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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 17:08

Cela faisait un moment qu’on n’avait pas de nouvelles de Raúl Argemí. Rien depuis l’excellent Patagonia Tchou-Tchou. Rivages a eu la bonne idée de traduire un roman plus ancien Ton dernier nom de guerre, que voici.

 

Argemi

Manuel Carraspique est journaliste, et au chômage. A la suite d’un accident de voiture quelque part en Patagonie, du côté de la Cordillère, il se retrouve immobilisé à l’hôpital. A côté de lui, un grand brûlé, couvert de bandages. Il s’agirait d’un certain Marquez, indien Mapuche qui, pris d’une fureur mystique aurait tué sa femme et son enfant avant de s’immoler. Mais les policiers semblent penser que quelqu’un d’autre se cache sous cette identité et Manuel voit la possibilité d’un scoop qui relancera sa carrière moribonde. Il commence à recueillir les étranges histoires de Marquez, des histoires qui peu à peu s’assemblent en un sinistre puzzle.


Comme l’écrit l’ami Yan, il faut un tout petit peu de patience pour accepter de rentrer dans une construction en apparence complètement incohérente. Le journaliste est abruti par les médicaments, et le grand brûlé raconte des histoires qui semblent, du moins au début, totalement décorrélées les unes des autres. Mais c’est justement là un des intérêts du roman, ce qui en fait son piquant, ce jeu de construction, d’autant plus amusant que les pièces semblent provenir de puzzles différents. Rassurez-vous, à la fin, tout rentre dans l’ordre. Et l’auteur a la sagesse de resserrer son récit (150 pages) et de ne pas tirer à la ligne.


Alors certes, j’avais entrevu la solution. Ou plutôt disons que la conclusion était une des solutions que j’avais entrevues. Mais est-ce vraiment important ?


Car au-delà du plaisir de l’intrigue, Raúl Argemí revient, sans jamais être lourd, sur la période de guerre sale menée par les militaires de la junte entre 1976 et leur chute, en 1983. L’originalité, par rapport à d’autres romans de l’auteur, est de nous mettre plutôt dans la peau de personnages de tortionnaires, et non de victimes ou de résistants. Et sa force est d’avoir construit cette pourriture qui se révèle peu à peu, très convaincante, et donne de la force au récit.


L’autre force est de nous sortir de Buenos Aires, comme il l’avait fait dans le roman précédent, et de nous décrire cette Argentine du grand sud, si différente de la vie trépidante et très européanisée de la capitale.


Un plaisir de lecture, autant sur la forme que sur le fond.


Raúl Argemí / Ton dernier nom de guerre (Penúltimo nombre de guerra, 2004), Rivages/Noir (2013), traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco-Rahal.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
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commentaires

Loo 30/11/2013 21:00


Ca ce comprend aisément.

Loo 30/11/2013 20:18


Ah oui celui-ci je viens de l'emprunter. Je le commence très bientôt. Il a l'air bien effectivement. Comme quoi il n'y a pas que la dictature dans la lecture argentine.

Jean-Marc Laherrère 30/11/2013 20:47



D'un autre côté, c'est un période qui a laissé des traces durables ...



Loo 30/11/2013 20:08


Moi qui recherche des idées lectures argentines, celle-ci me conviendrait ien. Mais dommage, pour le moment je ne trouve que des sujets qui tournent autour de cette période.

Jean-Marc Laherrère 30/11/2013 20:14



Pour sortir de cette période il y a le magnifique Patagonia Tchoutchou du même Raul Argemi.



christophe 12/11/2013 21:47


Somptueux, comme tous les autres, dans un genre différent à chaque fois, vraiment un grand auteur !

Jean-Marc Laherrère 12/11/2013 23:12



Nous sommes d'accord.



Norbert 09/11/2013 19:08


La chronique de  Yan m'avait finalement un peu décontenancé, moi qui m'apprêtait à prendre ce roman. Je m'étais dit que pour faire connaissance avec l'auteur, ce n'était peut-être pas le
meilleur choix. Qu'est-ce que tu conseillerais comme premier roman de l'auteur, Patagonia Tchou Tchou (j'en ai tellement entendu du bien...) ?


Sinon, il était bien présent à TPS cette année, non ?


Bon WE à toi. Je vais commencer le roman de son compatriote Molfino...

Jean-Marc Laherrère 09/11/2013 23:48



Patagonia bien sûr, ou Les morts perdent toujours leurs chaussures.


Et il était à TPS mais en 2012 et 2010 ou 11.



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