Polars français

Vendredi 6 novembre 2009

J’avais aimé la côte 512 de Thierry Bourcy puis, noyé sous l’avalanche des sorties, laissé passer les suivants. La rencontre avec ce très sympathique auteur lors du premier salon TPS m’a donné envie de me replonger dans la série. Voici donc l’arme secrète de Louis Renault.

 

Noël 1915. Célestin Louise ne s’attend absolument pas à bénéficier d’une permission. Il reçoit pourtant bien une lettre de son ancien patron à la tête de la police parisienne qui le rappelle pour dix jours loin du front. Sa précédente enquête l’a fait remarquer de l’état-major qui le réclame pour une affaire très embarrassante : Les plans d’un nouveau char ont été volés dans le coffre-fort de l’appartement de Louis Renault. Et bien entendu, les seules personnes à en avoir le code sont absolument insoupçonnables. Célestin revient donc à Paris et découvre le fossé qui existe, après plus d’un an de guerre, entre la vie frivole de la capitale et l’enfer vécu par les poilus. Un fossé qui ne pourra aller qu’en grandissant.

 

Si l’écriture de Thierry Bourcy, parfois un poil trop sage, ne révolutionnera pas le genre, ce deuxième volume confirme tout de même l’intérêt de cette très bonne série.

 

Pour commencer l’idée d’écrire un polar par année de guerre, et de montrer ainsi l’évolution de l’état physique et mental des soldats et des gens de l’arrière est excellente. Ensuite, son personnage de Célestin Louise existe vraiment et certains personnages secondaires commencent à prendre de l’épaisseur. Pour finir sur la forme, l’intrigue est bien menée.

 

Quant au contexte historique, comme dans le premier volume il est très bien rendu. Après les tranchées, Thierry Bourcy s’attache à décrire l’incompréhension totale entre ceux qui vivent l’enfer des tranchées, et ceux qui sont restés en arrière. Même ceux (et plus généralement celles) qui souffrent de la perte d’un frère, mari ou fils ne peuvent comprendre ce que vivent les poilus. Et le fossé est encore plus grand avec ceux qui continuent à profiter de la vie, voire dans certain cas, à exploiter la guerre.

 

En bref une très belle chronique, que je vais poursuivre sans trop attendre.

 

Thierry Bourcy / L’arme secrète de Louis Renault, Folio/Policier (2008).

Par Jean-Marc Laherrère
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Mardi 3 novembre 2009

Le pyrénéen Michel-Julien Naudy est un écrivain trop rare. Trois séries noires, probablement introuvables sauf chez les bouquinistes et les bonnes bibliothèques, quelques romans jeunesse, et des nouvelles. J’avais été envouté par Le pas du parisien, un polar montagnard qui arrivait à faire passer des sensations aussi subtiles que le bonheur de sentir les muscles se chauffer au début d’une randonnée, ou le silence imposant de la montagne.

 

Zone frontière Figueras rassemble huit nouvelles qui, comme leur nom l’indique, se déroulent de part et d’autre des Pyrénées. Comme ses personnages Michel-Julien Naudy ne dit que l’essentiel, l’indispensable. Ses nouvelles sont épurées à l’extrême. Au point de pouvoir même désarçonner parfois tant il manie l’ellipse. Mais quand ça passe, c’est du grand art.

 

Employé au tri de nuit à la poste, chômeur en attente d’un stage de plus, ancien résistant devenu instituteur, gérant de station service, femmes seules ballotées d’un poste pourri à une autre … tels sont les personnages de ces huit nouvelles. Tous sont saisis au moment où ils sont près de basculer dans autre chose : une vengeance, un coup qui les sortira de leur vie morne et sans avenir, une occasion saisie au vol, sans même y penser … Des ruptures qui les mènent souvent vers la frontière, en traversant à pied ces montagnes que l’auteur aime et connaît si bien.

 

Et puis, comme on parle d’Espagne, toujours en toile de fond, la plaie toujours ouverte de cette guerre terrible, de ces vaincus devenus mythiques que la France a si mal accueillis, dans un épisode infamant de notre histoire dont nous n’aimons guère parler.

 

Tout cela passe dans ces huit nouvelles, sans grands effets de manche, sans esbroufe, sans gesticulations, mais avec quelle émotion ! Une occasion de découvrir un auteur qui n’a pas encore trouvé tous les lecteurs qu’il mérite.

