SF, Fantastique et Fantasy

Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 21:32

Vous qui êtes de fidèles lecteurs de ce blog vous connaissez déjà Moite von Lipwig, alias Albert Paillon. Mais si, souvenez-vous, c’est cet ancien escroc que le seigneur Vétérini avait obligé à devenir Directeur des Postes. C’était dans Timbré.

Pratchett Et bien revoilà Moite. Et le problème est que notre ami s’emmerde. La poste tourne à plein régime, sans qu’il ait à faire un de ces numéros de funambule qui seuls semblent donner du sens à sa vie. Par chance, si l’on peut dire, la vieille propriétaire de la banque royale d’Ankh-Morpork arrive en fin de parcours, et tous ses héritiers potentiels sont idiots ou cupides ou méchants ; et souvent les trois à la fois. Vétérini décide alors que c’est un poste où Moite van Lipwig devrait faire merveille. Pour ce qui est de donner du piquant, il suffit de savoir qu’en mourant, la vieille va léguer ses 51 % de la banque à son chien (qui devient Président), et nommer Moite gardien du Président. Elle va également passer un contrat à la guilde des assassins : si son chéri canin meurt de mort non naturelle, il faut abattre Moite. Sachant que le chien-chien est le seul obstacle entre les héritiers et le magot, la vie de notre ami risque de devenir très, très intéressante …

C’est au tour de la finance de passer à la moulinette pratchienne. Autant dire qu’elle va en voir de toutes les couleurs, et que sous couvert de balancer des grosses blagues sur un monde qui, bien entendu, n’a rien à voir avec le nôtre on lit des choses du style :

« C’était effectivement ce qu’on appelait une « vieille fortune », donc une fortune acquise si loin dans le passé que les forfaits qui avaient au départ rempli les coffres étaient désormais historiquement hors sujet ».

Une petite restriction, l’intrigue est un peu moins réussie que d’habitude.

Reste … tout le reste justement. A commencer par la galerie de personnages parmi lesquels on peut citer, entre autres, la famille des banquiers (particulièrement gratinée), un golem qui découvre sa féminité en lisant des manuels de savoir vivre un rien désuets, un comptable, très très comptable etc … La faune pratchienne habituelle, si exotique, si farfelue et, en y réfléchissant un tout petit peu, si quotidienne.

L’humour à la fois décalé et très pertinent est là, bien sûr. Et puis cette impression délicieusement troublante que ce petit monde tellement loufoque, produit d’une imagination délirante est étonnamment proche du nôtre.

Petit bonus, pour nos gouvernant et autres mous du bulbe, au détour d’une blague, Terry Pratchett que décidément j’aime de plus en plus énonce une vérité première un peu oubliée : c’est le travail qui produit la richesse.

Non ? Si !

Terry Pratchett / Monnayé (Making money, 2007), L’Atalante (2009), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : SF, Fantastique et Fantasy - Communauté : SOIF DE LIRE...
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Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /2009 21:36

Vous vous souvenez peut-être de Tommy, 19 ans, originaire de l’Indiana, apprenti écrivain et Jody, rousse flamboyante de 26 ans, récemment vampirisée par un monstre de plus de 800 ans ? Non ? Mais si, ça s’appelait Les dents de l’amour. Voilà, vous y êtes.

 

Nous les retrouvons dans D’amour et de sang frais, toujours sous la plume fort inventive de Christopher Moore. Pour ceux qui n’ont pas suivi le début, Jody est toujours une ravissante vampire, le monstre qui l’avait transformée est, pour l’instant, neutralisé, et elle vient juste de transformer Tommy, son amour, histoire de tout partager avec lui. Tout, et surtout des emmerdes … Pas facile pour les seigneurs (saigneurs ?) de la nuit de trouver à manger quand on a encore une mentalité et une morale de jeune homme bien élevé de l’Indiana, sans parler de visiter un logement ou d’avoir une vie sociale quand le moindre ultraviolet vous réduit en cendres.

