Western et aventure

Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /2009 22:47

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais des nouvelles westerns d’Elmore Leonard et . L’homme au bas de fer vient clore en beauté ce magnifique et indispensable travail d’édition.

 

Je pourrais réécrire ici ce que j’ai déjà écrit dans les deux précédents articles. Dialogues impeccables, sens de la narration, personnages magnifiquement croqués en quelques phrases, contenu social très proche des meilleurs romans noirs … On retrouve son empathie pour les victimes, sachant que dans cet ouest sauvage, toute personne présentant une faiblesse, réelle ou supposée (enfants femmes, métis, mexicains, pauvres …), est considéré comme une victime potentielle. On retrouve aussi sa façon très jouissive d’en faire des victimes qui, loin d’être consentantes, finissent souvent par botter le cul des bourreaux.

 

Mais tout cela je l’ai déjà dit. Il est étonnant de constater à quel point il maîtrisait parfaitement son écriture dès ses premières œuvres (puisqu’on apprend dans une préface fort intéressante qu’Elmore Leonard a commencé à écrire avec ces nouvelles). Intéressant aussi de noter qu’il lui était reproché à l’époque d’écrire des textes trop sombres : « Ils trouvaient mes nouvelles trop dures, trop tendues, il leur manquait des moments plus légers ou plus comiques ». Ses westerns ont continué dans cette veine, et c’est en passant au polar qu’il a trouvé son ton comique …

 

Toutes les nouvelles de ce recueil sont réussies. Petite curiosité, on y trouve celle qui sera ensuite à l’origine de ce qui reste peut-être son western le plus connu : Valdez arrive !


Conclusion, à lire, comme les deux recueils précédents.

 

Elmore Leonard / L’homme au bras de fer, (The complete western stories of Elmore Leonard, 2004) Rivages/Noir (2009), traduit de m’américain par Robert Nicoud.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Western et aventure - Communauté : Le monde du polar
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Vendredi 23 janvier 2009 5 23 /01 /2009 21:28

Valerio Evangelisti, une fois de plus, là où on ne l’attend pas. On le connaissait auteur reconnu de science fiction avec sa série Nicolas Eymerich, versant dans le polar à coloration fantastique avec Pantera, héritier revendiqué du grand roman noir des origines avec Nous ne sommes rien soyons tout ! Le voilà historien, toujours noir et toujours social avec cette Coulée de feu, mexicaine.


16 septembre 1859, Brownsville, Texas - Mai 1890, Mexico. Telles sont les limites temporelles de ce nouveau roman. 30 ans d’histoire mexicaine au travers des destins d’une multitude de personnages. Marion Gillespie, veuve texane à l’ambition maladive, Margarita Magon, paysanne qui deviendra guerillera, Big Bill Henry, soldat sudiste de Robert Lee, âme damnée du futur président Porfirio Diaz, soldats français de l’empereur Maximilien, militants socialistes et anarchistes, chefs de bandes devenus caciques ou révolutionnaires, anciens rangers texans voyant dans le Mexique un terre où exercer leur violence, paysans, un gavroche mexicain, généraux, présidents, hommes d’affaire, ouvriers … Tous se croisent, s’aiment et se combattent, alors que le Mexique passe de mains en mains, de l’influence de l’Europe à celle des USA.


Commençons par un avertissement. Il vaut mieux n’attaquer ce roman que lorsque l’on est en forme, l’esprit vif et éveillé, avec un peu de temps devant soit. Parce qu’on se trouve face à plus de 400 pages à passer d’un lieu à un autre, d’un personnage à un autre, à avancer dans l’histoire par bonds de quelques mois, sans avertissement. Une fois qu’on a compris le principe, on suit, au début cela peut être déroutant.

Déroutant donc, mais ample et riche. Valerio Evangelisti, une fois de plus, se renouvelle, surprend, change de style et de cap. C’est à une immense et ambitieuse fresque historique qu’il nous invite. Une fresque pleine de fureur, de tripes, de bruit, de sang et de douleur.


Avec des personnages atroces, comme il sait si bien les mettre en scène. Dignes de Eymerich ou d’Eddie Florio. Mais également quelques figures exaltantes (qui ne seront pas épargnées pour autant). Car à l’image de ce que furent ces trente ans de violences, le roman est un immense casse-pipe.


C’est érudit, passionnant, plein de souffle et d’ampleur. C’est sanglant, noir, et plein d’énergie.  Evangelisti est aussi à l’aise dans la description à grand spectacle d’une bataille, ou de la prise d’une mine par des révolutionnaires que dans des scènes intimes entre mère et fille (intimes, mais pas forcément moins féroce). Il donne la parole aussi bien aux politiciens qu’aux paysans illettrés, aux pires racistes comme aux militants les plus éclairés, avec la même vérité.


