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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 23:43

On ne peut malheureusement (ou heureusement) pas tout lire, et j’étais passé à côté des dernières productions de chez Ombres Noires. Mais j’ai commencé à me rattraper avec Utopia de l’égyptien Ahmed Khaled Towfik.

 

towfik

Nous sommes encore dans un futur proche (décidément !), en Egypte cette fois. Depuis la fin du pétrole et l’avènement du pyrol, dans cette partie du monde, les différences entre riches et pauvres se sont encore creusées. Les plus riches vivent à Utopia, cité totalement fermée gardée par d’anciens Marines. Au dehors l’état a abdiqué toute autorité et tout devoir. Le reste de la population vit, survit plus exactement dans un immense bidonville. Dedans, les ados s’ennuient. Rien n’est interdit, à 16 ans ils ont connu toutes les transgressions possibles. Sauf une. La chasse.


Il s’agit de sortir en cachette, d’aller Dehors, et d’essayer de ramener à l’intérieur une proie, un Autre. Si ce n’est pas possible, on peut le tuer et en ramener un morceau, comme preuve de son exploit. C’est ce que s’apprête à faire le narrateur, accompagné de sa copine du moment. Mais dès le début, les choses dérapent, ils sont reconnus comme des habitants d’Utopia et de chasseurs deviennent proies. Dans l’immense décharge à ciel ouvert la chasse commence.


Il semblerait que partout la multiplication des lotissements fermés et sécurisés fasse réagir les artistes. Comme le cinéaste mexicain de La zona, comme le français Antoine Chainas dans Pur, et comme ici en Egypte. Partout le constat semble le même : les inégalités grandissent, et les plus riches veulent de plus en plus se protéger des conséquences de cet état de fait dont ils sont entièrement responsables en se retranchant derrière des murs de plus en plus élevés.


Les traitements sont différents. Celui d’Ahmed Khaled Towfik est particulièrement effrayant. Dans la justesse des descriptions de deux mondes. L’un ou des jeunes de 16 ans vivent une vie complètement vidée de son sens par la possibilité d’avoir tout ce qu’ils veulent, un monde totalement coupé du reste, où rien n’est interdit, sauf porter atteinte à la propriété d’autrui. L’autre régi par la loi de la jungle, la loi du plus fort, la haine impuissante contre Utopia, et la survie individuelle sans la moindre solidarité. Les deux mondes étant pareillement acculturés, l’un parce que la culture ne s’achète et ne se vend pas, l’autre parce qu’on y est uniquement préoccupé par le prochain repas.


Dans ce double enfer, l’auteur nous invite à une sorte de Chasse du comte Zaroff, chasse où chacun est tour à tour chasseur et gibier. De ce basculement, de ce renversement de rôles n’attendez aucune issue heureuse. Pas d’empathie ici, pas de compréhension possible entre deux mondes qui sont maintenant trop séparés et se haïssent trop. Personne n’apprendra rien et nous ne trouverez aucune morale.


Lecteur, toi qui entre en Utopia, abandonne tout espoir !


Ahmed Khaled Towfik / Utopia (Utopia, 2009), Ombres Noires (2013), traduit de l’arabe par Richard Jacquemond.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars africains
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holden 12/10/2013 18:25


parfait, bellle chronique d'un livre que j'avais devoré,

Jean-Marc Laherrère 13/10/2013 18:54



Merci.



Norbert 11/10/2013 09:25


Dans un polar paru la rentrée dernière, "Les disparues de Juarez" de Sam Hawken, qui parle de ces centaines de femmes qui disparaissent à jamais dans cette cité, et ce depuis des décennies, il y
a également un bel exemple de ces "lotissements fermés" (dans le roman, il s'agit de collines entières, avec différents niveaux de sécurité en fonction des propriétaires) qui existent visiblement
déjà au Mexique, et certainement ailleurs en Amérique du Sud. Ce bouquin m'a d'ailleurs pris aux tripes, avec de très beaux personnages, dont un, typiquement "Goodisien". C'est terrifiant et
révoltant. Je vais lire ce "Utopia".

Jean-Marc Laherrère 13/10/2013 18:53



Je note.



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