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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 21:50

Tim Dorsey a ses fans, au rang desquels l’ami Yan. De mon côté, suivant les romans, je suis partagé. J’avais eu un peu de mal avec Florida Roadkill, beaucoup aimé Cadillac Beach, et adoré Triggerfish Twist. Orange Crush que j’avais raté à sa sortie en grand format et que Rivages ressort en poche est, pour moi, un très grand cru.

 

Dorsey

Marlon Conrad est l’homme politique floridien classique. Beau gosse, complètement con, républicain, démago, corrompu, à la botte des lobbyistes qui le gavent de pots de vins. Il est sur le point d’être réélu gouverneur quand une tuile lui tombe sur le coin de la tête. Il a « juste » oublié le service national. Qu’à cela ne tienne, sur la suggestion d’un communiquant inspiré il s’engage volontairement pour quelques semaines (et quelques photos et vidéos) dans une compagnie bien planquée à proximité. Or la compagnie est mobilisée et Marlon se retrouve à maintenir la paix au Kosovo. Il en revient complètement changé et commence alors une campagne centrée sur les pauvres, les exclus, envoyant balader républicains, donateurs et lobbyistes de tous poils. Ce qui ne leur plait pas, mais alors pas du tout. Au point de mettre sa vie en danger.


Voilà un Tim Dorsey qui, autant que je puisse en juger est un peu atypique. Parce que s’il garde le costume de clown, l’auteur y révèle un peu de ce qui se cache derrière. Je m’explique.


Le ton est celui que l’on connaît. Même si l’inénarrable Serge y est en retrait (avec quand même une belle surprise quand on le voit débarquer), on rigole beaucoup. La description au mélange vitriol - poil à gratter de la Floride et de ses mœurs politiques est pour le moins savoureuse. A titre d’exemple, juste une petite description :


« Todd incarnait exactement ce dont Tallahassee était le plus friand : il était jeune, joli garçon, ambitieux et complètement con ».


La construction est également très Dorseynienne : Au début on ne voit pas du tout où on va, mais on rigole tellement qu’on s’en fiche, puis, peu à peu, on arrive tant bien que mal là où ce diable de Dorsey avait prévu de nous amener.


Ce qui est atypique c’est justement là où il nous amène. Certes, le lecteur un minimum attentif peut deviner, à la lecture des ouvrages précédents, que Tim adore la Floride, même s’il en dit pis que pendre. C’est en général Serge avec son érudition qui est son porte-parole. Et au vu des victimes dudit Serge, on se doutait bien qu’il n’aime ni les promoteurs véreux, ni les politiciens corrompus, ni les lobbyistes de tous poils.


La différence est qu’ici, pour la première fois, il nous présente aussi l’autre côté de la médaille, les gens dignes, humbles, ceux qu’il aime et respecte, ceux que Marlon Conrad, au final, a décidé de représenter et de défendre. Et ça c’est une nouveauté dans le fond, et dans la forme tant certains passages en arrivent à être émouvants. Pas longtemps, certes, très rapidement Tim Dorsey remet le nez du clown, balance une énormité ou décrit une péripétie cataclysmique.


Mais trop tard, on a vu, directement l’âme sensible et émouvante qui se cache sous le masque … Et c’est très bien ainsi et ajoute une profondeur au roman. D’autant plus qu’il ne cède jamais au pathos ni à la bonne conscience larmoyante, mais ça, ses lecteurs s’en doutaient.


Ajoutez comme bonus que ce brave Marlon Conrad fait immanquablement penser au gouverneur devenu un rien cinglé de Carl Hiaasen. De là à tirer comme conclusion qu’on ne peut pas être honnête et homme politique en Floride sans péter un câble …


Tim Dorsey / Orange Crush (Orange Crush, 2001), Rivages/Noir (2013), traduit de l’américain par Jean Pécheux.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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commentaires

Olivier 30/01/2013 07:36


Avis partagé sur ce Tim Dorsey que j'avais adoté a sa sortie, d'ailleurs quand j'essaie de convaincre quelque de se mettre à lire du Dorsey, je cite la même phrase que toi.

Au fond même si Hammerhead Ranch Motel est également un poil plus faible, le seul Dorsey que je déconseille est Stingray Shuffle ou la recette ne prenait pas

Jean-Marc Laherrère 30/01/2013 09:16



Il faut dire que c'est une phrase qui m'a fait éclater de rire.



Tasha 29/01/2013 09:43


Très alléchant! Je n'ai lu que Triggerfish Twist, que j'ai adoré et qui m'avait valu quelques beaux fous rires (je me souviens notamment d'une référence au film Ishtar, hilarante). Quant
à la remarque que tu fais à la fin, à la suite de Dorsey, sur les hommes politiques honnêtes, je me fais la même. En tout cas, je retiens le titre, car je m'étais promis de lire un autre Dorsey,
et je ne suis pas contre ces variations de tonalité que tu signales.  

Jean-Marc Laherrère 29/01/2013 13:27



Si tu veux te faire une idée des autres tu peux aller chez yan (encore du noir), pour moi Trggerfidh et orange sont les deux meilleurs.



Yan 28/01/2013 22:07


Sérieusement, c'est en effet un très bon Dorsey. Déstabilisant quand on est habitué aux autres romans de la série mais que l'on apprécie d'autant plus à la deuxième lecture. Oui, il est sans
doute plus profond que les autres car il aborde de front la question de la corruption du monde politique local alors que celle-ci fait plutôt partie de l'arrière-plan dansles autres bouquins. Et
impossible en effet de ne pas penser au Skink de Hiaasen!

Jean-Marc Laherrère 28/01/2013 22:11



D'accord avec tout.



Yan 28/01/2013 22:01


Ah!

Jean-Marc Laherrère 28/01/2013 22:07



Et oui, ah !



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