Polars grands classiques

Lundi 17 août 2009 1 17 /08 /2009 11:24

Parallèlement à la découverte de nouveaux auteurs, Moisson rouge poursuit la réédition de perles passées et totalement oubliées. Cette fois, il s’agit d’un roman de David Goodis (dont Rivages d’ailleurs sort également un titre, Nightfall), Cassidy’s Girl.

 

Le roman est précédé d’une excellent présentation de James Sallis qui, bien mieux que je ne saurais le faire, présente l’homme et son œuvre.

 

Cassidy vit dans le quartier des docks de Philadelphie. Il sombre peu à peu, malgré son boulot de chauffeur de bus. Et il noie de plus en plus sa déprime dans les verres de whisky chez Lundy, bar fréquenté par les épaves du quartier. Avant, il y a longtemps, Cassidy a été un héros de la guerre, et un pilote respecté dans une grande compagnie aérienne. Jusqu’à l’accident dont il a été, à tord, jugé coupable, qui l’a cassé. Maintenant, quand il n’est pas au volant de son bus, il partage son temps entre les bagarres épuisantes avec Mildred, sa femme, et l’alcool chez Lundy. Jusqu’à ce qu’il rencontre la douce Doris, et entrevoit une possibilité de rédemption.

 

Comme l’explique James Sallis dans sa préface, on a là un David Goodis dans la plus pure veine : ambiance nocturne, repère de paumés, les docks, le pluie, l’alcool … et un héros qui a chuté, voit une possibilité de s’en sortir, miraculeusement, et finit par plonger encore plus profond. Et les femmes, toujours les femmes, cause de déchéance, ou lueur d’espoir, mais toujours au centre des romans. Il ne manque plus que la lune dans le caniveau …

 

Comme toujours c’est tendre, poignant, déprimant. Ensuite on aime ou pas les histoires de Goodis . J’avoue que j’avais arrêté après en avoir lu deux. Et je retrouve mes sensations d’il y a bien des années : Une très belle écriture, une empathie qui fait qu’on plonge avec les personnages, une grande tendresse pour ces paumés, un pessimisme noir, et la déprime, engluante …

 

Mais les histoires de personnages qui plongent sans espoir et sans révolte (ou presque) ne sont pas ma tasse de thé, ou plutôt, vu le contexte, mon verre de whisky. David Goodis fut bien un grand auteur, mais un grand auteur auquel je n’arrive pas à accrocher.

 

David Goodis / Cassidy’s girl, (Cassidy’s girl, 1947) Moisson rouge (2009), traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars grands classiques - Communauté : Le monde du polar
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Vendredi 19 juin 2009 5 19 /06 /2009 10:23

« J’ai d’abord entendu Personville prononcé Poisonville au bar du Big Ship à Butte. » C’est ainsi que commence l’un des romans fondateurs (si ce n’est Le roman fondateur) du roman noir. Il s’agit, bien entendu, de la première phrase de Moisson rouge, de Dashiell Hammett.

 

Le narrateur n’a pas de nom, juste une fonction : détective privé à la Continental Detective Agency de San Francisco. Il est à Poisonville pour rencontrer Donald Willsson qui est abattu avant d’avoir pu lui parler. Il décide alors d’aller voir son père, le vieux Elihu Willsson, maître de la ville. Quelques années auparavant, ce dernier avait fait appel à la pègre pour casser les grèves qui agitaient cette ville minière. Une fois le mouvement réprimé, les truands sont restés et se sont emparés de la ville. Elihu a alors tenté de se servir de son fils, bombardé patron de la presse locale, pour les déloger, avec le résultat que l’on sait. Le privé décide alors de nettoyer Poisonville, par tous les moyens.

 

Le lecteur de 2009 qui lit ce roman qui a tout juste 80 ans peut, dans un tout premier temps, se dire qu’il y a là un petit air de déjà vu (ou déjà lu). Il n’a d’ailleurs pas tord. Si Moisson Rouge ressemble, par un aspect ou un autre, à tel ou tel autre roman qui l’a marqué, c’est qu’il en est le modèle !

 

Description sans fard des liens entre le pouvoir économique, le pouvoir politique et le crime organisé. Héros totalement neutre, pour qui la fin justifie les moyens, et qui, à aucun moment, ne fait appel à une quelconque justification morale. Ecriture sèche, sans un mot de trop, uniquement centrée sur les faits … On a bien sûr revu tout ça par la suite. Mais le modèle est là.

