Si comme moi vous sentez la nausée qui commence à vous gagner, à force de lire qu’un dangereux journaliste soupçonné de délit de diffamation a été menotté devant ses mômes, foutu à poil et fouillé au corps ; que des gendarmes, à la demande d’un
proviseur quelque part dans le Gers, ont procédé à la fouille poussée de tous les adolescents
d’une classe forcément suspects, puisqu’ils sont jeunes, et que Marciac, connu comme une des plaques tournantes du trafic de drogue en France … Un conseil, lisez Triggerfish twist
de Tim Dorsey. Et imaginez que Serge s’occupe personnellement du juge qui a fait mander le journaliste ou du proviseur qui a fait rentrer les gendarmes dans son collège …
C’est fait ? Vous voyez, vous souriez … Certes le problème reste, mais vous avez passé un petit moment agréable non ? Pour quelques temps encore il n’y a pas de délit d’imagination. Profitez-en, cela risque de ne pas durer. Si vous ne connaissez pas Tim Dorsey, lisez ce qui suit …
Jim Davenport est fondamentalement gentil.
Prêt à voir le bon côté de son prochain et à lui trouver des circonstances atténuantes. Disposé à bien s’entendre avec la terre entière. Bon père, bon mari, excellent employé, en paix avec
l’existence. Jusqu’à son déménagement à Tampa, Floride. Tout se présente pourtant sous les meilleurs auspices. Ciel bleu, végétation luxuriante, maison impeccable, voisins … c’est là que ça se
gâte. Parce que Lance Boyle, promoteur (véreux, bien entendu) est en train de racheter tout le quartier, pour le raser, et réaliser une plus value juteuse. Jim ne veut pas vendre ? Qu’à cela
ne tienne, Lance installe dans les maisons qu’il possède déjà les pires locataires qu’il puisse recruter. Et y a-t-il pire que l’explosif trio formé par Serge (tueur psychopathe qui sait être
charmant et érudit), Coleman (spécialiste mondial de la défonce) et Sharon (prostituée déjantée et totalement incontrôlable) ?
J’avais moyennement apprécié Florida Roadkill, mais là, ça y est, je deviens un accro à Tim Dorsey. On
retrouve dans Triggerfish twist toutes les qualités du précédent, à commencer par le trio infernal, déjanté et particulièrement jouissif, l’imagination sans limite, le sens du
rythme et l’absence totale d’autocensure qui lui permet de tout oser, et de tout réussir. Et on n’y retrouve pas le défaut de ce précédent roman (du moins, ce que moi j’avais perçu comme un
défaut) à savoir cette sensation de ne pas très bien savoir où l’auteur veut aller.
Là c’est clair, il veut faire voler en éclat les fondements de la très policée classe moyenne. Et pour voler en éclats, ils volent en éclats … de rire. C’est absolument féroce, sans pitié,
hilarant et génial. Les scènes d’anthologie se succèdent (comme dans Florida Roadkill), le liant en plus. Impossible de toutes les citer ici, il faudrait recopier le bouquin. Une mention spéciale
quand même au dîner classe que Serge veut offrir au couple Davenport, et que Sharon fait totalement exploser, et au final apocalyptique.
Pour donner une idée du bouquin, disons qu’à côté du trio infernal les déjantés de Carl Hiaasen font un peu figure de gentils scouts. Décidément, la Floride semble être un état intéressant.
J’oubliais ! Une mention spéciale également aux deux scènes où Serge met toute son imagination et son ingéniosité au service d’une noble cause : débarrasser le monde de deux nuisibles particulièrement visqueux. Jouissif, et totalement inédit. Et qui nous ramène au début de cette chronique.
Bonne lecture, et bon rêve …
Tim Dorsey / Triggerfish twist (Triggerfish twist, 2002), Rivages/Noir (2008), traduit de l’américain par Jean Pêcheux.
ajouter un commentaire commentaires (8) recommander
faisant exploser les codes de la musique jouée traditionnellement par les fanfares.
Laissant libre cours à son inspiration, son cornet crache le feu et le rythme. Le jazz est en train de naître, et ce n’est pas du goût de tout le monde. Dans le même temps, son ami d’enfance
Valentin Saint-Cyr enquête pour le compte du caïd local sur la série de meurtres dont sont victimes des prostituées du quartier. Une enquête qui le ramène systématiquement vers Bolden.
Broadstreet, Rex, Juan, Don Gordo, Root
… et quelques autres construisent l'Amérique, jour après jour, en projetant de la gunite, ce mélange de ciment, de sable et d'eau, sur les piliers des ponts, les parois de réservoirs ou les murs
d'édifices qu'il faut consolider. La gunite est leur vie, elle les imprègne, pénètre leurs yeux, leur peau, leur sang. Pour tenir, il y a l'alcool, la drogue et la violence. Souvent, l'accident,
et c'est la mutilation ou la mort. Les patrons sont sans pitié, les syndicats inexistants. Jour après jour, ils luttent, souffrent, construisent. Jour après jour ils sont fiers de faire un boulot
dont personne ne veut, un boulot trop dur pour le commun des mortels.