 

Michel-Julien Naudy / Zone frontière Figueras, Mare nostrum/Polar (2009).

Par Jean-Marc Laherrère
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Mardi 20 octobre 2009

Si on m’avait demandé de citer un auteur français, un seul, qui ne pouvait pas rentrer dans le cadre forcément restrictif d’une série je crois que j’aurais cité Antoine Chainas. Et je me serais trompé, la preuve. Avec Six pieds sous les vivants, il participe avec brio à l’aventure Polar et Rock&Roll des éditions La Tengo.

 

Mona Cabriole, journaliste au journal internet Parisnews, est appelée par son nouveau contact à l’institut Médico-Légal : Une star du rock underground vient d’être amenée. Quand Mona arrive sur place, le corps a disparu. Cela pourrait n’être qu’une coïncidence, d’autant plus qu’une grève paralyse le fonctionnement de l’Institut. Les choses prennent un tour plus étrange quand Mona s’aperçoit que la biographie du chanteur a disparu de toutes les librairies, et qu’il n’existe plus une seule données à son sujet sur internet. Elle n’imagine pas encore que son enquête va l’amener au cœur des plus étranges perversions de l’homme et de la société contemporains.

 

Donc non, Antoine Chainas n’est pas soluble dans Mona Cabriole. Même s’il joue le jeu de la série et adopte sa bible, il reste lui-même et on retrouve des gros morceaux de Chainas entier dans le produit final !

 

Certes, pour la première fois son personnage principal n’est pas totalement déjanté, elle est même d’une étonnante « normalité » pour l’univers de l’auteur si l’on compare à ses freaks habituels. Mais il se fait un plaisir de la plonger dans son univers, un univers underground, de sexe, de mort et de déviance, où elle aurait parfaitement pu croiser Casanova, Nazutti ou Désiré. Un univers qui tourne autour de l’Institut médico-légal et de notre rapport à la mort (entre autres).

 

Quant à son style, scandé, incantatoire, il est toujours là. Il rythme ses thèmes de prédilection, la mort, le corps, la société du spectacle, la recherche permanente de quelque chose de plus bizarre, de plus étrange, de sensations encore plus fortes …

 

Conclusion, si vous aimez Chainas, vous aimerez, sinon, je crois pouvoir dire sans trop me tromper que vous pouvez passer votre chemin.

Antoine Chainas / Six pieds sous les vivants, La Tengo/ Polar et Rock&Roll (2009).

Par Jean-Marc Laherrère
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Dimanche 18 octobre 2009

Vous vous doutez bien que je ne suis pas revenu du salon toulousain les mains vides. Dans ma besace, quelques ouvrages dédicacés. Dont la BD adaptée des nouvelles de Jean-Hugues Oppel, et Car voici que le jour vient le nouveau roman de Fabienne Ferrère, entre autres.

 

Une nouvelle fois, Gilles Bayonne chevau-léger du roi est obligé d'obéir à Cheverny, le grand chancelier de Henry IV, qui menace sa famille. Au lieu de se trouver sur le champ de bataille comme il le souhaite, il est obligé de rester à Paris pour enquêter sur deux affaires. Une série de vols particulièrement audacieux et fructueux chez différents riches marchands, et surtout le meurtre sauvage d'un curé, retrouvé enfermé dans un tonneau et dévoré vif par des rats. A l'heure où les luttes sanglantes entre catholiques et protestants sont encore dans toutes les mémoires, un tel meurtre ne peut rester impuni. Accompagné du jeune Pique-Lune, Gilles Bayonne va devoir affronter un assassin particulièrement inventif et cruel, et garder ses arrières pour se protéger des espions de Cheverny et des commissaires du Châtelet qui voient d'un mauvais œil un soldat venir chasser sur leurs terres.

 

Nous retrouvons ici Gilles Bayonne, enquêteur dans Le chien du Diable. On attendait l’auteur au tournant, impatients de voir si elle allait pouvoir transformer un premier essai plus que prometteur. Alors ? Alors  … Essai transformé.

 

On retrouve la richesse de son univers, la qualité et l'érudition de son écriture qui nous plonge directement à la fin de ce XVI ° siècle. A ce sujet il faut avertir le lecteur. Car voici que le jour vient n’est pas un de ces romans historiques de plage, vite écrit, vite et facilement lu, encore plus vite oublié. C’est un roman exigeant, maniant une langue sans concession, qui fait la part belle à de vieille tournures et à un vocabulaire riche. Il faut un peu d’attention, une attention pleinement récompensée.

