Né en 1940 et mort à l’âge de 42 ans, Ted Lewis a écrit seulement huit romans dont cinq ont été traduits en français et publiés chez rivages. S’il fallait résumer son importance, il suffirait de dire que Robin Cook l’admirait et le considérait comme l’écrivain qui lui avait ouvert la voie. Qu’ajouter à cela ?
Là où Jake Arnott dresse un portrait du crime londonien et de son impact sur le reste de la société, en insistant en particulier sur
ses liens avec le monde politique, et sur la fascination qu’il suscite dans les media et le public, Ted Lewis nous y plonge droit dedans, sans jamais nous laisser l’occasion de relever la
tête pour voir ce qu’il y a autour.
Sa série consacré à Jack Carter, sorte de Parker londonien, en plus cynique (si si, c’est possible) et bien plus noir et violent (là encore c’est possible) et surtout en beaucoup plus glauque, est représentative de son œuvre. Jack Carter est « au service » des frères Fletcher, deux caïds londoniens. Il est sans pitié, sans scrupules, et surtout sans illusion sur ses employeurs, qu’il trompe d’ailleurs (dans tous les sens du terme) allègrement.
Que ce soit Le retour de Jack ou Jack Carter et la loi, inutile de chercher des truands flamboyants ou fascinants. Pas de parrains à la Brando, ni même à la Scarface. Juste des hommes malins, brutaux, cruels mais également assez bêtes et totalement incultes, qui règnent par la peur et la violence.
Quand il sort du milieu du crime organisé, le tableau ne s’éclaircit pas. Plender en est un magnifique exemple :
Plender était à l'école le souffre douleur, le prolo. Il est maintenant
détective privé pourri mais friqué. Son fond de commerce : chantages, adultères … A l’école Knott faisait partie de la même bande, mais lui avait du succès. Il en a toujours ; marié avec une
femme qui a de l'argent, il est photographe, et travaille pour des catalogues de sous vêtements. Il en profite pour baiser avec tous modèles qui passent par son studio. Un soir, Plender surprend
Knott en train d'essayer de se débarrasser du cadavre d'une jeune femme, morte connement en sortant de son atelier. Il tient alors sa vengeance.
Ce roman à deux voix, passant du point de vue de Plender à celui de Knott, est d’une noirceur totale. Les deux protagonistes sont de parfaits salauds, immondes, sans morale, venimeux et dangereux. Leur affrontement est visqueux. La construction de l'intrigue est impeccable. On ne peut lâcher le bouquin, fasciné et on le referme sonné, avec une image de l'Angleterre bien éloignée des fastes royaux.
Pas étonnant que Robin Cook l’ait considéré comme un maître. Ci-dessous une bibliographie très incomplète. De toute façon, pour les autres c’est facile, c’est aussi chez Rivages.
Le retour de Jack (Jack’s return home, 1970) Rivages/noir (1991). Traduit de l’anglais par Jean Esch ; Plender (Plender, 1971) Rivages/noir (1996). Traduit de l’anglais par Jean-Paul Gratias ; Jack Carter et la loi (Jack Carter’s law, 1974) Rivages/noir (1995). Traduit de l’anglais par Jean Eschajouter un commentaire commentaires (10) recommander
Crime Unlimited se déroule donc
dans les années 60, à Londres. Harry Stark est un personnage aussi charismatique que dangereux. Ceux qui croisent sa route l’apprennent vite, pour leur bonheur ou leur malheur et le
racontent. Terry l’amant qui essaya de le doubler ; Lord Thursby, fragilisé par une situation financière catastrophique et une homosexualité cachée ; Jack the Hat, petit truand
minable ; Ruby, starlette qui n’eut jamais son heure de gloire ; Lenny, sociologue, criminologue,
deux romans précédents, et boucle la trilogie en mettant en scène trois personnages qui ont été,
ou vont être, marqués par un revenant … Harry Stark. Julie est actrice, elle essaie de faire croire qu’elle vient de la bonne société londonienne, mais elle cherche en fait à oublier son père,
ancien truand, tué en Espagne dans les années soixante par Harry Stark. Tony est un journaliste véreux, assassin à ses heures, qui rêve s’écrire le De sang froid anglais, mais
végète à faire le nègre de différents truands dont les mémoires, plus ou moins bidouillées, s’arrachent. Gaz, petit voyou violent sans envergure ne devraient rien avoir en commun avec les
pointures du crime londonien ; il croisera pourtant leur route. A l’enterrement d’une vieille gloire, quelqu’un croit apercevoir Harry …
années 60-70 pour apprécier ce roman ? Je crois que, comme le dit
île écossaise. Il mène une vie aussi rangée qu’il peut avec sa femme et son fils. Jusqu’au
jour où il est contacté par la police de San Diego : Son frère Jim, journaliste a été retrouvé mort dans sa voiture. Suicide. Gordon part pour organiser les funérailles, mais sur place de
nombreux détails clochent. En quelques jours il apprend que son frère enquêtait sur une énorme entreprise chimique, croise un ami de Jim qui est persuadé qu’il a été assassiné, et s’aperçoit
qu’il est suivi. Mais surtout, du coin de l’oeil, il aperçoit un fantôme, un homme des SAS qu’il croyait mort lors de sa dernière mission, en Argentine, pendant la guerre des Malouines. Gordon
Reeve revient alors sur ses terres, pour préparer la contre-attaque et affronter son passé.
