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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 16:38

taibo Sandokan

Je savais depuis longtemps que Paco Ignacio Taibo II avait en train sa version de la suite des aventures de Sandokan. Ceux qui trainent ici savent que je suis un inconditionnel du parrain du polar latino-américain, et un fan de Sandokan (découvert justement chez Taibo) sous toutes ses formes. J’avais acheté la VO lors d’un passage chez les copains de Negra y Criminal à Barcelone. Le premier chapitre était prometteur, mais j’avais eu la flemme de poursuivre en espagnol.

 


Vous imaginez donc ma fébrilité quand la traduction est enfin sortie en français … Mais j’ai réussi à attendre, à patienter, à le laisser trôner sur ma table de chevet … Et puis j’ai craqué. Voici donc Le retour des Tigres de Malaisie, plus anti-impérialistes que jamais.


Sandokan et Yañez, les fameux Tigres de Malaisie se sont fait oublier. Depuis de nombreuses années, plus personne n’a entendu parler d’eux, bien qu’ils aient été signalés en Amérique du Sud, à Paris, en Chine … Mais voilà que leur réseau se réveille, qu’ils sont appelés par de vieux amis recasés, et qu’il semble qu’on menace leurs vie et leurs bien. Un groupe, une sorte de secte, semble bien décidé à les supprimer. Amis assassinés, comptes secrets confisqués, articles mensongers dans les journaux …


Taibo tigresLes Tigres ne sont peut-être plus jeunes, mais celui qui croit qu’on peut leur tirer les moustaches sans risque se trompe lourdement. L’aventure recommence, qui va leur faire croiser un nain amical, échanger des lettres avec Engels, croiser Kipling, recueillir une amie de Louise Michel … et affronter un certain Moriarty. Entre autres choses.


C’est bien la suite des aventures de Sandokan, dans la lignée Salgari : rebondissements, combats, paysages exotiques, fureur de Sandokan, pièges, jungles mystérieuses, animaux féroces (qui ici, au lieu de se battre ont une activité plus … taiboesque). Mais c’est aussi et surtout du Taibo II. Parce que chez Salgari, Sandokan ne parle pas comme ça :


« Les religions rendent les hommes stupides, et quand elles se prétendent universelles c’est pire, elles les rendent universellement stupides, dit Sandokan »


Que les Tigres ont une philosophie de vie très PIT, celui qui ne se rend jamais et déclare qu’il aime les perdants flamboyants :


« Mais quelles que fussent leurs formes de croyance, tous les membres de l’équipage de La Mentirosa étaient adeptes d’une religion supérieure, la religion des Tigres de Malaisie, qui n’acceptait ni compromis ni négociations, un code d’honneur sur la façon de vivre et surtout sur la façon de mourir, qui ne souffrait pas d’exceptions. »


Et surtout, on n’imagine par ceci chez Salgari : Yañez, le Tigre blanc : « les gros mots n’existent pas. Seulement les mots. Les mots servent à nommer les choses, à exprimer les émotions. Et parfois, ils doivent être forts. Si les Espagnols sont si friands de l’expression « con ! », qui dénote la plus grande surprise, cela n’a rien à voir avec le réceptacle féminin que nous sommes quelques-uns à adorer, mon cher Germain puritain. Mais c’est par contre un gros mot de mal utiliser le mot liberté en le prostituant et en l’associant à « commerce » quand cela signifie en réalité spoliation, abus, pillage. Toutes choses pour lesquelles l’expression « merde de singe » est beaucoup plus adaptée. »


Double plaisir donc : Retrouver des personnages mythiques, retrouver l’exubérance, le baroque des aventures kitch, le pur plaisir de mômes. Et en même temps, avoir l’écriture de Paco Taibo, son énergie, son humour, son engagement déclaré et porté comme un étendard.


Jouissif de la première à la dernière ligne


Paco Ignacio Taibo II / Le retour des Tigres de Malaisie, plus anti-impérialistes que jamais (El retorno de los Tigres de Malasia, 2010), Métailié (2012), traduit du mexicain par René Solis.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Western et aventure
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commentaires

ramirez 25/06/2012 21:26


Mouai, je n'ai pas lu Sandokan mais je maitrise mon PIT 2. Son meilleur livre depuis une dizaine d'années certes, mais il y a un léger manque de pêche. Le genre veut qu'on sait comment cela va se
terminer (bien) j'avais trouvé Willock et sa religion au moins aussi convainquants bien que fort roboratif. Pourtant le bonhomme Taîbo adorable, lucide, et immensément léttré nous doit plus. Pas
plus de sexe, de littérature, d'action ou de politique. son immense talent nous doit de meilleur bouquins même si celui ci est correct  Putain j'aime pas dire du mal de ceux que
j'aime...........

Jean-Marc Laherrère 25/06/2012 22:29



Je suis d'accord ce n'est pas son meilleur. Mais aussi comment faire mieux que A quatre mains ? Ou Ombre de l'ombre ?


Ceci dit si on ne compare pas à ces monuments, il reste que l'on a là un roman au dessus de la production moyenne de l'année ... Et surtout un roman original avec un ton qui n'appartient qu'à
Taibo.



Mr. Mustard 21/05/2012 02:09


Super nouvelle, j'ai passé une bonne partie de mon enfance à rêver aux aventures du tigre de Bornéo. Ce sera un plaisir de le retrouver sous la plume de Paco Ignacio Taibo II.


J'ai l'impression que cet artifice du retour aux affaires de vieux briscards est vraiment caractéristique de la littérature hispano/sud-américaine. Taibo l'utilisait déjà dans "nous revenons
comme des ombres", on la retrouve chez Sepulveda et bien d'autres particulièrement dans les romans noirs. Peut-être le souvenir des combats perdus...


J'avais bien aimé Archanges, le livre que Taibo a consacré aux notices biographiques de quelques révolutions et révolutionnaires romantiques du XXème siècle. Là aussi on retrouve la nostalgie des
luttes passées et des combats perdus d'avance.

Jean-Marc Laherrère 21/05/2012 10:11



C'est exact, et c'est particulièrement présent chez Taibo qui avait déjà évoqué Sandokan et les Tigres dans le rendez-cous des héros, mais aussi si je ne m'abuse dans A quatre mains.


Et c'est effectivement dans la même thématique et tonalité que Achanges, que j'ai lu il y a bien longtemps. Si je me souviens bien, dans la préface Taibo y fait l'éloge, non pas des gagnats
glorifiés aujourd'hui, mais des perdants flamboyants.



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