 

Pour simplifier le tout, les Animaux, à savoir la bande d’allumés avec qui Tommy travaillait avant, revient de Las Vegas en compagnie d’une pute bleue (oui, une pute bleue, pour savoir ce que c’est il faut lire le livre) bien décidée à devenir une vampire, et le vieux monstre que les deux tourtereaux croyaient hors course va trouver le moyen de se libérer.

Heureusement une ado gothique et futée et un ninja chimiste vont leur venir en aide. Et l’empereur et ses hommes veillent toujours sur la bonne ville de San Francisco.

 

En démarrant le roman on peut craindre que Moore ne tire un peu sur la ficelle, la transformant en très grosse ficelle. Et bien non. Il faut savoir, dans un premier temps, que si les deux romans se sont suivis en traduction française, Christopher Moore a quand même laissé passer 12 ans entre ses deux romans. Il en a profité pour étoffer sa galerie de cinglés. Ils sont tous là. Et il en invente d’autres encore plus allumés que les anciens.

 

Son sens de l’humour fait une nouvelle fois mouche, son imagination semble sans limite et il réussit à étonner encore et toujours ses lecteurs. Et de temps en temps, sous la franche rigolade, on sent poindre une grande tendresse, une belle humanité, et une vision aussi acérée que les canines de nos héros préférés de notre joli monde.

 

Donc un grand moment de plaisir, avec rire, émotion, frissons. Que demander de plus, franchement ?

Christopher Moore / D’amour et de sang frais (You suck. A love story, 2007), Calmann-Levy (2009), traduit de l’américain par Luc Baranger.

PS. Je suis d’accord, la couverture est très moche.

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Jeudi 27 août 2009 4 27 /08 /2009 22:34

Vieux motard que jamais comme on dit sur la route …

 

Au moment de sa sortie je n’avais pas lu ce bouquin dont on avait beaucoup parlé. Puis comme on me l’a offert, je l’ai lu. Je vais donc de ce pas vous parler de La route de Cormac McCarthy.

 

Inutile de s’étendre sur l’intrigue, tout le monde la connaît : Une catastrophe a tout détruit. Une couche de poussière et de suie recouvre tout, cache le ciel. Tout est gris et froid. Sur la route, un homme et son fils tentent de survivre et fuient l’hiver, en direction du sud. Ils ne croisent que désolation, solitude, et quelques survivants, transformées en bêtes sauvages. L’homme n’a qu’un seul et unique but : la survie du petit.

 

Sec, glaçant et impressionnant. Une prose au service d’une histoire. Une prose aussi grise, sèche et désolée que le paysage. Aussi dépourvue de chair que les corps émaciés des survivants. Aussi dépourvue de joie que le monde décrit.

 

On prend ce bouquin en pleine poire. C’est une vision désespérée et désespérante. C’est aussi une vision très américaine pour supposer ainsi qu’en cas de catastrophe, nul réflexe de solidarité ne subsisterait, que ce ne serait plus que chacun pour soi. Seul le petit, l’enfant vierge de souvenirs du monde d’avant, tend instinctivement à aider les épaves qu’ils croisent. Seule son influence empêche le père de sombrer définitivement dans l’inhumanité.

 

Des latino-américains auraient écrit un roman avec beaucoup plus de sang, de fureur et de rage, mais ils auraient également mis en scène des communautés qui cherchent à reconstruire quelque chose, ensemble. Cormac McCarthy écrit ce lent et inéluctable naufrage, d’une froideur absolue, totalement dédramatisé, au sens où il n’y a aucun ressort dramatique ou presque, ou rien ne vient rider la surface grise et lisse de l’horreur totale. Pas de cri, pas de révolte, pas de hurlements, pas d’explosions. Quelques sanglots, la peur, la pluie et une toux, rien de plus. Aucune aide à attendre, de personne.

 

Ce n’est pas un livre agréable, pas un livre que l’on relira, même pas forcément un livre qu’on aime, mais c’est un livre qu’on ne peut lâcher, et qu’on ne risque pas d’oublier.