 

Je n’ai plus de souvenirs de ma première lecture, bien vieille. Je serais bien incapable de juger de l’apport de cette nouvelle traduction. Mais si j’en crois Claude Mesplède, elle était plus qu’indispensable !

 

Toujours est-il que le texte que publie aujourd’hui la série noire est impeccable, et implacable. Impossible de ne pas être admiratif devant cette écriture « à plat », neutre (si cet adjectif a un sens) au plus près. Impossible d’en retirer un mot sans en changer le sens. Impossible de ne pas rester admiratif devant la limpidité de l’analyse des rapports entre le pouvoir politique et économique (entre les mains des même personnes), et de la pègre ; les deux associés pour casser le mouvement social, dans une guerre sans pitié, illustration parfaite de … la guerre des classes (ben oui, il faut bien appeler les choses par leur nom). Limpidité et lucidité, également, de l’analyse du pouvoir de la presse, mais aussi de sa manipulation par … le pouvoir en place. Et on pourrait continuer comme ça longtemps.

 

Le tout, sans un seul jugement de valeur, sans une ligne d’exposé économico-sociologique. Par la seule force du récit, et su style.

 

Donc, lecture obligatoire cet été, interro écrite à la rentrée.

 

Dashiell Hammett / Moisson rouge, (Red harvest, 1929) Série Noire (2009), traduit de l’américain par Nathalie Beunat et Pierre Bondil.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars grands classiques - Communauté : Le monde du polar
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Dimanche 5 avril 2009 7 05 /04 /2009 22:39

J’en rêvais, rivages l’a fait … Fan tardif de Donald Westlake et de Dortmunder (je n’ai découvert le polar qu’à partir de la fin des années 80), et heureux ami de quelques pointures es culture polardeuse (dont l’incontournable Claude Mesplède), cela faisait des années que j’entendais parler d’un Dortmunder où le voleur le plus calamiteux de New York se retrouvait dans un couvent et devait aider des bonnes sœurs à récupérer une nonne séquestrée par son père. J’en salivais, et désespérais de ne jamais lire cet épisode. Ca y est, rivages l’a réédité, ça s’appelle Bonne conduite et c’est à la hauteur de mes espérances.


Voici donc l’histoire. A l’issue d’un casse encore plus calamiteux que d’habitude, Dortmunder se trouve suspendu à une poutre, 10 mètres au-dessus d’un groupe de nonnes qui ont fait vœux de silence. Un bon départ non ? En échange de leur aide, il accepte d’aider Sœur Marie du machin du bidule (elles s’appellent toutes Marie du machin du truc) à échapper à son père, aussi riche que tyrannique (et il est très très riche). Premier hic, elle est tenue prisonnière au dernier étage d’une tour absolument inviolable. Et ce n’est que le premier hic, car, bien entendu, les catastrophes en chaîne vont s’abattre sur John et son équipe de bras cassés.


Il n’y a pas de mauvais Dortmunder. Seulement des bons, et des très bons. Celui-ci est dans la deuxième catégorie. Eclats de rire garantis. Ce pauvre John ne se sort d’une situation impossible que pour tomber dans une autre plus impossible encore (et dans ce domaine, l’imagination de Donald Westlake ne connaissait aucune limite). Tiny y est, comme dans les romans de cette première période, beaucoup plus effrayant que par la suite, même pour ses complices (c’en est d’autant plus drôle, bien entendu). Et ils récupèrent un complice 100% westlakien, sorte de vieux pervers pépère absolument hilarant.


En toile de fond, et l’air de rien, Westlake en profite, dès 1968, pour brosser un tableau des plus actuel de la mégalomanie et du pouvoir de nuisance des individus les plus riches.


Si quelqu’un, parmi mes lecteurs, sait pourquoi Westlake a repris son texte en 1985, je suis intéressé par l’information. Quoiqu’il en soit, voilà pour les fans de John un épisode absolument indispensable.


Donald Westlake / Bonne conduite, (Good behavior, 1968 et 1985) Rivages Noir (2009), traduit de l’anglais par Rosine Fitzgerald, traduction revue et complétée par Patricia Christian.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars grands classiques - Communauté : Le monde du polar
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Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /2009 21:09

Rivages poursuit, peu à peu, la réédition des romans de la série Martin Beck, de M. Sjöwall et P. Wahlöö, les deux précurseurs du polar scandinave. Ce qui permet à ceux, nombreux, qui ne les avaient jamais lus faute de les trouver, de combler cette lacune. Ce que je fais chaque fois que je trouve le temps (c'est-à-dire trop rarement). Mais j’ai une excuse, si j’en crois ce papier confondant.