 

Quel plaisir de retrouver Gilles Bayonne, hanté par la mort de son frère qu’il n’a pas su prévenir, et un Pique-Lune picaresque en diable qui apporte un touche d'humour, même si lui-même vit avec de bien méchants souvenirs. Ils sont entourés d'une étonnante galerie de personnages secondaires, qui donnent toute sa chair à cette description d'un Paris sensuel ou sensoriel.

 

Sensuel et sensoriel car dans ce Paris du XVI, ça pue, on marche dans la fange et le sang, on jure, on se bagarre, on aime, on ripaille, on boit, on survit comme on peu, on crève souvent de faim. Dans les geôles du Chatelet, la torture est de mise (rassurez-vous pas de sensationnalisme ni de voyeurisme), et la majorité de la population vit dans une misère noire.

 

Plus qu’un roman historique, un vrai roman noir du XVI ° siècle, plein d’empathie pour ceux qui souffrent, les faibles, ceux sur qui tout le monde peut taper, en bref le peuple, et plus encore, les enfants du peuple. Mais sans misérabilisme, les victimes n’étant pas dépourvues de ressources et sachant, à l’occasion, rendre coup pour coup.

 

Comme l’ensemble est soutenu par un intrigue sans faille qui fait tourner les pages, l’essai est transformé comme je l’écrivais plus haut.

 

Fabienne Ferrère / Car voici que le jour vient, Denoël (2009).

 

PS. Dans ma note sur le premier roman je demandais si on pouvais avoir un peu plus de castagne. Il y en a un peu plus. Mais comme je suis très exigent, j’en voudrais encore un petit peu plus, s’il vous plait madame l’auteur …

Par Jean-Marc Laherrère
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Jeudi 24 septembre 2009

Il y a des auteurs à côté desquels on passe complètement. Par étourderie, par manque de curiosité au mauvais moment, par manque d’occasion … Pour tout un tas de bonnes ou de mauvaises raisons. C’est comme ça que, jusqu’à présent, j’étais passé à côté de Jean-Paul Nozière. Puis comme il a eu la bonne idée de me signaler la sortie de Cocktail Molotov, je l’ai extrait de la pile à lire … J’ai bien fait. Qu’il en soit remercié.

 

Dalet est une petite ville de province qui crève à petit feu. La seule entreprise de la ville délocalise à tour de bras, les commerces ferment, et à partir de 20h00 tous les volets sont fermés, plus personne ne traîne dans les rues. Sauf il y a trois ans, quand le club de foot amateur est arrivé miraculeusement en demi-finale de la coupe de France. Et cette année, le miracle se reproduit ! De nouveau, tout Dalet ne pense que foot, ne rêve que foot. Tout, pas exactement. Quelques jours avant Le match, un sauvage a brisé des vitrines et lancé des cocktails Molotov contre des maisons. Tout le monde veut croire à la descente bête et méchante de quelques sauvageons d’une banlieue voisine. Sauf une des victime qui a peur et appelle à l’aide la sœur d’un ancien amant. Et c’est comme ça que la superbe Yasmina, et Christian Milius, ancien flic à la retraite vont débarquer à Dalet, et faire remonter à la surface une vilaine affaire.

 

Voilà un polar qui a tout pour plaire.

 

Une bonne intrigue, qui maîtrise parfaitement les point de vue en passant d’un personnage à l’autre et sait faire remonter au bon moment les bribes du passé qui expliquent le présent.

 

De très beaux personnages que l’auteur saisit au bord de la rupture et de la folie. Des personnages victimes ou bourreaux, victimes et bourreaux, complètement conditionnés par des passés douloureux et traumatisants. Dans cette galerie, se détachent, outre les deux enquêteurs, un curé pas très catholique (un comble !) et sa bonne de choc que vous n’êtes pas près d’oublier.

 

De l’émotion, du suspense, des pointes d’humour toujours bienvenues, et en toile le fond la peinture très juste de cette petite ville qui meurt, s’étouffe et qui ne vit plus que pour son équipe de foot. Avec ce que cela suppose d’enthousiasme et de joie dans un environnement qui en manque singulièrement, mais aussi avec tous les réflexes les plus primaires et les plus nauséabonds qui remontent très vite quand on joue sur le chauvinisme d’une foule.