 

Petit mouvement de mauvaise humeur quand même : l’édition de poche (points) que j’ai eu dans les mains est truffée de coquilles : mots coupés en deux, mots collés, lots compressés … Au point qu’il y a même parfois des mots qui manquent carrément. Une honte.

 

Cormac McCarthy / La route, (The road, 2006) Points (2009), traduit de l’américain par François Hirsch.

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Vendredi 14 août 2009 5 14 /08 /2009 11:42

Pour attaquer la troisième année avec le sourire :

 

Terry Pratchett est grand, Patrick Couton est son prophète (du moins pour les francophones). Je sais, je l’ai déjà dit , et . Ben je le répète à l’occasion de la sortie de L’hiverrier.

 

Dans ce nouveau volume on retrouve Tiphaine Patraque, sorcière stagiaire, Mémé Ciredutemps, sorcière en chef (je sais, il n’y a pas de chef chez les sorcières, c’est impossible et impensable, d’ailleurs, comme elles le disent toutes très bien, Mémé ne permettrait jamais qu’il ait une chef, alors), et bien entendu, comme toujours quand il y a Tiphaine il y a les Nac mac Feegle, ces sortes de gnomes très forts et un rien turbulents. Tiphaine est donc en stage dans les montagnes de Lancre, loin de ses collines. Et Tiphaine fait une grosse, une très grosse bêtise, elle danse avec L’hiverrier, l’entité qui fait l’hiver, qui tombe amoureux d’elle, et la cherche partout. Sa cour est un peu fraîche, mais surtout, s’il ne devient pas raisonnable, le printemps ne reviendra jamais …

 

Parfois je me demande à quoi servent les billets que j’écris, rarement mais parfois. Et là c’est le cas. Parce qu’il n’y a que deux possibilités.

 

Soit vous êtes déjà Pratchettophiles, que vous le connaissiez depuis longtemps ou que mes trois billets précédents vous aient convaincus. Il suffit que j’écrive : Il y a une nouveau Pratchett pour que vous vous précipitiez dans une librairie.

 

Soit malgré tous mes efforts vous ne l’êtes pas, et je ne vois pas ce que je pourrais rajouter.

 

Je vais donc juste écrire que les Nac mac Neegle sont une des inventions les plus géniales d’un auteur qui ne manque pourtant ni de génie ni d’inventivité. Qu’ils relèguent les martiens de Brown et les Gremlins au rang de mioches sous calmant, et que dans les mains de Pratchett ils se transforment en véritable dynamite.

 

Que comme chaque fois qu’il y a les sorcières c’est à la fois très drôle, et incroyablement humain et humaniste, mais aussi méchant.

 

Qu’une fois de plus c’est beaucoup plus profond qu’il ne pourrait paraître.

 

Que le personnage d’Annagramma, jeune sorcière suffisante et horripilante est hurlant de vérité. Annagramma qui « Si elle était sur le point de se noyer et qu’on lui envoyait une corde, elle se plaindrait qu’elle ne soit pas de la bonne couleur … ». Vous en connaissez forcément des comme ça.

 

Qu’on y apprend, enfin, un des grands secrets de la sorcellerie, à savoir la juste utilisation du Pipo.

 

Comme vous êtes gentils, et que c’est le premier billet de ma troisième année, un petit extrait. Moi ça me fait rire que voulez-vous :

« D’après elle, on peut compter sur leur sagesse paysanne.

- Ben, c’est madame Obol, la vieille dame qui est passée, et tout ce qu’elle a c’est une ignorance paysanne. […]. Ecoute, ce n’est pas parce qu’une femme n’a pas de dents qu’elle a bu bon sens. Ca veut peut-être simplement dire qu’elle est bête depuis très longtemps ».

 

Bon, à vous maintenant.

 

Une dernière chose, si quelqu’un qui passe par ici sait comment contacter Patrick Couton, j’aimerais bien l’interviewer sur son boulot sur Pratchett.