Bref, c’est passionnant et brillant. Une petite suggestion quand même. Une liste des personnages en début de roman, et, en tête de chaque chapitre, une mention du lieu et de la date aurait facilité la lecture du roman.


En guise de clin d’œil, à deux reprises dans le roman des personnages parlent d’un certain Pantera. Et une dernière chose, impossible de classer le bouquin, à la fois western, roman historique, roman d'aventure, roman noir ... Un vrai Evangelisti.


Valerio Evangelisti La coulée de feu (Il collare di fuoco, 2005), Métailié (2009), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Western et aventure
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Samedi 16 août 2008 6 16 /08 /2008 23:32

J’ai découvert Emilio Salgari grâce au grand Paco Ignacio Taibo II qui reprend le personnage de Sandokan dans A quatre mains, et le fait venir au secours de son « héros » dans Le rendez-vous des héros. J’avais ensuite trouvé deux épisodes des aventures du Tigre de Malaisie en espagnol, dans la bibliothèque de ma belle-famille en Argentine. De toute évidence, l’Alexandre Dumas italien était beaucoup plus populaire pour le public hispanophone que pour le public francophone, qui ne connaissait, au mieux, que la série et les dessins animés très librement adaptés des aventures de Sandokan.

Et ne voilà-t’y pas que je m’aperçois que la collection bouquins a sorti un volume rassemblant quatre romans sous le titre : Le corsaire noir et autres romans exotiques. Je l’achetais bien évidemment, et non moins évidemment, le stockais ensuite dans le trou sans fond de la pile des romans à lire quand j’aurais le temps.

Ce temps, je viens de le prendre, pour lire les deux premiers romans du recueil, Les mystères de la jungle noire, et le premier de la série du Tigre de Malaisie, l’invincible Sandokan : Les tigres de Mompracem.

Autant avertir d’emblée le lecteur du XXI siècle. Le style n’est pas moderne. Jugez plutôt :

« - Marianne ! Marianne ! Jeune fille divine ! Ô mon amour ! s’écria-t-il en courant de plus en plus vite. Ne crains plus rien maintenant, je suis près de toi.

En ce moment, le formidable pirate eût renversé un régiment entier, afin d’arriver à la villa. Il n’avait peur de personne.

La mort même ne l’aurait pas fait reculer.

Il haletait. Un feu violent l’envahissait, lui brûlait le cœur et le cerveau. Il était agité de mille craintes. Il craignait d’arriver trop tard, de ne plus retrouver la femme aimée d’un si violent amour, et courait de plus en plus fort, oublient toute prudence, brisant et arrachant les branches des arbres, déchirant impétueusement les lianes, sautant avec des bonds de lion les mille obstacles qui lui barraient la route. »

Alors si vous êtes définitivement réfractaires au charme de l’ancien, vous pouvez passer votre chemin.

Les autres peuvent continuer.

 

Le premier roman a pour théâtre : « Le Gange, ce fleuve fameux, célébré par les Hindous anciens […] se divise, à deux cent vingt milles de la mer, en deux bras et forme un delta gigantesque, enchevêtré, merveilleux et unique […]

L’imposante masse de ses eaux se divise, se subdivise en une foule de petits fleuves, de canaux et de marigots qui envahissent en tous les sens l’immense étendue des terres enserrées entre l’Hougli, le vrai Gange et le golfe du Bengale. De là, une infinité d’îles, d’îlots, de bancs qui, aux abords de la mer, prennent le nom de Sunderbunds. »

S’y déroule l’affrontement impitoyable entre Tremal-Naik, le chasseur de serpent, accompagné de ses fidèles amis et de son tigre Darma, et une secte d’étrangleurs, adorateurs de Kali. L’enjeu en est Ada, jeune anglaise enlevée par les affreux qui en ont fait leur prêtresse, et dont l’intrépide chasseur est tombé éperdument amoureux. Les péripéties seront, vous en en doutez bien, nombreuses. Les proches de Tremal-Naik tomberont comme des mouches, mais il finira par enlever sa bien aimée, sans pouvoir empêcher néanmoins que le chef des étrangleurs leur échappe et :

« ils entendirent la voix du terrible Suyodhana qui leur disait :

- Allez ! … Nous nous reverrons dans la jungle. »

D’une tonalité très sombre, comme les étrangleurs et les souterrains dont ils ont fait leur repère, ce premier roman frappe par sa violence (de nombreux gentils » finissent très mal) et son refus d’un trop grand manichéisme : Certes les étrangleurs sont des affreux, mais les héros de leur côtés ne sont pas des gentlemen, et sont près à tout, même à sacrifier des innocents, pour arriver à leurs fins. Etonnants également, cette fin très ouverte et finalement assez pessimiste, et surtout le fait de prendre pour personnage principal un Hindou, véritable héros du roman, bien supérieur aux anglais qu’il croise sur sa route.