L’homme qui partit en fumée présente la particularité d’extraire leur personnage principal de son environnement, autant géographique qu’humain.


Martin Beck profite de ses vacances en famille depuis moins de 24h00 quand il est rappelé d’urgence par son supérieur à Stockholm. Le ministère des affaires étrangères veut absolument Beck pour mener une enquête délicate. Le journaliste Alf Matsson a disparu à Budapest deux jours après son arrivée dans la ville où il devait faire un reportage. Depuis deux semaines, plus de nouvelles. Son journal, un torchon à scandales, menace de lancer une campagne comme il sait les faire si personne de s’occupe de l’affaire. Pour l’harmonie des relations entre les deux pays, le ministère préfère que cela fasse le moins de vagues possible. Il ne reste plus à Martin Beck qu’à partir enquêter officieusement, dans un pays dont il ne parle pas la langue, et sans l’appui de la police locale qui n’a pas été contactée … Une sinécure.


Cet épisode permet aux auteurs d’élargir la perspective et de décrire Budapest du point de vue du « touriste » qui s’émerveille, mais ne comprend pas forcément le fonctionnement de la société. En creux, comme dans les autres romans de la série, on assiste, dès ce milieu des années 60, à la mise à mal de ce qui était présenté comme le paradis social scandinave. Le tout avec une rigueur d’intrigue et une absence d’esbroufe dignes du maître du genre, j’ai nommé l’incontournable Ed McBain. Plus que recommandable donc, indispensable pour qui s’intéresse au polar en général, et au polar scandinave en particulier.


Un petit mot pour expliquer le mystère de la traduction. Au moment de la sortie des romans de M. Sjöwall et P. Wahlöö il n’y avait pas d’engouement particulier pour le roman policier scandinave, c’est le moins que l’on puisse dire. Les romans de la série Martin Beck ont donc été traduits … A partir de la traduction anglaise. Qui est donc revue, pour les rééditions de rivages, à partir des textes d’origine.

M. Sjöwall et P. Wahlöö / L’homme qui partit en fumée (Mannen some gick upp i rök, 1966), Rivages Noir (2008), traduit à partir de l’anglais par Michel Deutsch, revu à partir du suédois par Philippe Bouquet Julien Guérif.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars grands classiques - Communauté : Le monde du polar
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Vendredi 7 novembre 2008 5 07 /11 /2008 23:14

Deux petites infos, pour attirer votre attention sur des rééditions indispensables.

Vous en avez sans doute déjà entendu parler, Folio Policier fête ses 10 ans en beauté avec l’édition de 6 coffrets contenant : Un titre de la collection et le film qui en a été tiré.

  

Au programme : L’été meurtrier de Sébastien Japrisot, La sentinelle de Gérald Petievitch, Mortelle randonnée de Marc Behm, Le grand sommeil de Raymond Chandler, La nuit du chasseur de Davis Grubb, Quand la ville dort de William R. Burnett. Une excellente occasion de découvrir ou de revoir de grands films, et de relier ou lire de grands livres.

Autre réédition, tout aussi indispensable. J’avais causé, il y a quelque temps, de la réédition des romans de la série Martin Beck des deux suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö, les parents du polar scandinave. Deux nouveaux volumes viennent de sortir chez Rivages Noir, L’homme au balcon et Le policier qui rit. J’ai lu le premier il y a bien longtemps, j’en ai un souvenir ému, le meilleur des trois que j’avais pu trouver et lire avant que rivages ne se lance dans cette salutaire opération de réédition. Je n’ai pas encore eu le temps de lire le second, mais il est dans la pile.


Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars grands classiques - Communauté : Le monde du polar
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Lundi 18 août 2008 1 18 /08 /2008 17:51

Tout amateur de polar a lu un ou plusieurs polars de Chester Himes, le symbole du polar noir américain, témoin incontournable du Harlem des années cinquante. Ses lecteurs n’ont bien entendu jamais oublié ses deux inspecteurs fétiches, silhouettes familières de Harlem, craints par tous les margoulins, maquereaux, arnaqueurs et autres assassins : Fossoyeur et Ed Cercueil.

En 2007, la collection Quarto de chez Gallimard a eu l’excellente idée de réunir en un volume les huit romans mettant en scène ces deux personnages emblématiques. L’occasion pour l’amateur de les avoir tous facilement sous la main, et, éventuellement, d’en découvrir ou d’en relire.

