Polars des antipodes

Vendredi 18 décembre 2009 5 18 /12 /2009 15:23

Pour le défi polars cinq continents je comptais parler un auteur un peu oublié, qui m’avais enchanté quand je l’avais découvert, à savoir Arthur Upfield, créateur, avec son privé métis, du polar ethnique, grand inspirateur de Tony Hillerman. Et puis, finalement, plusieurs participants en ont causé, et je vais donc revenir sur un polar néo-zélandais passé injustement inaperçu lors de sa sortie il y a maintenant trois ans.

 

« C'est au cours de la même semaine que nos poules furent volées et que Daphné Moran eut la gorge Morrieson tranchée. » Beau début non ? C’est ainsi que commence L’épouvantail de Ronald Hugh Morrieson.

 

Ned Poindexter est ado à Klynham, petite bourgade rurale en Nouvelle-Zélande. Sa famille n’est pas franchement un modèle, entre un oncle qui s’évertue à ne jamais rien faire, un frère spécialiste de billard, et un père qui tente de faire des affaires dans la brocante au volant d’une épave. Heureusement il y a Prudence, sa sœur aînée, la plus jolie fille de la ville, et son pote Les Wilson avec qui il fait les 400 coups. La vie s’écoule, avec ses hauts et ses bas, mais une ombre plane sur Klynham depuis que Salter, magicien itinérant, épouvantail immense et famélique au regard inquiétant est arrivé en ville …

 

La postface de Jean-paul Gratias nous apprend que l’auteur a très peu écrit, et que ses romans, s’ils ont connu un vrai succès en Australie, n’ont été découvert en Nouvelle-Zélande qu’après sa mort. Grâce à Rivages, nous découvrons ce premier roman étonnant.

 

La trame policière est assez ténue, le drame et sa résolution intervenant tard dans le déroulement du roman. Cela n’empêche pas l’auteur de faire entendre une toute petite musique inquiétante, sournoise, qui vient, repart, se fait oublier pour resurgir au détour d’une phrase. Entre deux moments angoissants, le lecteur oublie presque la tension, pour se plonger avec délice dans cette chronique haute en couleur, jusqu’à ce que l’ombre du croquemitaine surgisse, avant de s’évanouir à nouveau.

 

L’auteur joue avec brio de ces ruptures de ton, passe de la drôlerie et de la truculence, à un climat onirique et horrifique pour le plus grand plaisir du lecteur qui jubile. Comme s’il l’on passait, sans s’en rendre compte, de Fantasia chez les ploucs à La nuit du chasseur et retour … Une très belle découverte.

 

Ronald Hugh Morrieson / L’épouvantail (The scarecrow, 1963), Rivages /Noir (2006), traduit de l’anglais (Nouvelle Zélande) par Jean-Paul Gratias.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars des antipodes - Communauté : Le monde du polar
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Dimanche 26 avril 2009 7 26 /04 /2009 17:04

Le résurrectionniste de James Bradley. Chouette, un auteur australien ! Et un sujet prometteur, je me précipite … Et je suis déçu. Explication :

 

Londres 1826. Gabriel Swift est depuis peu apprenti chez le chirurgien Poll, un des plus réputés de la ville. Il soigne le gratin londonien, et une foule vient assister à ses cours, durant lesquels il dissèque des cadavres pour essayer de comprendre le mystère de la vie et du fonctionnement du corps humain. Mais la célébrité a son revers … Pour trouver des corps à autopsier, il doit traiter avec les Résurrectionnistes, pilleurs de cimetières, trafiquants de corps, truands sinistres. Gabriel est souvent en contact avec eux, et avec leur chef, l'inquiétant Lucan. Perdu dans la capitale, exposé à ses tentations, Gabriel se laisse corrompre et finit par tomber sous la coupe de Lucan. Il entame alors un chemin qui le mènera à l’horreur et à la folie.

 

Voici donc un australien qui fait revivre le Londres gothique de Jack L'éventreur et du Docteur Jekyll. L'évocation est belle et puissante. Le sujet prometteur. Les brumes, les bouges, la misère, les cimetières, la lente descente aux enfers … Tout est là comme promis. Et pourtant …

 

Et pourtant, je n'ai pas réussi à m'intéresser à cette histoire. J’ai tardé à finir le roman, je ne sentais aucune impatience à le poursuivre (ce qui est un signe qui ne trompe pas).

 

L'auteur adopte le point de vue de Gabriel, souvent perdu dans les brumes de l'alcool et de l'opium. Un point de vue très distant. Trop pour moi. Je suis resté incapable de m'inquiéter pour le personnage, incapable de frémir quand j'aurais dû être horrifié, incapable de ressentir sa déchéance, incapable même de m’émouvoir aux descriptions d’une misère inhumaine.

