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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 23:34

En général j’essaie d’éviter d’aller voir Kti Martin à Bédéciné. Pourquoi ? Parce qu’elle est de trop bon conseil et que je repars avec des piles de bouquins dans mon sac à dos alors que j’en ai déjà d’autres piles qui attendent à la maison … Mais bon, régulièrement je craque. Et c’est comme ça que j’ai découvert The city & The city de China Mieville, incroyable polar-SF.

 

Mieville

Quelque part en Europe, deux villes qui n’en forment qu’une : Beszel et Ul Qoma. Deux villes imbriquées mais totalement séparées, deux villes qui partagent des rues, des parcs, mais dont les habitants ne peuvent même pas se regarder … C’est à Beszel que l’inspecteur Borlù enquête sur la mort d’une jeune femme inconnue découverte dans un terrain vague. Rapidement il s’avère que la morte était archéologue et qu’elle vivait à Ul Qoma. Donc il y aurait eu Rupture, et ce serait donc aux mystérieux et tout puissants agents de la Rupture de régler cette affaire, eux qui interviennent dès qu’un citoyen d’une des villes ne respecte pas la stricte séparation. Mais rien n’est aussi « simple » et Borlù va se trouver pris dans un jeu de pouvoir et d’influence qui le dépasse complètement et va mettre à mal ses certitudes … et celles du lecteur.


J’ai entendu un fois Francis Mizio dire que si un auteur de polar se devait d’être un coureur de demi-fond de l’imagination, les auteurs de SF eux étaient des marathoniens. Difficile de trouver une meilleure illustration de cette boutade.


Ce n’est pas tout d’avoir cette intuition d’une ville coupée en deux mais « tramée ». Encore faut-il avoir la cohérence, la puissance d’imagination et l’intelligence pour mener l’idée dans ses derniers retranchements. Et c’est ce que fait China Mieville ici.


A partir d’une idée qui peut s’inspirer de villes réelles comme Berlin ou Jérusalem, mais aussi de découpages moins physiques, plus sociologiques, comme celui mis en scène par Neil Gaiman dans Neverwhere (au fait il faut absolument lire Neverwhere de Neil Gaiman), l’auteur invente un système absurde, ahurissant, et exploite son idée jusque dans ses ultimes conséquences, géographiques, sociales, politiques, psychologiques … Et tout ça dans un polar à l’intrigue impeccable.


Là où il fait encore plus fort, c’est que cette ville est inscrite dans notre monde, que dans ses deux parties on reconnait des bouts de choses existantes, qu’il a réussi à tramer son imaginaire et notre monde, de façon si inextricable qu’il devient impossible de démêler invention et réalité.


Là où il fait encore plus fort c’est que, à la réflexion, je suis bien en peine de dire ce qu’il y a de SF ou de fantastique dans ce roman … l’ensemble créé est sans conteste imaginaire, mais quasiment aucun de ses composantes ne l’est, ou presque. Et les ressorts finaux de l’intrigue sont très terre à terre malgré un environnement étonnant.


Je ne sais pas si je suis clair … ce que je peux dire c’est que c’est fin, c’est intelligent, c’est superbement construit … Et en plus de se révéler un marathonien, il sait sprinter sur les derniers chapitres pour un final bluffant. ET que les personnages et les descriptions sont superbes, et qu’il y a du suspense et des coups de théâtre …


Bref, lisez-le, et merci Kti …


China Mieville / The city & The city (The city & The city, 2009), Pocket/Thriller (2013), traduit de l’anglais par Nathalie Mège. 

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans SF - Fantastique et Fantasy
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commentaires

vincent vranken 09/12/2013 06:04


Eh bien cela fait quelque temps que j'hésite à le lire... Votre avis pourrait bien m'y décider. D'autant que, de l'auteur, j'avais lu avec autant d'intérêt que de fascination "les scarifiés";
énorme roman très dense, particulièrement riche et complexe narrativement autant que thématiquement, mélange d'aventures maritimes, d'intrigues politiques, de surnaturel, de science-fiction et
dont la trame à tiroirs évoque notamment "la mort en cage" (autre grand livre de I. Watson). Un tout cependant cohérent et convainquant (d'un point de vue diégétique) ponctué de références, de
scènes et de personnages assez exceptionnels; tantôt épiques, tantôt intimistes. Même si on est comme moi à priori hostile aux mondes imaginaires aux (faux) airs de fantasy, même si une sévère
"suspension d'incrédulité" et un temps d'adaptation sont nécessaires, je ne peux que m'incliner et vous le recommander. Par contre, je n'ai pas réussi à rentrer dans "Perdido Street Station",
beaucoup moins enthousiasmant à mon avis.


Avez-vous lu "l'île invisible" (Suniaga) et "Côté cour" (Blacha) chez Asphalte ? Deux brillantes réussites qui devraient vous intéresser.


Très bonne journée.

Jean-Marc Laherrère 09/12/2013 08:36



Je note tout ça. Et pour l'instant je n'ai pas eu entre les mains ces deux romans d'Asphaltes. le problème ensuite étant de trier tant il y a à lire ...



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