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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 21:11

Dans le flot de la rentrée polar voilà un roman qui risque fort de passer inaperçu, et c’est bien dommage. Car L’hiver du commissaire Ricciardi de Maurizio De Giovanni mérite vraiment d’être découvert.

 

De GiovanniNaples mars 1931. Le fascisme s’installe durablement et le printemps tarde à venir. Dans sa loge du théâtre San Marco Arnaldo Vezzi, ténor adulé, chanteur préféré du Duce est retrouvé égorgé. C’est le commissaire Ricciardi qui hérite de l’affaire. Un flic solitaire, issu de la noblesse mais totalement détaché des biens de ce monde et des honneurs, peu aimé de ses supérieurs et du pouvoir mais terriblement efficace. Ricciardi qui fait de chaque enquête une affaire personnelle, de chaque douleur une offense. Ricciardi, un homme torturé qui a le redoutable don de voir les derniers instants de chaque victime et de ressentir sa douleur, sa peine, sa peur, sa rage …

 

Bien que l’auteur soit italien on pense immédiatement au sergent de Robin Cook et à son empathie avec les morts. Il se demandait Comment vivent les morts ? Ricciardi sait comment ils meurent … C’est un sacré pari et un gros risque. Risque d’être comparé à Cook, risque de sombrer dans le ridicule, le mysticisme en peau de lapin, ou tout simplement risque de la facilité (facile d’être enquêteur si le mort peut vous dire si, oui ou non, c’est Omar qui l’a tuer …).

 

Et bien non seulement Maurizio De Giovanni évite tous les pièges qu’il s’est lui-même tendus, mais il ne pâtit pas de la comparaison avec l’immense anglais au béret.

 

Grâce à son talent pour créer des personnages, et planter un lieu et une époque. Dès les premières pages on s’attache à Ricciardi, on sent sa douleur, on compatit à sa peine. Avec lui on découvre une ville de Naples inattendue, ventée, froide, brumeuse. Une ville aux couleurs sépia, à la tonalité nostalgique, plus triste qu’exubérante, plus pastel que vivement colorée. Une ville coupée en deux, où riches et pauvres ne se côtoient jamais, une ville où la misère est grise.

 

Une ville en résonnance avec le personnage principal, héros à la fois classique (flic solitaire, en conflit avec sa hiérarchie, en proie à ses démons) et atypique (c’est un ascète qui souffre mais ne boit pas, ne se drogue pas, ne passe pas de femme en femme … aucun plaisir charnel ne semble l’attirer tant il est habité par la douleur des morts).

 

A cela il faut ajouter la grande réussite de l’auteur : intégrer son élément fantastique à l’intrigue sans en faciliter artificiellement la résolution. Cela apporte une coloration originale, une saveur étonnante, comme une épice judicieusement utilisée relève un plat sans le dénaturer.

 

Si j’en crois le ouikipedia en italien, et comme on peut le supposer à la lecture du titre original, ce roman est le début d’une série des quatre saisons. Tant mieux. En attendant la suite, faites-moi plaisir, découvrez dès aujourd’hui le premier volet des aventures du commissaire Ricciardi.

 

Maurizio De Giovanni / L’hiver du commissaire Ricciardi (Il senso del dolore, L’inverno del commissario Ricciardi, 2007), Rivages/Noir (2011), traduit de l’italien par Odile Rousseau.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars italiens
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commentaires

M.d.G. Fan Club Officiel France 13/06/2013 16:11


Pour tous nos amis français , nous avons maintenant une page Fan Club de France sur Facebook. Nous vous invitons avec l'espérance que vous l'aimerez .
https://www.facebook.com/MaurizioDeGiovanniFanClubOfficielFrance

Jean-Marc Laherrère 13/06/2013 16:36



Je ne savais pas que les écruvains avaient des fan clubs !


J'irai voir, merci pour le lien.



jean-louis azzani 12/09/2012 00:04


bONSOIR, je m'aperçois à la relecture de votre critique, après m'être délecté cet été  à découverte de"l'hiver...  " (vite les 3 autres saisons!) que vous avez omis un élément de la
construction du roman qui me semble importante, c'est la mise en parallèle de l'intrigue avec le scénario de l'opéra"Pagliaccio" (Paillasse) ; les amateurs d'opéra apprécieront d'autant plus ce
roman


P.S. merci de me l'avoir fait découvrir ainsi que d'autres polars italiens .


.cordialement 


Lo gabian


 

Jean-Marc Laherrère 12/09/2012 09:21



N'étant pas amateur d'opéra, cet élément a dû m'échapper ...


Merci de le préciser.


C'est l'avantage (pour moi) d'avoir des visiteurs attentifs, curieux et cultivés !



Xavier 04/11/2011 14:36



 


Dans le lien que tu donnes, on peut voir 4 romans supplémentaires avec le commissaire Ricciardi, "Le printemps du commissaire Ricciardi", "L'été...", " L'automne...", "Noël..." (dernier titre
sortil en 2011). Apparemment, il est allé plus loin. Après Noël, il y a le Nouvel An, puis Pâques,etc...



Il senso del dolore. L'inverno del commissario
Ricciardi, Fandango Libri, 2007.


Le beffe della cena ovvero piccolo manuale
dell'intrattenimento in piedi, Kairos, 2007.


Juve-Napoli
1-3. La presa di Torino, Cento Autori, 2008.


La condanna del sangue. La primavera del commissario
Ricciardi, Fandango Libri, 2008.


Ti racconto il dieci
maggio, Cento Autori, 2009.


Il posto di ognuno. L'estate del commissario
Ricciardi, Fandango Libri, 2009.


Miracolo a
Torino - Juve Napoli 2-3, Cento Autori, 2010.


I giorno dei morti. L'autunno del commissario
Ricciardi, Fandango Libri, 2010.


Per mano mia. Il Natale del commissario Ricciardi,
Einaudi, 2011.




Jean-Marc Laherrère 05/11/2011 16:17



J'ai vu ça.



Xavier 03/11/2011 15:10



Je viens de commencer et très vite, je suis emballé par l'atmosphère, le personnage, l'art pour nous amener pas à pas dans l'histoire par touches variées. Une très bonne indication. Merci
Jean-Marc.



Jean-Marc Laherrère 04/11/2011 05:41



De rien ! C'est fait pour.



zazy 03/10/2011 00:08



Tiens une piste poyur une future lecture



Jean-Marc Laherrère 03/10/2011 11:34



Une bonne piste même.



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