Si vous demandez aux auteurs scandinaves tellement à la mode en ce moment, quelles lectures les ont influencé, et qui leur a donné l’envie d’écrire du polar, vous avez 95 % de chances qu’ils vous
répondent : « La série Martin Beck écrite par Maj Sjöwall et Per Wahlöö ». L’influence de ces deux auteurs ne s’arrête d’ailleurs pas aux pays
scandinaves. Lors d’une rencontre avec le public à Toulouse en 2007, Xiaolong Qiu, chinois de Shanghai vivant et écrivant aux USA citait la même référence.
Entre 1965 et 1975, ces deux auteurs, marxistes de formation, ont écrit 10 romans mettant en scène un commissariat (ou équivalent suédois) à la tête duquel se trouve le dénommé Martin Beck. Au
travers d’histoires policières, ils s’étaient fixés comme objectifs d’autopsier la société social-démocrate suédoise.
Quelques volumes se trouvaient encore chez les bouquinistes, dans la collection 10x18 grands détectives, mais ceux qui, comme moi, s’étaient mis au polar plus tard ne pouvait qu’écouter leurs
aînés leur conseiller ces lectures, sans pouvoir trouver les romans.
Et bien c’est fini ! Rivages vient d’entamer la réédition de la série. Deux titres sont déjà disponibles : Roseanna et L’homme qui partit en fumée.
Pour illustrer le début de mon propos (et prouver que je ne dis pas QUE des bêtises) Roseanna, le premier titre est préfacé dans sa nouvelle édition par Henning Mankell
himself.
J’avais déjà trouvé et lu ce titre dans sa précédente édition :
Le 8 juillet 1965, le corps d'une jeune femme nue est retrouvé dans un canal, dans une zone touristique de la Suède. Les enquêteurs locaux n'avancent pas, et font appel aux spécialistes de la
capitale : Martin Beck et son équipe. L'enquête est longue et fastidieuse, mais au bout de trois mois l'identité de la morte est enfin établie : il s'agit d'une touriste américaine qui visitait
les lacs et les canaux sur le Diana, un bateau quasiment uniquement utilisé par les touristes à cette époque. C'est un premier pas, reste maintenant à retrouver le meurtrier, et à le confondre.
Martin Beck et son équipe devront faire preuve d'obstination et d'intuition pour venir à bout d'une enquête laborieuse.
Première apparition de martin Beck que l'on retrouvera ensuite, avec ses collègues dans de nombreux romans.
Celui-ci comporte deux parties : celle qui correspond à l'enquête, lente, fastidieuse, qui nous familiarise avec le travail de fourmis réalisé par ces enquêteurs, puis la deuxième, dont le
rythme va en s'accélérant, qui joue superbement avec le suspense, où l'on suit la traque et la capture du meurtrier présumé. Bel exemple de roman de procédure policière dans lequel l'auteur prend
son temps de définir les personnages, leurs caractères, et leur vie hors du commissariat.
Amateurs de polar, de style procédural, de romans venus du nord, remontez à la source, lisez Maj Sjöwall et Per Wahlöö.
Maj Sjöwall et Per Wahlöö / Roseanna (Roseanna, 1965) Trad de l’anglais Michel Deutsch, trad revue du suédois. L’homme qui
partit en fumée (Mannen some gick upp i rök, 1966) Trad de l’anglais Michel Deutsch, trad revue du suédois Philippe Bouquet.
PS. Pour ceux qui s’étonnent de la double traduction … Les premières éditions françaises (en 10x18) ont été traduites à partir de la traduction anglaise, Rivages offre une traduction revue à
partir de l’original.
En prime dans ce billet, un petit lien vers un cadeau gratuit. Sur le blog des éditions Moisson Rouge, une nouvelle de Jérôme Leroy.