 

Les Tigres de Mompracem reprend un peu la même trame dans un autre contexte. Sandokan le Tigre de Malaisie, chef des pirates qui ont fait de l’île de Mompracrem leur refuge, est le cauchemar des colonisateurs anglais qu’il attaque sans relâche. Pour son malheur, il tombe amoureux fou de Marianne, nièce d’un lord installé sur l’île de Labuan. Un lord qui a juré d’avoir sa peau. Là aussi, après des péripéties rocambolesques, Sandokan pourra partir avec sa douce, non sans devoir pour cela renoncer définitivement à son île et à ses fidèles tigres :

« Il tourna deux fois sur lui-même, puis il tomba dans les bras de sa Marianne adorée. Et cet homme, qui n’avait jamais pleuré de sa vie, éclata en sanglots en murmurant :

Le Tigre est mort et pour toujours ! »

Encore un roman épique mais très sombre, plein de bruit, de sang et de fureur, dominé par la figure charismatique et étonnante de Sandokan. A la fois chevaleresque et sanguinaire, romantique et bestial, capable de laisser la vie sauve à un brave, comme de torturer un ennemi, grand pourfendeur des forts et des colonisateurs qu’il hait avec véhémence, et surtout, prêt à tout pour conquérir son amour.

Un personnage qui ne pouvait qu’inspirer Paco Ignacio Taibo II tant pour lui il est bien plus important de se battre que de vaincre, une bataille perdue d’avance n’en étant que plus belle, à partir du moment où elle permet de rester fidèle à ses valeurs. Un personnage pour qui la révolte, la rébellion contre un ennemi a priori imbattable est devenu un mode de vie.

Un personnage également très fajardien, dans son romantisme, sa fidélité, la force de son amour fou pour sa belle, et sa capacité à renverser les obstacles les plus insurmontables pour l’arracher des griffes de l’ennemi.

A ce propos, si Jérôme ou Bastien passent par ce blog, Fajardie fut-il un lecteur de Salgari ?

Ce sera tout. A suivre dans le recueil de Bouquins : Le corsaire noir et La Reine des Caraïbes. Mais ce sera pour une autre fois, il va falloir se remettre au boulot, et attaquer la rentrée littéraire.

 

Vous pourrez trouver là un beau site consacré à Emilio Salgari.

 

Emilio Salgari / Les mystères de la jungle noire (I misteri della jungla nera, 1895), Traduction de l’italien par Jean de Casamassimi. Les tigres de Mompracem (Le tigri di Mompracem, 1901), Traduction de l’italien parEdouard Guénoud.

Dans Le corsaire noir et autres romans exotiques, Robert Laffont/Bouquins (2002)

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Western et aventure - Communauté : SOIF DE LIRE...
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Samedi 9 août 2008 6 09 /08 /2008 15:58

Après l’indigestion Millenium, j’avais besoin de quelque chose de court, noir et efficace. Il me restait en réserve Hombre, un western d’Elmore Leonard. Il m’a paru faire l’affaire. J’avais raison.

Pour son dernier voyage, la diligence Hatch&Hodges transportent d'étranges passagers. Mis à part le cocher et un employé de l'agence, il y a là, l'ancien administrateur de la réserve apache de San Carlos et sa jeune épouse ; une jeune femme qui vient de passer 30 jours prisonnière chez les indiens ; un cow-boy qui a pris sa place à un jeune soldat en le menaçant ; et John Russell. John Russell est blanc, il a les yeux bleus, mais il a vécu des années avec les apaches de la réserve et se sent plus indien que blanc. Le deuxième jour, la diligence est arrêtée par les amis du cow-boy, qui sont là pour voler l'argent détourné par l'administrateur. Ils partent avec l'argent, une otage, les chevaux et toute l'eau. John Russell devient alors le seul espoir de survie des voyageurs. Un homme qu'ils ont tenu à l'écart pendant tout le début du voyage, un homme qu'ils considéraient comme un sauvage, un homme qui n'a peut-être pas de grandes raisons de leur venir en aide.

