Polars français

Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /2009 00:05

Souvent on prend un poulpe pour se détendre, entre deux pavés bien denses. On ressent le besoin d’une lecture agréable et relativement facile. Comme une bière bien fraiche après une longue rando au soleil. Avec On ne badine pas avec les morts, de Laurence Biberfeld, c’est raté.

 

Karen a été retrouvée torturée et assassinée dans son petit appartement parisien. Et c’est maintenant son fils, Biberfeld poulpe quatorze ans, accusé du meurtre, qui se pend dans sa cellule. Le poulpe ne croit pas un instant à cette version. Il a bien sûr raison. Le voilà donc parti sur les traces d’un drôle de journal, qui va le balader de Vienne à New York en passant par Tel Aviv, sur les traces de l’histoire du mouvement sioniste. Pendant ce temps, Pedro renoue avec son passé, Chéryl se rase la tête, et un mystérieux individu suit Gabriel partout pour lui casser la gueule …

 

C’est donc du sérieux ce poulpe. Multiplicité des personnages, densité des moments historiques évoqués, sérieux de la documentation … C’est un poulpe de haute densité, plutôt un calamar géant des profondeurs. Et qui demande donc un minimum de concentration. Ce qui n’empêche pas Laurence Biberfeld de pimenter son discours fort intéressant de quelques superbes dégustations de bières (ça donne soif), de scènes de tatanages réjouissantes, et d’un humour jouant très bien sur le comique de répétition.

 

On y apprend à apprécier le baume au camphre, on découvre de très nombreuses bières, on sourit souvent. Apprendre en s’amusant un bon programme non ?

 

Laurence Biberfeld / On ne badine pas avec les morts, Baleine/Poulpe (2009).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 21:40

Comme Jeanjean qui en parle très bien sur moisson noire, j’ai découvert Philippe Huet avec Bunker. L’ivresse des falaises révèle une autre facette de son talent : il est aussi à l’aise dans le court, que dans le long.

 

Un facteur ouvre certaines lettres, et finit par lire quelque chose qu’il préfèrerait ignorer. Un vieil homme emporte dans sa tombe un secret vieux de cinquante ans. Un représentant de commerce tombe désespérément amoureux. Un écrivain en manque d’inspiration accepte, un peu vite, d’aller s’isoler dans une vieille bâtisse. Un journaliste déprimé croise un peu trop souvent le chemin de futurs cadavres … Et quelques autres personnages. Tous se démènent en Normandie, à la ville ou à la campagne, à l’intérieur ou sur la côte touristique. Ils sont normands ou récemment arrivés. Ils ont tous en commun de prendre vie sous la plume de Philippe Huet.

 

Des nouvelles aussi diverses que les personnages et les lieux, allant du mini roman policier avec mystère, enquête et, parfois, résolution, à la chronique de village, en passant par celle d’une folie annoncée. Toutes sont impeccablement construites, avec un sens de la chute qui ne se dément jamais.

 

Chacun aura ses préférées. Pour ma part, celles qui me touchent le moins sont les enquêtes qui pour arriver à construire une bonne intrigue sont obligées de sacrifier l’épaisseur des personnages (difficile de tout faire en si peu de pages). Elles raviront les amateurs du genre. Tout comme seront enchantés les fans de Lupin, que l’auteur salue fort élégamment.

 

J’ai par contre un gros faible pour les autres, les très sombres, celles qui gravitent aux limites de la folie, de la rupture. Celles qui en quelques lignes disent un gros village qui se tait, qui mettent en scène une Normandie qui semble avoir peu changé depuis maître Maupassant. Philippe Huet n’est pas écrasé par cette référence, bien au contraire, il se pose grâce à ce recueil en digne héritier.

 

On peut faire pire non ?

 

Philippe Huet / L’ivresse des falaises, rivages noir  (2009).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 22:55

Voilà, j’en ai touché deux mots à la fin de mon billet sur Carmelita, le roman suivant de Bernard Mathieu se passe au cœur de l’Afrique. J’avais terminé le roman précédent tellement enthousiaste qu’il me tardait de lire Du fond des temps. Impression mitigée, et, pour tout dire, je reste perplexe.