 

Terry Pratchett / L’hiverrier, (Wintersmith, 2006) L’Atalante/La dentelle du cygne (2009), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

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Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /2009 20:22

J’ai déjà dit ici même le plus grand bien de Pierre Pevel et des Lames du Cardinal. J’en attendais la suite avec impatience. La voici avec L’alchimiste des ombres.

 

Le règne de Louis XIII se poursuit, malgré les guerres qui se préparent, l'hostilité de l'Espagne et les nombreux complots contre le roi, et surtout son premier ministre le cardinal de Richelieu. Parmi les ennemis les plus dangereux du royaume, la Griffe Noire. Cette société secrète sert les dragons, une race très ancienne, qui contrôle toute la cour espagnole, et est pour l’instant tenue en échec en France.

 

En cette année 1633, La Fargue et les Lames du Cardinal, une demi douzaine d'hommes et de femmes regroupant les meilleurs escrimeurs de France doivent rencontrer une aventurière italienne qui prétend avoir des documents prouvant qu'un complot contre le trône de France est en cours. Les Lames auront fort à faire contre un adversaire redoutable que La Fargue connaît bien. Un dragon connut sous sa forme humaine comme l'alchimiste des Ombres.

 

Une fois de plus du grand, très grand spectacle. Combats, complots, magie, suspense … Comme chez le grand Dumas à qui il est rendu hommage. Sans jamais tomber dans le pastiche, avec un vrai talent et une bien belle écriture.

 

Pierre Pevel maintient dans ce second volet des Lames du Cardinal tout l'intérêt du premier roman, et confirme que l'on peut, aujourd'hui, écrire un roman de cape et épée fascinant.

 

On sent derrière l'apparence facilité de l'écriture toute une recherche et une grande érudition parfaitement digérées, qui enrichissent le récit et lui donnent de la chair. On sent la puanteur parisienne, on voit les ruelles, les enseignes, on croit aux fêtes des Grands du royaume … Tout sonne vrai, solide. Le fantastique vient pimenter la sauce, apporte une dimension supplémentaire, un métissage fort bien venu.

 

Avec cette nouvelle série, Pierre Pevel confirme entièrement le talent que lui connaissent ceux qui ont déjà lu et apprécié sa série consacrée à Wielstadt. Et comme une bonheur n’arrive jamais seul,  de toute évidence, il y a une suite !

 

Pierre Pevel / L’alchimiste des Ombres, Bragelone (2009).

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Dimanche 3 mai 2009 7 03 /05 /2009 10:23

Il s’est fait attendre, voilà le billet sur Il est parmi nous, le dernier roman, de Norman Spinrad.

 

Qui est Ralf, ce comique moyen devenu animateur du Monde selon Ralf sur une des innombrables chaînes américaines ? Un comique qui a pété les plombs et s’est totalement identifié à son personnage ? Un véritable homme du futur venu nous faire peur avec la description sans fard de ce qui attend nos petits-enfants ? L’incarnation d’une conscience supérieure venu nous réveiller juste avant la catastrophe ? C’est ce que se demandent Texas Jimmy Balaban, son agent, vieux briscard du show-biz de seconde catégorie à LA, Dexter D. Lampkin, écrivain de science-fiction qui peine à croire encore à ce qui le poussait à écrire quand il était jeune, et Amanda Robin, actrice, formatrice mystique, à la recherche de l’illumination. En attendant de savoir, ils vont tous utiliser Ralf pour tenter de réveiller leurs contemporains. A moins que ce ne soit Ralf qui les utilise … Et quel peut bien être le lien avec Foxy Loxy, jeune camée new-yorkaise qui entame une terrible descente en enfer ?

 

Commençons par ce qui m’a agacé : la quantité de coquilles ! Certes c’est difficile et long de relire près de sept cent pages, mais Fayard n’est quand même pas une petite maison d’édition sans moyens !

 

Ceci dit, quel monstre. Je n’en attendais pas moins de l’auteur, entre autres, de Jack Baron, de Bleue comme une orange, du Printemps russe, des Années fléaux, de En direct … n’empêche, je suis impressionné. Durablement.