 

 Tout pour plaire vraiment, ne faites pas comme moi, ne passez pas à côté de Jean-Paul Nozière, lisez Cocktail Molotov.

 

Jean-Paul Nozière / Cocktail Molotov, Rivages/Noir (2009).

Par Jean-Marc Laherrère
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Samedi 12 septembre 2009

Le suisse Colin Thibert (oui, même si ses polars se déroulent en France, il est suisse) revient avec un nouveau roman tout aussi extravagant que les précédents. Cahin chaos mettait en scène une fille très très moche, l’héroïne du Festin d’Alice est une véritable bombe, mais sa vie n’en est pas facilitée pour autant. Il faut dire qu’en général les personnages de Colin Thibert n’ont pas la vie facile …

Alice Delain est une véritable beauté. Elle mériterait d’être habillée par les plus grands couturiers et de manger dans les restaurants les plus fins. Elle en est persuadée. Malheureusement Alice est fonctionnaire de police à la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes), avec un salaire qui ne permet pas vraiment de telles extravagances. C’est lors d’une perquisition dans un appartement ravioli (sorte de cagibi puant où une armée de chinois exploités cuisinent pour les restaurants de Paris) que sa vie va changer. Dans un congélateur elle trouve un magot (modeste), mais surtout un carnet noir, plein de choses écrites en chinois. Sa rencontre avec Jean-Luc, ancien chercheur toujours fauché, aujourd’hui traducteur de chinois pour la police va lui ouvrir des horizons insoupçonnés, mais également la mettre en contact avec des gens beaucoup plus dangereux que dans ses pires cauchemars.

Du Colin Thibert 100 %. Des personnages partout, une intrigue des plus échevelées, des situations qui devraient faire pleurer mais qui finissent par faire rire parce que c’est comme ça qu’il écrit. La scène d’ouverture, avec la découverte de l’appartement où quelques chinois exploités par une véritable sorcière cuisinent dans des conditions d’hygiène dantesques vaut à elle seule son pesant de cacahouètes.

Et puis, mine de rien, derrière la farce, une charge bien grinçante qui n’épargne personne (flics racistes, intellos à morale variable, ados glandeurs, français plus que moyens ou exploiteurs chinois, il y en a pour tous) contre notre belle société qui ne sait se jauger qu’à l’aune de la consommation. Et en prime un belle collection de clichés et de conneries racistes, d’un racisme bien ordinaire, comme on en croise tous les jours. (Même chez nos ministres parait-il … Mais là n’est pas le sujet.)

Certains peuvent reprocher à Colin Thibert d’en faire trop, de trop en mettre, de ne pas resserrer, de trop laisser la bride à son imagination qui est plus que féconde. A contrario, difficile de lui reprocher de manquer d’idées, de souffle ou de générosité ! C’est ensuite question de goût, moi j’aime bien sa cuisine, mais il faut dire que je préfère les festins que les menus régime.

Colin Thibert / Le festin d’Alice, Fayard/Noir (2009).

Par Jean-Marc Laherrère
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Lundi 10 août 2009

La vieille dame qui ne voulait pas mourir avant de l’avoir refait, c’est pas un titre ça ! Ben si, c’est celui du premier roman de Margot D. Marguerite qui, d’après la quatrième de couverture fut clown, artiste de cabaret, comédien, scénariste … entre autres. C’est aussi un roman dont on parle, en bien, sur les blogs. Sur Moisson Noire par exemple. Donc une fois de plus grâce aux vacances, je m’y suis mis.

 

Stan le slave est un jeune truand, spécialisé dans la prostitution et le trafic de drogue, il dépend d’un caïd, le vieux Zampierri. Princesse est une des prostituées de Stan. Quand elle veut arrêter elle s’enfuit et se réfugie chez son frère Paul Verdi, grossiste en fruits et légumes. Mais pas seulement. Il est aussi ancien commando, et petit-fils de Pauline, une grand-mère de choc, rouge parmi les rouges, ancienne combattante de tous les combats d’un XX° siècle qui n’en a pas manqué. Alors quand Stan retrouve Princesse et l’élimine, la mémé décide qu’il est tant de reprendre la castagne. Elle réactive ses vieux réseaux, et c’est parti pour un tour … particulièrement sanglant.