 

Hélène et Hailou se sont mariés en France puis ont décidé d’aller vivre en Ethiopie qu’Hailou avait fuit après quatre ans passées en prison en temps que prisonnier politique. Anthropologue, il espère voir ses capacités et ses diplômes reconnus par le nouveau pouvoir en place. Il n’en est rien. Le seul poste qu’on lui offre est un camouflet, qu’il est obligé d’accepter faute de mieux. On l’envoie dans la vallée de la Kibish, au sud du pays, pour négocier la paix entre des peuples de bergers qui se font la guerre depuis le fond des temps. Pendant qu’Hailou se débat vainement entre des chefs faussement naïfs qui le baladent, sa femme s’enfonce peu à peu dans un ennui et une apathie profonds. Jusqu’au drame.

 

Je suis donc perplexe à plus d’un titre.

 

Tout d’abord, que fait donc ce roman dans la série noire ? Ce n’est pas un thriller, ce n’est pas une fiction policière, ce n’est pas un roman noir … Ou je suis complètement passé à côté, ou Du fond des temps est, avant tout, un roman initiatique, doublé, éventuellement, d’une sorte de récit de voyage. Ceci dit, qu’il soit à la série noire ou ailleurs, qu’importe ?

 

Contrairement à ce qu’on pourrait croire au début, le personnage central n’est pas Hailou qui s’agite, souffre, tente, marche, palabre etc … Mais sa femme qui, pendant les deux tiers du roman subit, ne comprend rien, et surtout s’ennuie vertigineusement. Pourquoi pas.

 

Mon problème est que, d’une part, je n’ai pas vraiment compris pourquoi les deux personnages se retrouvent là (c’est expliqué bien entendu, mais pour faire bref, disons que je n’arrive pas à ressentir, ou à croire l’explication), et d’autre part que je n’arrive pas à compatir à leurs malheurs. Et donc je me fiche un peu de ce qui leur arrive. Autant les destins des personnages de la trilogie du capricorne, de tous les personnages, même les plus corrompus, me passionnaient, autant là l’auteur peut leur faire subir ce qu’il veut sans que cela m’émeuve. C’est d’ailleurs peut-être plus de mon fait que du sien.

 

Heureusement, l’écriture est fluide, et le dépaysement garanti. Bernard Mathieu rend très bien l’incapacité des personnages (et surtout de la française) à comprendre ce qui se passe devant leurs yeux. Evitant l’interprétation à notre sauce, il se contente de décrire l’ahurissement, l’incompréhension de personnages qui ne peuvent que voir, constater, deviner vaguement certaines motivations, mais sans jamais comprendre vraiment, et ne parlons pas de s’intégrer. Il fait cela très élégamment, en évitant tout jugement qui aurait été, immédiatement, insupportable.

 

C’est pour cela que je suis allé au bout. Même si savoir exactement ce qui allait arriver aux personnages ne m’intéressait guère.

 

Je suis très curieux de lire d’autres avis sur ce bouquin dont j’attendais beaucoup, et qui, je le répète, m’a laissé perplexe.

 

Bernard Mathieu / Du fond des temps, série noire  (2009).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /2009 20:46

Carmelita vient conclure la trilogie brésilienne du Sang du capricorne du français Bernard Mathieu. J’avais dit toute l’émotion ressentie à la lecture de et Otelo, les deux premiers, sur le site bibliosurf. Carmelita est la digne conclusion d’une trilogie bien trop peu connue et qui n’a pas d’équivalent dans le monde du polar français.

 

Carmelita fuit le Distrito Federal. Elle fuit ses souvenirs, elle fuit l’ombre de Zé, son amour assassiné, elle fuit ses fantômes … Exténuée, elle arrive avec son fils aîné Emerson, seize ans et les pauvres sacs qui contiennent tout ce qu’elle possède à Saõ Carlos, une des nombreuses favelas de Rio. Dans cette termitière grouillante de vie mais aussi de mort elle va vite s’apercevoir qu’on ne peut vivre dans les favelas sans avoir affaire aux gangs, à la violence, à la mort. Alors, jour après jour, il faut survivre …

 

Au risque de me répéter, mais il faut enfoncer le clou, Carmelita conclue dignement une magnifique trilogie. A propos de la trilogie, il est important de signaler que, si les trois romans se suivent, ils peuvent quand même se lire séparément.