 

Commençons par cerner la bête. C’est à peine de la science fiction. Pour commencer, ça se déroule aujourd’hui, et ici (enfin là-bas aux US). C’est à la fois picaresque (autour du personnage de Balaban), sans pitié mais pas sans tendresse, quand il s’agit de décrire le monde des fans de SF aux US, d’une noirceur totale dans les pages consacrées à Foxy Loxy, très philosophique et d’un haut niveau de prospective scientifique, très pessimiste, et incroyablement optimiste. Tout ça à la fois. Mais c’est vrai qu’on peut en faire des choses en 700 pages d’une telle densité.

 

En toute objectivité, il y a des longueurs, et le lecteur devrait décrocher. Et pourtant, on ne s’ennuie jamais, on tient le coup, même dans les passages les plus ardus, même quand on ne comprend pas tout. Ayant une formation plus scientifique que philosophique, j’avoue qu’il y a certains passages qui me sont passé un peu haut. Je comprends mieux les notions de mécanique quantique, que celles de Zeitgeist, mais je n’ai pas décroché, et je suis peut-être un tout petit moins idiot maintenant.

 

Il semble qu’il ne passe rien et pourtant on est pris.

 

Pris par l’humour, la noirceur, l’optimisme souriant, même quand il sait parfaitement que tout va mal. Pris par ses personnages extraordinaires, tellement humains, tellement émouvants, tellement imparfaits, tellement surprenants.

 

Et quelle richesse ! Il y a tant de choses dans ce roman. Il y a l’acuité de son regard sur le show-biz et sur le grand cirque médiatique. Son analyse de ses mécanismes, de sa mégalomanie, de sa folie, son impact. Mais est-ce étonnant de la part de l’auteur de Jack Baron et de En direct ? 


Il y a une réflexion sur la littérature, et surtout sur la science-fiction. Une réflexion à la fois profonde et amusée, qui passe de l’humour à la déclaration d’amour, qui dresse un panorama historique de ce genre, qui met en scène ses grands noms, qui s’amuse à citer un certain Norman Spinrad que Dexter croise ici ou là … Qui sait se moquer des fans et de leur côté grotesque et pathétique, mais qui sait aussi leur rendre hommage. Qui sait dire la grandeur de l’écrivain de science-fiction, mais aussi sa mesquinerie, qui sait le décrire visionnaire et queutard, inspiré et imbibé. Qui sait flinguer les dérives d’un Hubbard, la soupe merdique de la grande majorité de la production, la prépondérance de la marchandisation la plus kitsch et la plus vulgaire sur la véritable création (ce qui n’a pas plu à tout le monde, le roman n’a, à ce jour, pas trouvé d’éditeur anglo-saxon). Mais qui sait aussi affirmer que c’est une littérature absolument nécessaire, qui ne saurait exister sans des lecteurs parfois ridicules, mais finalement sincères.

 

Pour finir il y a l’aveuglante évidence de son constat : l’humanité va à la catastrophe si rien de change maintenant … On le sait, d’autres l’ont dit, bien d’autres le diront. Peu le disent aussi bien.

 

Norman Spinrad / Il est parmi nous, (He walked among us) Fayard (2009), traduit de l’américain par Sylvie Denis et Roland C. Wagner.
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Vendredi 13 février 2009 5 13 /02 /2009 19:16

La série du Trône de fer est très certainement une des plus riches, des plus originales et des plus intéressantes de la Fantasy actuelle. Loin des affrontements caricaturaux du Bien contre le Mal, à mille lieux des récits initiatiques qui voient l’inévitable jeune homme qui ne sait pas encore qu’il a du sang de roi découvrir ses pouvoir avant de sauver le monde, le Trône de Fer est un récit plein de fureur, de sang, de cris, de larmes, de trahisons, de grandeur …


Les personnages s’y débattent dans la boue et les tripes, les gentils d’un jour sont les immondes du lendemain, les alliances se font, se défont. On y trouve des fanatiques religieux, des opportunistes, quelques (rares) idéalistes, des forts qui abusent de leur force, et des faibles qui, comme toujours et partout, paient les pots cassés.