Un designer qui monte qui monte, dont le Tout
Londres commence à parler, ça n’a pas envie de se laisser emmerder par un petit bonhomme terne et ennuyeux. Alors quand, un matin aux aurores, Mister Kitchen vient lui prendre la tête sous
prétexte de lui acheter sa bagnole, notre designer pète un peu les plombs, et transperce le dit Kitchen avec une de ses créations. Seulement voilà, un emmerdeur mort reste un emmerdeur, dont il
faut se débarrasser. Et quand une journée commence mal, il y a peu de chances qu’elle se termine bien. Les choses vont même aller de mal en pis pour notre pauvre artiste, qui va tenter de
compenser en s’enfilant dans le gosier et dans le nez toutes sortes de produits, ce qui ne va pas améliorer son calme et sa lucidité. Une vraie journée de merde !
devrait faire date avec l’interview exclusif de Jon Jackson, toute nouvelle coqueluche du cinéma anglais que Diane et Barry connaissent de l’époque où il tournait les
clips des groupes rock. A moins d’une semaine de la sortie de la revue, le corps du cinéaste est découvert atrocement torturé, d’une façon qui rappelle une des scènes de son film. La presse
conservatrice se rue sur l’occasion pour stigmatiser la mauvaise influence d’un certain cinéma, les groupies se désolent, Neil flaire le scoop, et Diane et Barry tentent de noyer leur chagrin
dans le travail. Ils ne savent pas qu’ils vont être happés par cette affaire et y laisser des plumes.
Vous le savez peut-être
déjà, Royston Blake est anglais. Plus précisément il est de Mangel. Pour autant, Blake n’est pas un gentleman. Loin s’en faut. Blakey comme l’appelle familièrement les habitants de Mangel est Le
Videur de la ville. Celui du Hoppers, pub où se réunit le gratin. Il se plait à se considérer comme un notable, quelqu’un à qui l’on doit le respect. Pour un œil extérieur, Blake apparaît comme
une masse de 110 kg de barbaque, de bière et de bêtise. Mais comme c’est lui qui raconte … Or, malgré sa notoriété et sa respectabilité, une fois de plus, le pauvre Blake va foncer tête baissée
dans les pires emmerdes quand la ville se trouve envahie de minots complètement défoncés et irrespectueux.
Max
Mingus était privé à Miami quand il a abattu les camés qui avaient enlevé, violé et tué une gamine. Il a pris huit ans de prison. Sa peine touche à sa fin quand il est contacté par Allain Carver,
un des hommes les plus riches d’Haïti, pour retrouver son fils Charlie disparu depuis maintenant deux ans. Rien dans l’affaire ne plait à Max, mais Allain lui offre une véritable fortune s’il
retrouve le gamin, et Max a besoin de faire quelque chose pour oublier la prison, la mort accidentelle de sa femme, et le vide de sa vie. Il accepte donc. Il ne sait pas qu’il va être confronté à
une misère bien pire que tout ce qu’il a pu imaginer, à la superstition et à une violence qu’il n’a jamais approchée, même dans les pires quartiers de Miami.
La découverte
de John Burdett avait été pour moi une immense claque. Bangkok 8, publié aux presses de la cité, et depuis repris en poche, est un véritable ouragan de
vitalité, d’odeurs, de bruit, de fureur, d’énergie, de violence, d’humour … Les américains parlent d’un cinéma qui doit être « bigger than life », cet anglais au look si british, avec
la complicité active de la ville de Bangkok, personnage à part entière de ce roman totalement hors norme, y parvenait d’une façon éblouissante. Craignant d’être passé à côté d’autres
chef-d’œuvres de l’auteur, je m’étais immédiatement renseigné sur ses romans, pour apprendre que le précédent, Typhon sur Hong Kong, n’était plus disponible.
allait faire le succès des suivants : En
premier lieu, la superbe description d’une ville asiatique monumentale, surpeuplée, survoltée, totalement hors norme pour le lecteur européen ; ensuite le choc des cultures asiatiques et
occidentales ; tout cela lié par une intrigue solide, souvent insolite, qui multiplie les chausse-trapes. Pour finir, une galerie de personnages impressionnante, avec dans le premier
rôle un flic qui préfigure Sonchaï Jitpleecheep, l’extraordinaire flic thaï de la série à venir (Bankok 8 et Bangkok tattoo): métis comme
lui, abandonné par son père comme lui, incorruptible comme lui, excellent flic également.