C’est ce que j’ai fait avec le premier roman du recueil, l’excellentissime La reine des pommes, qui plante le décor, et décrit, entre autres, un événements traumatisant qui aura des conséquences dans tous les autres épisodes : c’est dans ce roman qu’Ed Cercueil reçoit dans le visage l’acide qui lui fait le masque d’épouvante qui hantera ensuite les nuits de Harlem.

Comme son nom l’indique, La reine des pommes est centré sur Jackson, bonne poire, pigeon idéal, amoureux fou de la belle Imabelle. Victime d’une bande d’aigrefins, il va, pour reconquérir sa belle qui pourtant n’est pas vraiment nette, prendre tous les risques, voler, courir, échapper à la police, affronter des truands capable du pire, et, finalement, s’en sortir plutôt mieux que les autres protagonistes de l’histoire.

Tout Chester Himes est déjà là, dans ce premier roman. Tout Chester Himes et tout Harlem, qu’il qualifiait en 1963 de cancer de l’Amérique (voir le texte repris en préface).

Les personnages se battent, s’arnaquent, hurlent, volent, aiment, picolent, dansent, baisent, se droguent, courent ... à fond, comme si leur vie en dépendait (et souvent c’est le cas), comme si leur dernière heure était proche (et c’est aussi souvent le cas). Il se dégage de ses romans une impression de noirceur, de violence, de misère et d’injustice, mais en même temps de rage de vivre et de vitalité.

Pour savoir comment vivaient les noirs à Harlem avant les mouvements pour les droits civiques, il faut, et il suffit de lire Chester Himes. Et pour n’avoir aucun regret, et les avoir tous sous la main, pour un prix somme toute très abordable, ce recueil Cercueil Fossoyeur est vraiment un bon investissement.

Pour information, La reine des pommes a été adapté au cinéma avec le grand Forest Whitaker dans le rôle du pigeon.

Chester Himes / La reine des pommes  (For love of Imabelle, 1957), Gallimard Quarto (2007). Traduction de l’américain par Minnie Danzas.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars grands classiques - Communauté : SOIF DE LIRE...
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Mercredi 18 juin 2008 3 18 /06 /2008 22:01

Fred Fitch est un paratonnerre. Un paratonnerre à arnaques. Il suffit qu’un margoulin passe dans le coin, paf, il lui tombe dessus et le pigeonne. Pourtant Fred n’est ni cupide, ni idiot. Il est juste un tout petit peu trop enclin à faire confiance à ses semblables. Le jour où il hérite d’un oncle dont il n’avait jamais entendu parler, et se retrouve en possession de plus de 300 000 dollars, il se transforme en provocation vivante pour les escrocs de tout poil. Et sa vie devient très, très compliquée …

Rivages poursuit son travail de réédition des vieux polars de Westlake. Divine providence était paru en 1968 chez Gallimard sous le titre du Pigeon récalcitrant. La traduction a été revue, corrigée et surtout complétée. Les amateurs ne seront jamais assez reconnaissant à Rivages pour ce travail.

Divine providence est, encore, et au risque de me répéter, un petit chef d’œuvre de ce maître qui en a produit tant. Tous les amateurs de polar ont lu, ou vu, des histoires d’arnaques. Ce qui est nouveau c’est que Westlake, au lieu de s’attacher à suivre les arnaqueurs, leurs combines, et le montage de la grosse arnaque centrale, change de point d’observation et se place du point de vue de l’arnaqué. En imaginant juste une espèce d’arnaqué étalon, à qui tout, absolument tout, arrive. Effet comique assuré.

Sans compter les à côté, encore plus hilarants, qui étaient sans doute passé à la trappe lors de la première traduction (oui, à l’époque, d’après les spécialistes, on traduisait parfois à la tronçonneuse). Deux scènes d’anthologie, absolument inutiles pour comprendre le déroulement de l’intrigue, mais absolument géniales valent à elles seules l’achat de cette réédition :

La tentative de Fitch de s’échapper de chez lui en passant par le petit jardin de derrière : Vous y découvrirait une variation sur l’homme dans le placard, et l’utilisation inédite de ressorts, non pas de l’intrigue, mais métalliques (je sais, dit comme ça, cela parait obscur, mais lisez, vous verrez).

Le dialogue entre Fitch et la police new-yorkaise à qui il veut signaler un enlèvement. C’est plus simple en passant par le 22 à Asnières.

A lire, de toute urgence, comme le meilleur remède possible contre la morosité.