George Martin réussit l’exploit d’arriver à ces épisodes 10 et 11 sans jamais faiblir, et sans non plus laisser entrevoir l’ombre d’une fin. C’est dire la richesse extraordinaire de cette saga, où l’on suit simultanément quelques dizaines de personnages, et où, surtout, le lecteur ne peut se raccrocher à aucune certitude : Le héros d’un chapitre n’est pas du tout assuré d’arriver au bout de la course, il peut très bien être abattu, brutalement, au détour d’une page, comme n’importe quel personnage secondaire. Certains survivent alors que l’on ne donnait pas cher de leur peau, d’autres en apparence indestructibles ne passent pas quelques chapitres.


Pas de facilités, pas de gentillesse pour le lecteur, dans Le trône de fer quand le gentil jeune homme affronte un sombre brute habituée à se battre … il finit découpé en rondelles.


Incertitude, surprise constante, richesse de l’intrigue et surtout, ampleur de la fresque qui dénote une imagination époustouflante alliée à une rigueur implacable qui permet à l’auteur, et à son heureux lecteur, de ne jamais se perdre.


Vraiment, je ne vois aucun équivalent à ce monument en construction. Le seul reproche que l’on puisse lui faire est le pendant inévitable à ses qualités : quand on reprend un épisode, quelques mois après le précédent, on a parfois un peu de mal à se souvenir de tout ce qui c’est passé auparavant, et de bien remettre qui est qui. Mais cet obstacle passé, on en redemande.


Il est quasiment impossible de résumer les volumes 10 et 11, surtout à des lecteurs qui n’auraient pas les 9 précédents en tête. Sachez seulement que si vous recherchez une série de fantasy riche, adulte, méchante, héroïque, humaine, enthousiasmante, plus sombre que le plus noir des polar, avec des guerres, des trahisons, des amours, des grands gestes, des horreurs, du souffle, des paysages … et un peu de Trouille avec les Autres qui rodent quelques part dans l’ombre, une seule adresse, Le Trône de Fer.


George R. R. Martin / Le Chaos (Le trône de fer 10) et Les sables de Dorne (Le trône de fer 11) (A feast for crows, 2005), J’ai Lu (2007), traduit de l’américain par Jean Sola.

PS. Je crois que ça y est, le 12 est sorti en poche.

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Mardi 6 janvier 2009 2 06 /01 /2009 23:33

Il y a fort longtemps, dans la lointaine vallée de Koom, les nains perfides tendirent une embuscades à de braves trolls. A moins que ce ne soit l’inverse. Toujours est-il que le sang coula en abondance. Depuis les relations entre les deux races ne sont pas au beau fixe, et tous les ans, à la date anniversaire, les tensions se cristallisent. A priori, le commissaire divisionnaire Vimaire du Guet d’Ankh-Morpok, n’en a pas grand-chose à faire. Mais, mais …. Mais il y a de plus en plus de nains et de trolls dans sa bonne ville. Et dernièrement des grags (un équivalent de prêtres ?) nains particulièrement à cheval sur les écritures et la pureté de la nanitude sont arrivés en ville et auraient tendance à échauffer les esprits. Alors, quand un grag est trouvé mort dans un sous-sol, le crâne apparemment défoncé par un gourdin troll, la situation devient explosive.


Mais il est bien entendu inacceptable pour Vimaire qu’une vieille bataille, des rancoeurs idiotes et quelques superstitions viennent mettre sa ville à feu et à sang. L’assassin sera découvert, arrêté, et traduit en justice. Quelle que soit sa race, sa taille et ses croyances.


Quelque part dans l’ombre, une entité rôde et attend son heure. Ailleurs la vérité attend d’être révélée …


Je vais essayer de ne pas répéter ici toutes les généralités sur le génie de Terry Pratchett que j’avais déjà énoncées il y a peu.


