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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 23:41

On aurait pu croire la plongée dans la période franquiste réservée à ceux qui ont vécu activement sa fin. On pense aux fondateurs du polar espagnol actuel, à la génération de Manuel Vazquez Montalban et Francisco Gonzalez Ledesma. Et on s’aperçoit que la thématique intéresse aussi la génération suivante.

 

Après le superbe Empereurs des ténèbres d’Ignacio del Valle (né en 1971), voici un autre roman qui explore, de très belle manière, la même époque. Il s’agit de La tristesse du samouraï de Victor del Arbol (né lui en 1968).


del arbolDécembre 1941, quelque part en Estrémadure, une femme élégante attend un train, accompagnée d’un enfant d’une dizaine d’année. Elle fuit vers le Portugal. Mai 1981, Maria, avocate de renom se meurt d’un cancer dans une clinique chic de Barcelone. Elle vient de vivre des semaines de terreur, et de sang. Des semaines d’une vengeance qui prend sa source sur ce quai de gare en décembre 41 …


Alors que dans l’ombre certains se préparent à renverser la toute jeune démocratie, les horreurs du franquisme refont surface.


L’impression qui se dégage tout au long de la lecture est qu’on a là du très beau boulot. Peut-être pas LE roman qui vous fait crier au génie absolu, mais le style de polar impeccable qui nous fait tant aimer le genre.


Ca commence avec des personnages consistants, ambigus et compliqués, comme de vrais gens, que l’auteur dévoile peu à peu, au rythme d’une intrigue complexe parfaitement maîtrisée. Certes il n’est ni le premier ni le dernier à utiliser des allers retours entre passé et présent, et à alimenter ainsi le suspense et les interrogations sur les traumatismes ou les fautes de ses personnages. C’est un procédé relativement classique, et terriblement efficace quand il est bien utilisé. C’est le cas ici, ce qui crée un suspense du meilleur aloi.


Et tout cela est au service d’une histoire ancrée dans l’Histoire, dans une Espagne qui n’a pas terminé de régler ses comptes avec le franquisme et les franquistes. Violences de la dictature,  vengeances, violences faites aux femmes (hier eu aujourd’hui), traumatismes liés à la Division Azul envoyée combattre en URSS auprès des nazis (comme Ignacio del Valle), impunité des puissants qui savent passer indemnes d’une époque à l’autre … Il y a aussi tout cela dans La tristesse du samouraï.


A lire donc.


Victor del Arbol / La tristesse du samouraï (La tristeza del Samurái, 2011), Actes Sud/Actes Noirs (2012), traduit de l’espagnol par Claude Bleton.

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commentaires

M
<br /> Tu as raison, nos centres d'intérêt son souvent communs, et nos désaccords sont rares.  Tu as raison aussi sur le méchant député, et je suis d'accord qu'on nous dit au sujet de l'autre<br /> méchant que dès son enfance, il est fragile, mais tu l'as vu sa progression vers la folie, toi?  Enfin bon, c'est toujours plus facile de juger une fois que le roman est monté.  Moi,<br /> quand un pote me demande un avis sur un plan de roman, je suis nulle.  Mais s'il me le demande une fois écrit, alors là j'arrive bien à voir quels chapitres il faut déplacer, lesquels il<br /> faut couper, quels personnages étoffer, etc.  C'est ce que j'ai ressenti pendant toute ma lecture.  Ce n'est pas que je jette ce bouquin à la poubelle, c'est que j'ai passé mon temps à<br /> faire de l'éditing mentalement.<br /> <br /> <br /> Mais promis, la prochaine fois on se remet d'accord! :-)<br />
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J
<br /> <br /> A la première question, non, on ne voit pas le cheminement. Faut dire que le roman laisse un gros trou de 40 ans, c'est d'ailleurs, en y réfléchissant, là qu'est sa faiblesse. Ou sa solution de<br /> facilité.<br /> <br /> <br /> A la prochaine.<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> apres l'italie, je m'y colle, donc, cela m'a l'air dêtre tres interessant<br /> <br /> <br /> merci à toi<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Ps pour info je viens de finir Back up de paul Colize, j'ai adoré<br />
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J
<br /> <br /> Je dois avoir ça sur mes étagères ... Mais je suis complètement submergé.<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> Ohlala que je me suis ennuyée avec ce roman!  J'en ai même sauté des pages à la fin pour aller plus vite vers la résolution et en finir une bonne fois pour toutes.  Je n'ai pas du tout<br /> cru au personnage du méchant.  On passe de sa face angélique au tout début (je n'en dirai pas plus pour ceux qui n'ont pas lu) à sa face monstrueuse sans expliquer le glissement progressif<br /> vers la folie.  Et puis mon Dieu que c'est long et délayé dans la partie année 80.  Franchement, tout pouvait se dire plus vite.  A mon avis, il aurait fallu garder la même<br /> histoire et la même structure mais en plus ramassé. <br />
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J
<br /> <br /> Et bé !<br /> <br /> <br /> Le méchant pour moi c'est pas lui, c'est le député, ce personnage là est présenté dès le départ comme fragile et sur le fil entre folie et génie.<br /> <br /> <br /> Mais bon, pour une fois on n'est pas d'accord, ça passe, mais que ça ne se reproduise pas !<br /> <br /> <br /> <br />

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