 

L'auteur est un maître de l'ellipse, du sous-entendu, du non-dit. Il va rarement au bout des tensions qu'il crée, les désamorçant au moment où on s'y attend le moins. C’est très certainement voulu, et l’effet est sans aucun doute recherché. Mais le résultat est qu’il a également désamorcé mon intérêt.

 

Alors, un roman ambitieux raté de peu, ou un grand roman que je n'ai pas su lire ? Je suis curieux de lire d’autres avis.

 

James Bradley / Le résurrectionniste, (The ressurrectionist, 2007) Rivages Thriller (2009), traduit de l’anglais (Australie) par Benjamin et Julien Guérif.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars des antipodes - Communauté : Le monde du polar
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Lundi 28 janvier 2008 1 28 /01 /2008 20:45

Il est rare de lire des polars australiens, depuis que l’on n’a plus de nouvelles de Cliff Hardy, le privé dur à cuire de Peter Corris. Séquelles, le premier roman de l’australien Peter Temple est donc le bienvenu.

Après une arrestation qui a tourné au drame Joe Cashin a quitté la criminelle de Melbourne pour retourner undefined s’enterrer dans le bled de province où il retape la maison d’un oncle. L’automne est bien avancé quand son quotidien est bouleversé par la mort d’un notable local, tabassé à mort dans sa luxueuse villa. L’enquête désigne très vite trois jeunes aborigènes comme les coupables bien pratiques. Quand ils sont abattus lors de leur arrestation par la police locale, l’affaire prend une ampleur nationale. De son côté, Joe Cashin n’est pas convaincu, et reste persuadé que l’enquête a été bâclée.

Soleil, surf et athlètes bronzés aux dents éclatantes. C’est ça l’Australie non ? Pas vraiment à en croire Peter Temple. Chez lui ce serait plutôt pluie, corruption et racisme.

Du côté de Cromarty, dans le sud du pays (n’oublions pas qu’en Australie, le sud, c’est là qu’il fait froid), l’automne est venté, froid et pluvieux, la bourgeoisie locale fait … la pluie et le beau temps, et il ne fait pas bon être noir, cultivé ou homosexuel (sans parler de ceux qui ont le malheur de cumuler les « tares »). La police et la population sont ouvertement racistes, et les jeunes aborigènes, déjà décimés par le chômage et la drogue meurent plus qu’ailleurs en détention, dans l’indifférence générale.

Il faut accepter de prendre son temps avec Joe Cashin, le suivre les balades de son personnage à travers des landes que l’on verrait plutôt en Irlande qu’en Australie, vivre au rythme de son blues et de ses douleurs de dos, accepter de se laisser engluer dans la somnolence de cette petite ville de province un rien arriérée. Le tableau est sombre, désespérant, le racisme, l’intolérance, la fermeture d’esprit pèsent autant sur l’atmosphère que le plafond de nuages bas. Ce qui n’empêche pas quelques accélérations brutales et sanglantes … Au final, un roman bien noir, auquel des dialogues très hard-boiled viennent heureusement ajouter de temps en temps un légère touche d’humour.

Peter Temple / Séquelles (Série noire, 2008)

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars des antipodes
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Mardi 18 décembre 2007 2 18 /12 /2007 18:35

Une petite déception pour ce polar édité chez Folio. C’est tellement rare, que je vais leur pardonner !

si-dieu-dort.gif Mark Henshaw et John Clanchysont deux australiens, du moins si on en croit ce qu’il y a écrit au dos du bouquin. Je m’attendais donc à un polar venu d’ailleurs, un ailleurs rarement représenté ici, depuis que Rivages a cessé de traduire les Cliff Hardy de Peter Corris (ou qu’il a cessé d’en écrire ?). Première déception, impossible de savoir où se déroule Si Dieu dort, le premier roman de la série consacrée au Lieutenant Glass. J’aurais tendance à penser que c’est aux US, mais il n’y a rien de plus de précisé.

Le Lieutenant Glass donc est un flic à qui on fout la paix. Excellent résultats, et caractère de cochon. Un classique du polar, rétif à toute idée de hiérarchie, of course. Il est le seul à faire le lien entre deux meurtres a priori sans rien de commun : un petit truand minable mais dangereux, et un homme de main de la mafia abattus quelques jours après leur libération en conditionnelle. Glass se demande s’il n’y a pas, en ville, un justicier décidé à punir ceux que la justice relâche. Même s’il comprend, Glass ne peut pas laisser faire ça.

Glass est un personnage intéressant, l’enquête est bien menée, et le final particulièrement haletant. Ceci mis à part, deuxième déception, on a là un polar bien fichu parmi tant d’autres, qui, utilise pas mal de clichés, mais sans les transcender ni jouer avec, comme d’autres auteurs. Un polar qui se laisse lire, parce qu’il est efficacement mené, avec un final efficace, mais qui se laisse également très vite oublier.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Polars des antipodes
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