Dire que ce roman tombe à pic dans la triste actualité du Moyen-Orient est un peu facile. Malheureusement, il serait tombé à pic à peu près n’importe quand, tant la description que fait Terry Pratchett du mécanisme du fondamentalisme religieux, de son aliénation, de sa capacité à émettre des messages simplistes et rassurants … est décalée, originale, loufoque, et implacablement juste.


On rit un peu moins dans Jeu de nains que dans d’autres épisodes de la série. Mais on rit quand même, malgré la gravité du sujet traité. Parce que, comme toujours, même si le sujet est grave, Pratchett ne pontifie jamais, ne se prend jamais au sérieux, commence par réutiliser et créer de vrais personnages, aussi allumés soient-ils, et par raconter une histoire dense, prenante, à laquelle on croit, qui fait trembler, rire ou pleurer, même si elle se déroule dans un monde en apparence totalement louf.


Parce que c’est tellement facile de rire du ridicule d’une guerre entre nains et trolls. Tellement facile de rire de leurs prétextes théologico-métaphysico-supersticieux ridicules ! Pensez donc, pour les fondementistes nains, la vie hors d’une mine n’existe pas, la lumière du jour est impure, et les femmes aussi ! Ridicule !! Et la nanitude impose de vivre sous terre et de creuser des galeries, même en ville. Grotesque !!!


Non ? On n’a rien comme ça chez nous, rassurez-moi.

Et puis ce commissaire qui, bien qu’apparemment équilibré, a envie de casser du nain, juste parce que trois ou quatre allumés, parmi les plus radicaux, s’en sont pris à sa famille. C’est d’un drôle. Et cette incompréhension totale, ces préjugés entre vampires et loups-garous, entre nains et trolls, entre les humains et les autres. J’en ris.

Parce qu’on ne va pas pleurer quand même. Surtout pas avec Pratchett.


Terry Pratchett / Jeu de nains (Thud, 2005), L’Atalante/La dentelle du cygne (2008), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

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Lundi 8 décembre 2008 1 08 /12 /2008 21:42

Désolé d’avoir un peu négligé le blog, mais la fin d’année est particulièrement dense et pour arranger les choses, j’ai plusieurs fers au feu … En attendant les festivités, espérées par les uns, redoutées par les autres, et en particulier par les canards occitans, voici de quoi se gondoler un peu :


Thomas a quitté l’Indiana et sa petite ville où sa vocation d’écrivain n’aurait pas pu s’épanouir. A San Francisco il espère connaître toutes les expériences dont il a besoin pour son œuvre. Il va être servi, au-delà de ses espérances. Dès la première semaine, Jody, flamboyante rousse lui tombe dans les bras. Certes elle a quelques bizarreries, mais Thomas est éperdument amoureux. Et puis qu’est-ce qu’un plouc comme lui peut savoir des habitudes des dames sophistiquées de la grande ville ? Or il se trouve que Jody est vraiment … à part.


Deux jours auparavant elle a été mordue par un vieux vampire de 800 ans qui cherchait de la compagnie, et elle a besoin d’aide. D’autant plus que le vampire après avoir un peu joué avec elle compte bien la renvoyer à son statu de mortelle … morte. Avec l’aide des Animaux (les membres de son équipe de nuit dans un super marché), et de l’Empereur de San Francisco (que l’on retrouvera dans Le sot de l’ange), Thomas va voler au secours de la belle, quoi qu’il lui en coûte.


Les dents de l’amour, enfin traduit en français, est un des premiers romans de Christopher Moore. Un roman où se manifeste déjà tout le talent que lui connaissent les lecteurs d’Un blues de coyote ou du Lézard lubrique de Melancholy Cove. On trouve déjà son humour dangereux pour le lecteur qui risque de se faire regarder bizarrement quand il éclate de rire dans le métro, le bus, ou la salle d’attente du médecin.


On trouve son imagination délirante, et sa façon de rendre cohérent, l’espace d’un roman, un monde en apparence familier soudainement envahit par un lézard lubrique, une chauve-souris qui collectionne les lunettes de soleil, un archange complètement con ou, comme ici, un vieux vampire qui s’emmerde et sa très féminine élève.