 

Densité, richesse narrative, richesse stylistique, profondeur des personnages … Tout est là pour faire un superbe roman noir. Pas d’enquête comme dans , pas d’errance, de quête et de poursuite comme dans Otelo, mais une troisième figure de style : la chronique d’une chute annoncée. Dès les premières pages on sait que Carmelita et Emerson ne pourront pas échapper à la corruption de la favela, à sa violence, à sa misère, à ce qui semble être la seule façon de s’en sortir : le crime et la loi des gangs.

 

Comme dans les deux premiers romans, Bernard Mathieu pimente son texte de mots ou d’expressions en brésilien, sans que cela ne soit jamais artificiel, sans que le lecteur ne soit gêné dans sa compréhension du texte, soit parce que la signification est évidente, soit parce que, avec une virtuosité confondante, l’auteur en fournit la traduction une peu plus loin, sans jamais donner une impression de redondance. Il donne ainsi à son texte une sonorité, une couleur et une réalité accrue.

 

Et quelle façon magistrale de rendre compte de l’existence de deux Brésil : celui des Donas, qui ont l’argent, l’arrogance, qui fréquentent les shoppings, s’habillent avec des vêtements importés, roulent dans les grosses voitures de leurs maris, et celui des empregadas, comme Carmelita, qui à Rio ne voient la mer que de loin, ne vont jamais à la plage, se sentent déplacées dans le centre, et encore plus dans une librairie, et vivent dans les favelas.

 

Le monde du Brésil riche, on le voit peu, il est juste là comme un reflet inversé de ce que vivent les personnages. L’autre, celui qui est au centre du roman, fait écho au roman de Patricia Melo, Enfer. Les deux romans, celui de la brésilienne et celui du français font le même constat : les habitants des favelas sont les damnés de la Terre, ceux dont personne ne se soucie, ceux qui peuvent crever, être abattus, ceux qui peuvent se faire la guerre, du moment qu’elle ne sort pas des favelas. Ceux qui ne comptent pas, que les bonnes âmes du centre proposent même de passer au lance-flamme ; la plaie purulente de la misère qui fait tâche.

 

Mais Bernard Mathieu sait aussi tordre le cou aux clichés, et c’est une chronique bien à lui qu’il offre, pleine de bruit, de fureur, de rage, d’odeurs, de saveurs, de sensualité, de musique, de sang, de sexe, de révolte … et de tendresse. Un chronique rythmé par le « Funk de guerre » qui résonne dans toute la favela et prête sa pulsation à sa prose.

 

Un grand roman à lire absolument. Comme les deux précédents. Un roman qui, peut-être annonce déjà le suivant avec cette phrase, dans les dernières pages : « Qu’est devenu l’Afrique depuis qu’on l’a quittée ? La télé dit qu’elle crève, que les gens s’y tuent avec plus d’ardeur, encore, qu’ici … »

 

Car c’est en Afrique que se situe le roman suivant de Bernard Mathieu, Du fond des temps, paru récemment à la série noire et que je vais lire très bientôt, après une petite pause rigolote.

Bernard Mathieu / Carmelita, Folio Policier  (2009).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /2009 10:31

La série Mona Cabriole c’est une auteur par arrondissement parisien, une intrigue polar, et du rock. Avec Le cinquième clandestin, Marin Ledun remplit le contrat.

 

Rue Mouffetard, un soir, une jeune femme noire se jette par la fenêtre avec un bébé dans les bras. Encore le geste de désespoir d’une sans papiers. L’explication paraît trop simple à Mona Cabriole, journaliste à Parisnews qui décide de creuser un peu. Pour ce qui est de creuser, elle va être servie, elle va même creuser plus qu’elle ne le souhaiterait et mettre à jour un trafic bien sordide.