Donald Westlake / Divine providence  (God save the mark, 1967), Rivages noir (2008). Traduction de l’américain par France-Marie Watkins complétée par Patricia Christian.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars grands classiques - Communauté : POLARDISES
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Lundi 14 avril 2008 1 14 /04 /2008 21:17

Si vous demandez aux auteurs scandinaves tellement à la mode en ce moment, quelles lectures les ont influencé, et qui leur a donné l’envie d’écrire du polar, vous avez 95 % de chances qu’ils vous répondent : « La série Martin Beck écrite par Maj  Sjöwall et Per Wahlöö ». L’influence de ces deux auteurs ne s’arrête d’ailleurs pas aux pays scandinaves. Lors d’une rencontre avec le public à Toulouse en 2007, Xiaolong Qiu, chinois de Shanghai vivant et écrivant aux USA citait la même référence.

Entre 1965 et 1975, ces deux auteurs, marxistes de formation, ont écrit 10 romans mettant en scène un commissariat (ou équivalent suédois) à la tête duquel se trouve le dénommé Martin Beck. Au travers d’histoires policières, ils s’étaient fixés comme objectifs d’autopsier la société social-démocrate suédoise.

 

Quelques volumes se trouvaient encore chez les bouquinistes, dans la collection 10x18 grands détectives, mais ceux qui, comme moi, s’étaient mis au polar plus tard ne pouvait qu’écouter leurs aînés leur conseiller ces lectures, sans pouvoir trouver les romans.

 

Et bien c’est fini ! Rivages vient d’entamer la réédition de la série. Deux titres sont déjà disponibles : Roseanna et L’homme qui partit en fumée.

Pour illustrer le début de mon propos (et prouver que je ne dis pas QUE des bêtises) Roseanna, le premier titre est préfacé dans sa nouvelle édition par Henning Mankell himself.

J’avais déjà trouvé et lu ce titre dans sa précédente édition :

Le 8 juillet 1965, le corps d'une jeune femme nue est retrouvé dans un canal, dans une zone touristique de la Suède. Les enquêteurs locaux n'avancent pas, et font appel aux spécialistes de la capitale : Martin Beck et son équipe. L'enquête est longue et fastidieuse, mais au bout de trois mois l'identité de la morte est enfin établie : il s'agit d'une touriste américaine qui visitait les lacs et les canaux sur le Diana, un bateau quasiment uniquement utilisé par les touristes à cette époque. C'est un premier pas, reste maintenant à retrouver le meurtrier, et à le confondre. Martin Beck et son équipe devront faire preuve d'obstination et d'intuition pour venir à bout d'une enquête laborieuse.

Première apparition de martin Beck que l'on retrouvera ensuite, avec ses collègues dans de nombreux romans.

Celui-ci comporte deux parties : celle qui correspond à l'enquête, lente, fastidieuse, qui nous familiarise avec le travail de fourmis réalisé par ces enquêteurs, puis la deuxième, dont le rythme va en s'accélérant, qui joue superbement avec le suspense, où l'on suit la traque et la capture du meurtrier présumé. Bel exemple de roman de procédure policière dans lequel l'auteur prend son temps de définir les personnages, leurs caractères, et leur vie hors du commissariat.

 

Amateurs de polar, de style procédural, de romans venus du nord, remontez à la source, lisez Maj  Sjöwall et Per Wahlöö.

Maj  Sjöwall et Per Wahlöö  / Roseanna (Roseanna, 1965) Trad de l’anglais Michel Deutsch, trad revue du suédois. L’homme qui partit en fumée (Mannen some gick upp i rök, 1966) Trad de l’anglais Michel Deutsch, trad revue du suédois Philippe Bouquet.

PS. Pour ceux qui s’étonnent de la double traduction … Les premières éditions françaises (en 10x18) ont été traduites à partir de la traduction anglaise, Rivages offre une traduction revue à partir de l’original.

En prime dans ce billet, un petit lien vers un cadeau gratuit. Sur le blog des éditions Moisson Rouge, une nouvelle de Jérôme Leroy.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars grands classiques - Communauté : POLARDISES
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Vendredi 25 janvier 2008 5 25 /01 /2008 23:03

 

Cette chronique est un peu spéciale. Elle traite d’un auteur que j’ai appris à apprécier peu à peu, et qui mérite quelques lignes de présentation.