Ici aussi (ou plutôt ici déjà), ça marche, et ça marche même parfaitement. On tremble pour Jody et Thomas, on rit beaucoup, on s’émeut avec le très beau personnage de clochard de l’Empereur, on sourit aux déconvenues de Thomas, et aux bêtises des Animaux … Et mine, de rien, on se passionne pour l’histoire. Un grand Christopher Moore, d’emblée.


Christopher Moore / Les dents de l’amour (Bloodsucking fiends, 1995), Calmann Lévy (2008), traduit de l’américain par Luc Baranger.


PS. Les hasards de l’édition et de la traduction sont très vampiriques ! Après Vargas et Ledesma, c’est donc au tour de Moore de s’y coller.

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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /2008 21:24

Moite von Lipwig est un escroc de haute volée. Il ne se sent vivant que lorsqu'il est en train de plumer un pigeon, au bord du gouffre, tout près d'être découvert. Mais il a été découvert, et va être pendu. Sauf … Sauf s'il accepte la proposition du seigneur Vétérini, maire d'Ankh-Morpock et devient Ministre des postes. A-t-il le choix ? Il accepte.

Il découvre alors un bâtiment en ruine, des tonnes de lettres non distribuées, et un service soi-disant rendu obsolète depuis que la compagnie interurbaine des clic-clac permet d'envoyer quasi-instantanément un message à l'autre bout du Disque-Monde. Mais, l'interurbain est cher, et de moins en moins fiable depuis qu'il a été repris par une bande de financiers qui ne voient que le profit à court terme. Et on ne peut pas envoyer une mèche de cheveux, ou un baiser parfumé par clic-clac. Alors Moite a une carte à jouer, et peut-être quelques requins à filouter … Le poste pourrait même se révéler amusant.

Ai-je déjà écrit ici que Terry Pratchett est un génie ? Si oui, je le répète. Si non, c’est maintenant fait. On en est à environ 30 volumes de Disque-Monde, 30 volumes avec le même univers et les mêmes personnages de base, et c'est toujours nouveau, toujours étonnant, toujours réussi. Après le cinéma, la religion, l’opéra, les contes de fées, les robots, l’université … et bien d’autres, il traite dans Timbré de la Poste et des méfaits de la privatisation des services publics ! Sachant que Terry Pratchett est anglais, on peut supposer qu’il sait de quoi il parle, quand il cause des ravages de la privatisation des services publics. Encore faut-il le faire avec talent. Et c’est bien là que c’est un vrai génie.

Qui d'autre pourrait nous décrire un monde aussi délirant, aussi imaginaire, aussi impossible, et le rendre si proche, si semblable au nôtre ? Qui serait capable de parler de façon colorée, imaginative et drôle des ravages de la privatisation des services publics ? Qui pourrait chanter de façon à la fois aussi poétique, émouvante et picaresque de la magie de l’échange de lettres ? Qui saurait décrire avec autant d’humanité, d’humour, et de pertinence impitoyable la logique scélérate des financiers uniquement intéressés par le profit à court terme ? Et tout cela, sans jamais prononcer, bien entendu, les mots, « services publics », « privatisation », « profit », « actionnaire » …

Donc Pratchett est un génie. Parce qu’en plus il vous tricote une histoire qui, sous le nez rouge du clown, arrive à vous accrocher comme le meilleur thriller, se joue des clichés qu’il retourne comme des chaussettes pour en faire ses clichés à lui, et crée des personnages absolument extraordinaires que l’on aime, que l’on déteste, pour lesquels on tremble, on rit ou on pleure.

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, je me suis aperçu que j’avais deux volumes de retard et que j’en ai donc un autre en réserve !

Terry Pratchett / Timbré (Going postal, 2004), L’Atalante/La dentelle du cygne (2008), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : SF, Fantastique et Fantasy - Communauté : SOIF DE LIRE...
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