 

Du solide pour cette enquête de Mona Cabriole que Marin Ledun promène dans et sous le V° arrondissement. Enquête rythmée par la musique punk, illustration décalée et bien trash de la très touristique rue Mouffetard, détour (en forme de clin d’œil à Tardi ?) par le jardin des plantes. Ajoutez à cela, un affreux infect, et un coup de projecteur sur le traitement que nous réservons aux immigrés, avec ou sans papiers.

 

Noir, rock et efficace. Avec ce roman, Marin Ledun assure un 10 aux figures imposées. Pour l’instant je ne l’ai encore jamais lu dans ses figures libres, je pense que je ne vais pas trop tarder …

 

Marin Ledun / Le cinquième clandestin, La Tengo Editions  (2009).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /2009 22:04

Ceux qui connaissent Christian Roux savent que ses écrits ne sont pas spécialement adaptés à la bibliothèque rose. Ce n’est pas Kadogos, je dernier en date, qui va l’y faire entrer.

 

Marnie est tueuse à gage. Avec une spécialité bien à elle : à la demande  des familles qui ont les moyens de se payer ses services haut de gamme, elle aide des proches en phase terminale à quitter cette terre de douleur en douceur. Elle rentre à peine d’une mission quand elle est contactée par une dame de la haute qui veut aider son beau-père, atteint d’un cancer, à finir dignement. Contrat rempli rapidement et sans encombres. En apparence. Car le lendemain le cadavre a disparu de la clinique où il se trouvait, et Marnie découvre sa cliente et ses domestiques découpés en rondelles. Une course poursuite s’engage avec les tueurs et avec la police.

 

« ce qui en Europe occidentale passait pour complètement extraordinaire, voire irréel, constituait dans d’autres parties du monde le lot quotidien de millions de personnes. Et si c’étaient des éclats de ces guerres qui venaient exploser jusqu’ici, au sein d’une de ces démocraties plus ou moins pourvoyeuses de massacres ? » Cette phrase du roman pourrait bien être le point de départ de tout. Car c’est bien à l’arrivée, dans notre beau pays, d’un de ces « éclats de guerre » que nous assistons.

 

Je n’ai qu’une petite (toute petite) réserve sur ce roman, autant s’en débarrasser tout de suite : dommage qu’à une ou deux reprises l’auteur se laisse entraîner à expliciter un peu longuement tout ce qu’il pense des responsabilités de nos belles sociétés dites civilisées dans les malheurs du monde. Il aurait gagné à faire confiance au lecteur, capable à partir de son histoire de tirer de lui-même les conclusions qui s’imposent.

 

Ceci mis à part, que du bon, du bien noir comme je l’aime. Un roman très sombre, centré sur des personnages torturés, mal dans leur peau et plombés par des passés et des relations particulièrement lourdes. C’est violent, sanglant, dérangeant, mais parfois éclairé par des rayons de soleil, d’autant plus éblouissants qu’ils sont rares, avec de superbe pages sur l’amour (sous toutes ses formes) et la musique.

 

Le tout avec, en toile de fond, la dénonciation de beaucoup de choses qui devraient nous faire hurler … si nous prenions le temps d’y prêter attention. Le temps de Kadogos, le lecteur est obligé d’y penser. Ne serait-ce que pour cela, sa lecture devrait être obligatoire. Comme en plus il y a du rythme et que la construction est brillante, en plus, on y prend du plaisir. Convaincus ?

 

Christian Roux / Kadogos, Rivages/Noir (2009).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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Lundi 16 novembre 2009 1 16 /11 /2009 21:47

Après une revisite réjouissante de 68 par une bande de retraités, revoici Françoise Laurent, beaucoup plus intimiste avec L’hiver continue au fond du magasin.

 

C’est l’été, l’arrière pays niçois est ravagé par les flammes. Un petit immeuble, écrasé par la chaleur. La propriétaire et les locataires sont tous, pour une raison ou un autre, bouleversés par la mort de Sophie, jeune femme pleine de vie qui a brûlé dans sa voiture en essayant d’échapper aux feu. Accident tragique ou meurtre ? Cette mort va faire remonter de vilains souvenirs et chacun dans l’immeuble, va devoir affronter ses petits secrets.