 

undefined Si, dans quelques années, des historiens ou des sociologues veulent savoir comment on vivait à New York en 1950 et 2000, ils peuvent faire l’impasse sur tous les essais du monde et se « contenter » de lire la série écrite par Ed McBain consacré aux flics du 87° District. En une cinquantaine d’ouvrages, écrits entre 1956 et 2002, il fait le portrait de la ville et de ses habitants en toutes saisons, par tous temps et à toutes les époques. Ses intrigues passent en revue tous les délits possibles et imaginables, et se déroulent dans tous les secteurs de la société new-yorkaise, scannant ses évolutions économiques, morales, sociologiques … Le tout au travers de romans qui, grâce à un sens époustouflant du dialogue et une maîtrise parfaite de la construction laissent une impression, ô combien trompeuse, de facilité.

 

A cause justement de cette facilité apparente, il peut être difficile d’appréhender la grandeur de cette saga à la lecture d’un volume isolé. Je plaide coupable. Je me souviens encore du premier McBain que j’ai lu, il s’agissait d’Isola Blues, j’avais bien aimé, mais cela ne m’avait pas marqué plus que cela. Devant l’engouement de maîtres du polar qui le cite comme la référence, je fis un excellent achat : Un des 8 volumes que les éditions Omnibus consacrent à l’intégrale du 87° District. Le bon choix.

 

Au deuxième ou troisième roman on est devenu familier des personnages, on commence à percevoir l’immensité du tableau complet, et on devient accro. On est alors comme le chercheur d’or qui vient de découvrir une veine particulièrement riche : Plus de cinquante romans à découvrir ! Depuis, j’ai toujours sur ma table de nuit un recueil en cours, histoire de pouvoir prendre des nouvelles de Steve Carella, Meyer Meyer, Willis, Brown, Kling … et les autres si le besoin se fait trop pressant. J’attaque ici le Volume 4. Ils peuvent tous se lire indépendamment.

 

La rousse est un opus hivernal écrit en 1968, dominé par la figure d’un des plus grands adversaires du 87° District, le Sourd. C’est également un opus d’une tonalité humoristique, qui voit les pires enchaînements d’emmerdes tomber sur les têtes de nos flics préférés, à commencer par celle du pauvre Carella. L’ennui, quand on se replonge dans McBain, c’est qu’on n’a plus envie d’en ressortir. Grâce à un effort de volonté surhumain, je suis passé à autre chose. Mais le Volume 4 reste là, à portée de main …

 

Ed McBain / La rousse (Omnibus, série 87°district Vol 4, 2003)

 

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars grands classiques
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Vendredi 23 novembre 2007 5 23 /11 /2007 17:18

westlake-pierre.jpg Rivages a eu une idée excellentissime (une de plus) : rééditer les premiers Westlake, ainsi que les premiers Richard Stark qui n’étaient plus disponibles. Je reparlerai sans doute plus tard de Richard Stark et de son personnage de Parker, mais il va ici être question de l’inénarrable John Dortmunder.

 

Après Pourquoi moi ? et Pierre qui roule, voici Personne n’est parfait (Nobody’s perfect en anglais, géniale réplique finale de Some Like it hot).

 

Une fois de plus victime de sa malchance, Dortmunder s'est fait attraper en flagrant délit. westlake-parfait.jpg Quand un ténor du barreau vient prendre spontanément sa défense, le faisant acquitter, il se demande bien évidemment ce que cela va lui coûter. Pas très cher en fait, juste un accord avec un riche dilettante qui souhaite organiser un faux vol de tableau pour arnaquer son assurance. Il organise tout pour qu'il y ait des témoins, et pour que tout se passe bien. Malgré tout, devinez qui reste coincé dans la cage d'ascenseur alors que ses potes se carapatent avec la toile ? Et devinez combien de temps le tableau va rester en leur possession ? Et combien de combines vont être nécessaires pour le récupérer ?

 

Que dire à propos d’un roman consacré à notre John préféré qui n’ait déjà été dit mille fois ? Que c'est un pur régal ? Que l'on découvre avec délice la mise en place de la saga dortmundéresque, les personnages qui tournent autour ? Que l'imagination de Westlake est toujours étonnante ? Que ses idées de casse sont géniales ? Que son humour fait mouche à chaque fois ? Qu’une visite de Londres vu par John et sa légendaire morosité est indispensable ? Que la lecture de Dortmunder vaut tous les antidépresseurs ? Que la saga devrait être obligatoire et remboursée par la sécu, en tant que prévention, spécialement quand les jours raccourcissent et que le blues de l'hiver approche ? Que ceux qui n’ont jamais lu un Dortmunder sont impardonnables, mais très chanceux parce qu’il ne tient qu’à eux de s’y mettre ?

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars grands classiques
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