 

Les grincheux trouverons (avec raison), que le roman aurait sans doute pu être un peu plus court. Aucune longueur dans les chapitres, courts, secs et nerveux, mais dans la construction, qui se perd peut-être parfois dans des scènes pas forcément indispensables. Mais bon, c’est négligeable en regard du plaisir que l’on prend à lire ce bouquin qui, avant tout, déborde d’énergie et d’humour, comme la mémé de choc, et à l’image de certains films de Kusturica auxquels il est directement fait référence.

 

Tous les personnages sont magnifiques, et malgré leur grand nombre, on ne se perd jamais. Les dialogues fusent, les péripéties, passant sans transition du cocasse au tragique, s’enchaînent à un rythme d’enfer … Et le lecteur prend son pied.

 

Ce qui n’empêche pas l’auteur de nous infliger quelques coups du sort douloureux (oui, c’est aussi assez sombre, malgré l’humour), ou de braquer son projecteur sur les liens entre la pègre et le monde politique et financier, ou sur les multiples saloperies commises au nom de la raison d’état (si si, même dans notre beau pays ça existe).

 

Bref, il serait vraiment dommage de passer à côté de ce roman, et on attend avec impatience le prochain !

 

Encore une petite chose, ne vous laissez pas rebuter par la couverture qui n’est, pour être gentil, pas particulièrement réussie.

 

Margot D. Marguerite / La vieille dame qui ne voulait pas mourir avant de l’avoir refait, La manufacture des livres (2009).

Par Jean-Marc Laherrère
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Mercredi 5 août 2009

Fakirs d’Antonin Varenne. Voilà un bouquin qui fait son chemin sur les blogs littéraires. Alors forcément, j’étais intrigué.

 

Quelque part dans une forêt du Lot John Nichols, franco-américain, a quitté la compagnie des hommes pour vivre dans un tipi. Il va pourtant devoir aller à Paris reconnaître le corps de son ami Alan, junkie tatoué qui s’est suicidé dans une boite où il faisait un numéro de fakir. A Paris justement le Lieutenant Guérin, suivi comme son ombre par son stagiaire Lambert est haï de tout le 36 quai des orfèvres et a été mis au placard à s’occuper des suicides de la capitale. Les deux hommes vont se rencontrer, par hasard, et faire remonter à la surface de bien sales histoires.

 

Tout pour plaire ce Fakirs. A commencer par une galerie de personnages époustouflante, à la Fred Vargas, avec cette espèce de trappeur du Lot, un flic à la limite de la folie, un ex taulard pittoresque que John surnomme … Bunker.

 

Une comparaison qui agace sûrement Antonin Varenne, parce que, même s’il est publié par la même éditrice, son roman n’a par ailleurs rien à voir avec ceux de sa collègue. Parce qu’il amène ses personnages jusqu’au bout de leur logique macabre, jusqu’à la limite de leur folie, sans la moindre pitié pour ses lecteurs (contrairement à Fred Vargas, trop tendre, qui les épargne toujours).

 

Ce qui n’exclut pas l’humour, au travers de clins d’œil comme ce flic qui s’appelle Padovani, et ses suicidés étranges qui s’appellent JB Pouy, L. Biberfeld, S. Granotier ou M. Attia. Sa belle écriture cadre avec la folie du propos. Et l’intrigue étonnante, nous balade magistralement, pour nous mener par le bout du nez bien loin de là où on s’attendait à aller.

 

Alors, avec toutes ces qualités, je serais bien en peine de dire ce qui me manque, et d’où me vient ce sentiment de manque, cette impression d’être passé tout près d’un roman beaucoup plus fort … Sans savoir expliquer pourquoi, je ne suis pas aussi enthousiaste que je devrais l’être, objectivement, à la lecture de ce que je viens d’écrire. J’ai aimé, j’ai même beaucoup aimé par moments, mais j’aurais dû être bouleversé, et, mis à part à la toute fin où l’émotion arrive enfin, je suis resté un peu extérieur.

 

Etrange.

 

Antonin Varenne / Fakirs, Viviane Hamy (2009).

Par Jean-Marc Laherrère
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Dimanche 2 août 2009

Voici après Hortensia Blues voici Cézembre noire, le deuxième épisode des aventures du commissaire Workan créé par Hugo Buan.