 

Françoise Laurent confirme son talent pour créer des personnages et leur donner vie en quelques phrases. A ce titre le premier chapitre qui suit la pauvre Magali dans la lutte obsessionnelle qu’elle livre à toute forme de saleté est exemplaire. Son histoire est bien construite, autour d’une vraie tension dramatique, et la construction passant d’un personnage à l’autre est habile. Les fausses pistes, créées par les interprétations erronées des uns et des autres fonctionnent et le tout avance, subtilement, par petites touches.

 

Ensuite il y a une question de goût. Il est rare que j’arrive à être vraiment ému par des histoires de névroses, par des histoires très introspectives (de mémoire, seule Michèle Rozenfarb et sa tétralogie déglinguée m’a vraiment secoué). Et cette fois encore je perds petit à petit mon intérêt pour l’histoire. Je ne tremble pas quand les personnages sont en danger, parce que leur sort m’importe peu. Je préfère Françoise Laurent quand elle écrit sur le registre de la générosité et de la colère comme dans Dolla.

 

Ce qui n’enlève rien à la qualité du bouquin. A vous de dire si vous avez été touchés.

Françoise Laurent / L’hiver continue au fond du magasin, Krakoen (2009).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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Vendredi 6 novembre 2009 5 06 /11 /2009 21:36

J’avais aimé la côte 512 de Thierry Bourcy puis, noyé sous l’avalanche des sorties, laissé passer les suivants. La rencontre avec ce très sympathique auteur lors du premier salon TPS m’a donné envie de me replonger dans la série. Voici donc l’arme secrète de Louis Renault.

 

Noël 1915. Célestin Louise ne s’attend absolument pas à bénéficier d’une permission. Il reçoit pourtant bien une lettre de son ancien patron à la tête de la police parisienne qui le rappelle pour dix jours loin du front. Sa précédente enquête l’a fait remarquer de l’état-major qui le réclame pour une affaire très embarrassante : Les plans d’un nouveau char ont été volés dans le coffre-fort de l’appartement de Louis Renault. Et bien entendu, les seules personnes à en avoir le code sont absolument insoupçonnables. Célestin revient donc à Paris et découvre le fossé qui existe, après plus d’un an de guerre, entre la vie frivole de la capitale et l’enfer vécu par les poilus. Un fossé qui ne pourra aller qu’en grandissant.

 

Si l’écriture de Thierry Bourcy, parfois un poil trop sage, ne révolutionnera pas le genre, ce deuxième volume confirme tout de même l’intérêt de cette très bonne série.

 

Pour commencer l’idée d’écrire un polar par année de guerre, et de montrer ainsi l’évolution de l’état physique et mental des soldats et des gens de l’arrière est excellente. Ensuite, son personnage de Célestin Louise existe vraiment et certains personnages secondaires commencent à prendre de l’épaisseur. Pour finir sur la forme, l’intrigue est bien menée.

 

Quant au contexte historique, comme dans le premier volume il est très bien rendu. Après les tranchées, Thierry Bourcy s’attache à décrire l’incompréhension totale entre ceux qui vivent l’enfer des tranchées, et ceux qui sont restés en arrière. Même ceux (et plus généralement celles) qui souffrent de la perte d’un frère, mari ou fils ne peuvent comprendre ce que vivent les poilus. Et le fossé est encore plus grand avec ceux qui continuent à profiter de la vie, voire dans certain cas, à exploiter la guerre.

 

En bref une très belle chronique, que je vais poursuivre sans trop attendre.

 

Thierry Bourcy / L’arme secrète de Louis Renault, Folio/Policier (2008).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /2009 23:05

Le pyrénéen Michel-Julien Naudy est un écrivain trop rare. Trois séries noires, probablement introuvables sauf chez les bouquinistes et les bonnes bibliothèques, quelques romans jeunesse, et des nouvelles. J’avais été envouté par Le pas du parisien, un polar montagnard qui arrivait à faire passer des sensations aussi subtiles que le bonheur de sentir les muscles se chauffer au début d’une randonnée, ou le silence imposant de la montagne.

