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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 13:08

Un peu de SF pour terminer l’année en beauté. Ca change, ça repose du polar et je renoue avec d’anciennes amours … Quand je veux me faire une pause SF, c’est facile, je vais voir l’incontournable Kathy chez Bédéciné et je lui demande de me conseiller un roman. Cette fois, ce fut La fille automate premier roman d’un américain, Paolo Bacigalupi. Une fois de plus bonne pioche.

 

bacigalupi

Un futur plus ou moins lointain (mais pas trop) à Bangkok. Après la période d’expansion est venue une récession mondiale : plus d’hydrocarbure, des taxes carbone exorbitantes, un climat déréglé, la montée des eaux … mais surtout l’agriculture mondiale aux mains des affameurs, les AgriGen, U-Tex, SoyPro et quelques autres ont mis la main sur la patrimoine génétique végétal, et ont commencé à affamer les populations. Jusqu’à la riposte venue avec des pestes et prédateurs de récoltes eux-aussi génétiquement modifiés. Depuis les virus et épidémie ravagent la Terre et chacun s’est replié sur lui-même.


Grâce à sa résistance de la première heure et une politique protectionniste le Royaume de Thaïlande s’en tire mieux que d’autres, et garde précieusement son trésor national, une banque de vieilles semences ultra protégée. Mais certains commencent à oublier, et Bangkok devient le terrain d’affrontement entre le Ministère de l’Environnement et le Commerce, sur fond de corruption et de trafic d’influences. Dans ce jeu mortel, Emiko, sublime jeune femme, créature artificielle créée au Japon et abandonnée là par son Maître, Jaidee le Tigre incorruptible de l’Environnement, Anderson, un américain aux buts secrets, un vieux réfugié chinois et quelques autres …


Juste un avertissement pour commencer. La fille automate est un roman dense et riche. Donc il faut avoir un minimum de disponibilité pour le démarrer. La récompense est à la hauteur du petit effort consenti. Parce que le roman est passionnant.


Paolo Bacigalupi danse sur la corde raide sans jamais tomber. Il parvient à en dire assez sur les causes de la catastrophe en cours, sans jamais tout dire, il réussit à décrire par petites touches les solutions imaginées pour remédier à la perte de source énergétique et à la pénurie alimentaire sans jamais tout décrire et tout révéler. Un exercice de haute voltige qui attise la curiosité du lecteur, fait marcher son imagination tout en lui donnant assez d’éléments pour ne pas le laisser frustré. Du grand art.


Du grand art (quoique plus classique) dans la construction du roman qui passe d’un personnage à l’autre sans jamais perdre le lecteur mais en lui offrant ainsi la diversité des points de vue. Du grand art enfin dans la construction des personnages, tous formidablement humains, complexes, capables du meilleur comme du pire. Jamais l’auteur ne prend parti pour l’un ou pour l’autre, tous ont leurs raisons, plus ou moins avouables, mais parfaitement logiques, cohérentes et compréhensibles.


Avec, bien entendu, une mention spéciale pour Emiko, créature étrange, artificielle mais tellement humaine, hurlant la frustration de ses conditionnements, pleurant ses espoirs d’humanité complète. Un personnage d’Emiko qui transforme ce qui aurait pu être « seulement » un excellent roman d’anticipation politique et écologique déjà passionnant en un formidable roman plein de chair, de sang et de larmes.


Paolo Bacigalupi / La fille automate (The windup girl, 2009), Au diable Vauvert (2012), traduit de l’américain par Sara Doke. 

 

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans SF - Fantastique et Fantasy
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Ultrarat 28/12/2012 23:43


T'as raison, en ces temps de forte disette dans les publications SF, ce roman est une perle rare. Faut juste se donner la peine d'y entrer. Au début c'est pas évident. Peut-être à cause des noms
étranges et d'un univers franchement différent de ceux auquels nous sommes habitués. Mais si on fait l'effort (et il n'est pas si terrible), alors la récompense est là. Sans doute parce qu'il y a
une vraie histoire avec des personnages forts, ce qui n'est hélas pas courant. Surtout en ces temps où une fantasy qui ne se renouvelle guère tient le haut du pavé. Pour 2013, il reste aux
amateurs à attendre le Jaworsky nouveau. Parce que celui-là, il nous annoncerait qu'il réécrit les pages jaunes qu'on se précipiterait quand même pour l'acheter. D'ici là, restent les polars.
Justement, en ce moment je suis sur "Les disparus de Juarez" de Sam Hawken. Et c'est puissant. Très puissant. Après, j'attaque "Liquidations à la grecque" parce que tu m'as convaincu que c'était
un truc à ne pas louper.


Sur ce, happy new year et tout et tout.

Jean-Marc Laherrère 29/12/2012 00:02



Je ne saurais juger la production actuelle de SF, j'en lis vraiment trop peu, mais celui-ci vaut la peine.


Et bonnes fêtes à toi également.



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