied au paradis et là j'attend de pied ferme la sortie en poche de Serena. Et je met celui ci sur ma liste aussi.

Jean-Marc Laherrère 30/08/2012 14:19



Serena aussi est un très grand roman.



christophe 30/08/2012 11:39


Et oui, il reste de bonnes choses à venir, Pike chez Gallmeister, très puissant (et urbain, étonnant, non ?), Le dernier lapon, chez Métailié, bien meilleur que la palanquée de polar nordique
dont on veut à tout prix nous gaver, Trois minutes avec la réalité chez Jacqueline CHambon, où le Tango rencontre le ballet et revient sur une sombre période de l'Argentine, Bloodmoney, un
excellent roman d'espionnage chez Lattès... allez, j'arrête là, le travail m'attend

Jean-Marc Laherrère 30/08/2012 14:19



Bon, c'est pas encore cette année que je vais m'ennuyer !



christophe 30/08/2012 09:26


C'est sur qu'avec Ron Rash et Emily St. John Mandel, les lectures de l'été étaient excellentes...

Jean-Marc Laherrère 30/08/2012 11:17



Et il y a le Struart Neville à venir, le Oyola chez asphaltes ...



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  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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