 

Zone frontière Figueras rassemble huit nouvelles qui, comme leur nom l’indique, se déroulent de part et d’autre des Pyrénées. Comme ses personnages Michel-Julien Naudy ne dit que l’essentiel, l’indispensable. Ses nouvelles sont épurées à l’extrême. Au point de pouvoir même désarçonner parfois tant il manie l’ellipse. Mais quand ça passe, c’est du grand art.

 

Employé au tri de nuit à la poste, chômeur en attente d’un stage de plus, ancien résistant devenu instituteur, gérant de station service, femmes seules ballotées d’un poste pourri à une autre … tels sont les personnages de ces huit nouvelles. Tous sont saisis au moment où ils sont près de basculer dans autre chose : une vengeance, un coup qui les sortira de leur vie morne et sans avenir, une occasion saisie au vol, sans même y penser … Des ruptures qui les mènent souvent vers la frontière, en traversant à pied ces montagnes que l’auteur aime et connaît si bien.

 

Et puis, comme on parle d’Espagne, toujours en toile de fond, la plaie toujours ouverte de cette guerre terrible, de ces vaincus devenus mythiques que la France a si mal accueillis, dans un épisode infamant de notre histoire dont nous n’aimons guère parler.

 

Tout cela passe dans ces huit nouvelles, sans grands effets de manche, sans esbroufe, sans gesticulations, mais avec quelle émotion ! Une occasion de découvrir un auteur qui n’a pas encore trouvé tous les lecteurs qu’il mérite.

 

Michel-Julien Naudy / Zone frontière Figueras, Mare nostrum/Polar (2009).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /2009 23:18

Si on m’avait demandé de citer un auteur français, un seul, qui ne pouvait pas rentrer dans le cadre forcément restrictif d’une série je crois que j’aurais cité Antoine Chainas. Et je me serais trompé, la preuve. Avec Six pieds sous les vivants, il participe avec brio à l’aventure Polar et Rock&Roll des éditions La Tengo.

 

Mona Cabriole, journaliste au journal internet Parisnews, est appelée par son nouveau contact à l’institut Médico-Légal : Une star du rock underground vient d’être amenée. Quand Mona arrive sur place, le corps a disparu. Cela pourrait n’être qu’une coïncidence, d’autant plus qu’une grève paralyse le fonctionnement de l’Institut. Les choses prennent un tour plus étrange quand Mona s’aperçoit que la biographie du chanteur a disparu de toutes les librairies, et qu’il n’existe plus une seule données à son sujet sur internet. Elle n’imagine pas encore que son enquête va l’amener au cœur des plus étranges perversions de l’homme et de la société contemporains.

 

Donc non, Antoine Chainas n’est pas soluble dans Mona Cabriole. Même s’il joue le jeu de la série et adopte sa bible, il reste lui-même et on retrouve des gros morceaux de Chainas entier dans le produit final !

 

Certes, pour la première fois son personnage principal n’est pas totalement déjanté, elle est même d’une étonnante « normalité » pour l’univers de l’auteur si l’on compare à ses freaks habituels. Mais il se fait un plaisir de la plonger dans son univers, un univers underground, de sexe, de mort et de déviance, où elle aurait parfaitement pu croiser Casanova, Nazutti ou Désiré. Un univers qui tourne autour de l’Institut médico-légal et de notre rapport à la mort (entre autres).

 

Quant à son style, scandé, incantatoire, il est toujours là. Il rythme ses thèmes de prédilection, la mort, le corps, la société du spectacle, la recherche permanente de quelque chose de plus bizarre, de plus étrange, de sensations encore plus fortes …

 

Conclusion, si vous aimez Chainas, vous aimerez, sinon, je crois pouvoir dire sans trop me tromper que vous pouvez passer votre chemin.

Antoine Chainas / Six pieds sous les vivants, La Tengo/ Polar et Rock&Roll (2009).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars français - Communauté : Le monde du polar
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