« D’ici deux ou
trois minutes, le bord inférieur du soleil rouge plongerait derrière les couches de nuages à l’ouest, au-dessus de l’Arizona. Ses rayons obliques de fin d’après-midi étaient presque parallèles à
la pente de la colline descendant vers le Zuňi Wash. Ils projetaient l’ombre mobile de Ted Isaacs à près de trois cent mètres en contrebas, et à côté d’elle s’étirait l’ombre immobile du
lieutenant Joseph Leaphorn. Chaque genévrier, chaque arbuste jaune et chaque saillie de rocher coupait le gris-jaune de l’herbe automnale d’une bande d’ombre d’un bleu foncé. Au-delà du flanc de
la colline, au-delà du quadrillage de ficelles qui marquait la fouille d’Isaacs, à trois kilomètres de l’autre côté de la vallée, se dressait la masse imposante de Corn
Mountain,
sacré sur le canon de son vieux 30-30 puis entonnait un chant ; de
la voix claire du vieil homme qui s’adressait à l’esprit du cerf afin que la chasse à laquelle il allait se livrer pour avoir de la viande pour l’hiver soit bonne et juste et en totale harmonie
avec les choses de la nature, conférant ainsi à l’acte à venir la beauté Navajo. » (Là où dansent les morts).
Et ce n’est pas tout. Tony
Hillerman est un raconteur d’histoires. Il prend son temps, sait musarder, mais cela ne l’empêche pas de tricoter des intrigues précises et bien construites, et de donner envie de tourner les
pages AUSSI parce qu’on veut savoir la suite. Pour finir, comme leurs cousins les romans noirs urbains, ses polars s’appuient sur ce superbe talent de Tony Hillerman pour dresser des tableaux,
souvent très sombres, de la situation présente, faite de misère, de perte de repères, d’alcoolisme, et d’incompréhension et/ou de mépris entre blancs et indiens.
bibliographie (non exhaustive, mais les titres essentiels y sont) des
aventures de Jim Chee et Joe Leaphorn. Il vaut mieux, si possible, les lire à peu près dans l’ordre. Ce n’est pas indispensable, mais ne peut qu’augmenter le plaisir.
Pour une fois, Parker n’a pas choisi lui-même ses coéquipiers. Résultat, il se retrouve en taule en attente de jugement. Pressé de sortir de là, il s’associe
avec deux codétenus pour s’évader. Mais leur aide, et celle de leurs complices à l’extérieur a un prix : Il doit participer à un coup dans la ville. Un coup qu’il ne sent pas, un coup qu’il
n’a pas préparé. Un coup qui, bien entendu, tourne mal …
Jusqu’au jour où, dans
Gravité à la manque, un tueur fou et sadique se met à massacrer à tout va dans le Boudayin. Marîd commence à enquêter quand il est convoqué par le parrain local, bien plus
puissant que toutes les forces de police, Papa Friedlander Bey. Celui-ci lui suggère d’accepter de se faire câbler, puis d’enquêter pour son compte et d’éliminer le tueur. Comme il est difficile
de résister aux suggestions de Papa, Marîd se fait opérer, et c’est avec l’aide de la personnalité de Nero Wolfe qu’il démasque le tueur.
parfaitement abouti du mélange des genres. La progression de l’enquête, le style,
la voix off du narrateur très hard-boiled, avec ses répliques caractéristiques, en font un hommage au genre superbement réussit.
Il pleut sur les bayous. Dave Robicheaux est en rogne. Pas à cause du temps, mais parce que son ami, Jimmie Dolan, prêtre grande gueule qui n’hésite jamais à
affronter sa hiérarchie et les notables du coin pour défendre les plus démunis a été tabassé quelques semaines auparavant. Avec son ami Clete, colosse souvent imprévisible, il est bien décidé à
faire payer l’exécutant et ses commanditaires. Sur son chemin il va croiser un tueur de l’IRA et le fantôme d’un musicien de blues mort depuis 50 ans. Face à lui, rapidement, toute la puissance
et la morgue des grandes familles du sud, qui continuent à se comporter en propriétaires de la région et de ses habitants.
Alors certes, c’est du noir profond. Pas du rose.
Cependant, cette balade morbide dans Manhattan, qui fait penser, si on s’en tient au thème, au grand Necropolis de Lieberman, a une toute autre coloration. Passé le premier
choc (qui est rude), le lecteur s’attache peu à peu au personnage principal, qui pourtant ne fait rien pour. Cela se fait de façon imperceptible, sans que l’on puisse dire à partir de quand on
commence à l’aimer. Mais on finit par le comprendre, par se rendre compte qu’il ne fait pas ses photos pour satisfaire une curiosité et un voyeurisme malsains, mais pour garder à distance ses
propres démons.
Mais ce vendredi Raphaël est heureux, parce qu’il a trouvé un boulot. Un boulot temporaire, un
boulot difficile, mais un boulot pour lequel on lui donne une avance qui lui permet de rapporter un peu d’argent chez lui, de payer une robe à sa femme, de la viande à ses enfants, et quelques
bières à ses potes. Et lundi, Raphaël ira bosser.