 

Le commissaire Workan et toute sa fine équipe sont envoyé sur l'île de Cézembre, au large de St Malo, pour surveiller deux soi-disant scientifiques américains, en réalité agents de la CIA, qui viennent régulièrement voir comment évolue l'île qui avait été copieusement bombardée, avec toutes sortes de produits exotiques, à la fin de la seconde guerre mondiale. Normalement, en cette saison, il n'y a personne. Mais là, juste par hasard, il y a, les trois tenanciers de l'unique hôtel, les deux guignols de la CIA, les cinq flics de Workan, deux couples accompagnées d’une ado en séminaire pipeau, un rocker pathétique transformé en tueur à gage et un ancien de Diên Biên Phu qui l'a amené là. Détail pittoresque, la tempête fait rage, et toute communication est coupée. Et c'est là qu'apparaît le premier cadavre …

 

On retrouve donc l'équipe d'Hortensia Blues, et on retrouve le style d'Hugo Buan. Qui rajoute ici un huis clos à la … Shutter Island (même si les deux romans n'ont rien d'autre en commun que leur décor et la tempête). Un mystère de chambre close en quelque sorte. Je pourrais répéter ici tout ce que j’ai écrit à propos du roman précédent (allez-y voir si ça vous intéresse).

 

C’est donc fort plaisant, et, comme Hortensia Blues, se lit sourire aux lèvres. Il est cependant dommage qu'Hugo Buan ne profite pas de cette suite pour approfondir ses personnages. Il est surtout dommage qu’il ne profite pas de la toile de fond très sombre (avec les souffrances de la guerre, l'horreur des bombardements, mais aussi le drame qui sert de prétexte à l'intrigue) pour se laisser un peu plus aller dans le noir.

 

Comme s’il avait choisi un sujet plus ambitieux, mais avait toujours reculé, au dernier moment, devant sa propre ambition, se réfugiant derrière un style, des dialogues et un humour qu’il maîtrise fort bien. Il évite ainsi systématiquement l'émotion et s'en détourne (et en détourne le lecteur) par une blague au moment où la noirceur pourrait pointer son nez. C'est dommage, cela donnerait une autre dimension à ce roman, et surement plus d'impact à son humour.

 

Hugo Buan / Cézembre noir, Pascal Godé (2009).

Par Jean-Marc Laherrère
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Mardi 7 juillet 2009

Julien Gras, après avoir tenté d’écrire, s’est installé comme bouquiniste à Paris. Un matin plutôt tranquille il reçoit la visite de trois gros bras qui le menacent des pires ennuis s’il ne retrouve pas, en moins de trois jours, un manuscrit inédit de Boris Vian. Inquiet, mais surtout curieux, Julien part alors en chasse. Une chasse qui le fera voyager de Paris à Eus (c’est dans les Pyrénées Orientales) en passant par Bordeaux.

 

Premier point, ce roman s’adresse uniquement à ceux qui aiment Boris Vian. Mais je n’ose envisager qu’il y ait ici des gens qui n’aiment pas Boris Vian. Premier point réglé donc.

 

Deuxième point : Il existe deux sortes d’érudition. L’érudition sentencieuse et pompeuse (donc chiante), et l’érudition joyeuse et partageuse. Ce réjouissant roman de François Darnaudet appartient, bien évidemment, à la seconde catégorie !

 

Bison ravi et le scorpion rouge ou comment apprendre en s’amusant. Erudit donc, jamais chiant, fourmillant d’extraits plus joyeux les uns que les autres, mettant en lumière tous les talents de l’immense Boris, mené avec vivacité et humour, cet hommage à la Pierre de Gondol (qui d’ailleurs est cité par l’auteur) est incontournable pour tout amateur de Boris Vian. Donc pour tous ceux qui passent par ici, si l’on se réfère au premier point. L’enquête littéraire est enlevée, le voyage à travers la France plaisant, les personnages … vianesques. Tout pour plaire.

 

Et juste au moment où l’on croit le roman est terminé , au moment où l’on s’apprête à le refermer, on trouve, juste après la bibliographie complète de Boris Vian, cette perle :

 

« Réussir, ce n’est pas gagner de l’argent. Regardez Alfred Jarry . Pour moi, c’est un type qui a réussi brillamment. » Boris Vian.

 

Merci Monsieur Vian, Merci Monsieur Darnaudet.

 

François Darnaudet / Bison ravi et le scorpion rouge, Mare Nostrum (2009).

Par Jean-Marc Laherrère
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