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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 20:49

Pain, éducation, liberté conclue la trilogie de la crise du grec Petros Markaris. On ne peut que constater que la situation en France ressemble beaucoup à celle de la Grèce …

Markaris

Janvier 2014, la Grèce vient de sortir de l’euro et revient à la drachme. Par la même occasion le gouvernement annonce que les salaires des policiers ne seront pas payés pendant trois mois. Dans les rues les manifestations se succèdent et les gros bras de l’extrême droite s’en prennent aux immigrés. C’est dans cet ambiance détendue qu’un premier cadavre est retrouvé : un entrepreneur, qui pendant sa jeunesse avait été emprisonné par la dictature des colonels, mais qui, une fois la démocratie revenue, avait très bien su profiter de la légitimité politique acquise pour faire des affaires, de très bonnes affaires, quitte à renier ses idées de jeunesse. Le commissaire Charitos se retrouve avec une nouvelle affaire bras, une affaire qui a toutes les chances de dégénérer …


Après les banquiers et les gros fraudeurs du fisc, voici donc dans le collimateur de Petros Markaris la génération de ceux qui, s’appuyant sur leurs luttes et souffrances de jeunesse, ont fait main basse sur le pays et n’entendent pas lâcher le morceau.


Pour en revenir sur ce que j’écrivais en introduction, ce n’est surement pas en France que l’on trouvera des anciens « révolutionnaires », disons qui avaient 20 ans à la fin des années 60, qui ont mis les mains dans le pot de miel et se sont gavés tout en continuant à donner des leçons à tout le monde parce que EUX ils y étaient. Non, cela n’existe qu’en Grèce.


Autre exemple qui ne s’applique qu’à la Grèce, et surtout pas à la France, et encore moins en ces jours électoraux : Une jeune qui s’intéresse à la politique analyse ainsi les mouvements d’extrême droite d’Aube Dorée : Ils n’ont pas intérêt à ce que les immigrés disparaissent, car leur seul programme consiste à demander … leur disparition, et les partis « traditionnels » n’ont aucun intérêt à ce que l’extrême droite disparaisse, car c’est un bon sujet de peur et d’entente (sans parler d’articles à n’en plus finir).


Mais ça c’est en Grèce, pas ici. Ce n’est pas ici que la presse nous rabattrait les oreilles tous les jours avec un parti d’extrême droite qui gagne moins de 20 communes sur plus de 36000 …


Toute politique mise à part, ce troisième volume de la trilogue confirme ce que j’ai pu dire sur les deux premiers. Sans rien apporter de très nouveau en termes d’écriture, Petros Markaris utilise, et utilise très bien, les codes du polar pour éclairer un autre aspect de la crise grecque. L’humour fait passer les moments les plus sombres, la colère et la rage sont là, ainsi que la tendresse pour ceux qui souffrent et l’admiration pour ceux qui luttent.


C’est bien fait, c’est utile, très utile même et on passe un bon moment de pure lecture. Aucune raison de passer à côté donc.


Petros Markaris / Pain, éducation, liberté (Psomi, Paidia, Eleftheria, 2012), Seuil/Policiers (2014), traduit du grec par Michel Volkovitch.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars Europe de l'Est
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commentaires

Maïté Bernard 06/04/2014 09:22


Toujours contente de savoir qu'un bouquin de Petros Markaris sort.  J'aime beaucoup le titre.  Moi, après avoir lu pas mal de romans argentins ces derniers temps, "Manèges" et "Les
passagers de l'Anna C." de Laura Alcoba, "Petits combattants" de Raquel Robles,  "Un comunista en calzoncillos" de Claudia Pineiro, j'ai commencé hier un livre que tu nous as
recommandé..."El jardin de bronce".  C'est addictif!  Bon, à un moment ou un autre, il faut bien aller se coucher, mais c'est dur!  Et je suis d'accord avec toi, je ne vois pas en
quoi son Buenos Aires (en tout cas celui des 175 premières pages) serait gothique.  Il me semble très "comun y corriente", au contraire.  Sinon, j'ai lu un tout petit bout de la
fin, genre quatre paragraphes avant la fin, et j'ai vu que le personnage se garait dans la rue Virrey Loreto...la mienne...puis qu'il se dirigeait vers le parc, celui où ma petite soeur allait
faire de la balançoire le samedi ou le dimanche après-midi...

Jean-Marc Laherrère 06/04/2014 14:36



Comun y corriente, perfectamente !


Et ma nièce adore Divergente, merci du conseil.



Serge 31 04/04/2014 00:38


Où l'on voit encore et toujours la force dénonciatrice du polar (Hammett, ne sors surtout pas de ce corps!)... Juste un détail: dans ton avant dernier paragraphe, ce 3éme volume ne peut que
confirmer tes impressions des deux premiers...


 

Jean-Marc Laherrère 04/04/2014 09:59



Oui, et merci pour le repérage de coquilles. Mes visiteurs sont vraiment extraordinaires !!



Norbert 03/04/2014 22:08


Rien à redire. Aucune chance que la France ressemble un jour à la Grèce. Ouf, quel soulagement ! D'autant qu'en plus, le changement c'est maintenant !  ; )

Jean-Marc Laherrère 03/04/2014 22:34



Tu vois, t'es d'accord, ça n'arrivera jamais ici !



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