Voilà la quintessence des westerns d'Elmore Leonard : Très noir, faisant une description sans concession d'un ouest rude, sauvage, raciste et sans pitié pour les faibles et les vaincus.

Stylistiquement aussi c’est du pur Leonard : Pas un mot de trop, descriptions, dialogues, suspense au cordeau. Le narrateur, comme le lecteur, ne comprend pas ce que veut et ressent Russell, comme lui il découvre, au fur et à mesure, et subit la loi de cet homme discret mais implacable, qui ira au bout de sa logique et de ses convictions, sans jamais tenter de s'expliquer face à des gens qui l'ont condamné à l'avance. Impressionnant, émouvant, impeccable. Juste ce qu’il me fallait …

Accessoirement, le film de Martin Ritt, avec Paul Newman dans le rôle principal est aussi réussi que le roman.

Elmore Leonard / Hombre (Hombre, 1961), Rivages/noir (2004). Traduction de l’américain par Elie Robert-Nicoud.

PS. Petites vacances en vue, retour des billets en fin de semaine prochaine …

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Western et aventure - Communauté : SOIF DE LIRE...
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Vendredi 4 avril 2008 5 04 /04 /2008 21:49

 

Rivages poursuit son travail d’édition des nouvelles western d’Elmore Leonard. Voici, sorti avec un tempo impeccable, 3 heures 10 pour Yuma qui donne son titre au recueil. Sobre, efficace, impressionnante dans sa façon de brosser, en quelques phrases et en quelques dialogues les portraits complexes de deux hommes que tout semble opposer, et qui pourtant finissent par se comprendre, à défaut de s’entendre.

 

Il est, dans le cas de cette nouvelle, très intéressant de comparer la sécheresse, et l’économie de moyen d texte, sans un mot inutile, avec l’adaptation cinématographique, obligée de prendre le temps de montrer et de développer des choses qui sont à peine suggérées dans la nouvelle. Intéressant de voir ce que le scénariste a choisi de développer, ce qu’il a ajouté pour augmenter la charge émotionnelle …

Les huit autres nouvelles sont du même acabit, pas un mot de trop, des dialogues au cordeau, de l’action, du suspense, des paysages grandioses, des personnages « bigger than life ». Et toujours la peinture d’un ouest à la fois mythique - apaches, truands, cow-boys taciturnes qui dégainent plus vite que leur ombre - et démystifié, avec le racisme quotidien, la mainmise des riches et puissants sur tout, y compris la justice, le traitement inhumain réservé aux indiens, le mépris des pauvres et des faibles.

A cet égard, Le garçon qui souriait, et A la dure, sont exemplaires dans la mise en scène de l’injustice que subissent les métis et les indiens, sous le double prétextes qu’ils sont différents et pauvres. Heureusement, grâce à Leonard les damnés de l’ouest peuvent, parfois, prendre d’éclatantes revanches.

Elmore Leonard / 3 heures 10 pour Yuma (The complete Western stories of Elmore Leonard, 2004). Rivages/Noir. Traduit de l’Américain par Elie Robert-Nicoud.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Western et aventure
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Mercredi 12 mars 2008 3 12 /03 /2008 20:35

Elmore Leonard est plus connu pour ses polars plutôt rigolos que pour ses westerns. C’est grâce aux rééditions de chez Rivages que j’ai découvert ces derniers ; puis leurs adaptations cinématographiques. Coïncidence, je venais de voir la version de 1957 de 3 :10 pour Yuma tiré d’une nouvelle de Leonard, avec un Glen Ford fascinant, et en face, Van Heflin, parfait dans sa raideur et rigueur sans charme mais sans faille, quand j’apprends qu’arrive sur nos écrans un remake avec Russell Crowe. Presque en même temps Rivages entame la réédition des nouvelles western d’Elmore leonard avec Médecine apache. Une excellente occasion pour faire un point sur un genre totalement méconnu, tant le western, malgré un renouveau récent, semble faire partie d’un passé cinématographique. Sans parler des romans qui sont totalement ignorés. Qui sait par exemple qu’avant d’être une série télé, Deadwood est un roman extraordinaire de Pete Dexter, publié dans l’indifférence générale dans La Noire, puis repris en folio policier ?

Mais revenons à Elmore Leonard. Si ces polars sont plutôt rigolos, et mettent en scène des olibrius, des zozos, des zouaves (du moins en majorité), ses westerns, étonnamment, sont beaucoup plus sombres, sociaux, noirs. L’ouest de ses western est violent (c’est classique), il est aussi raciste, bourré de préjugés, contre les indiens (souvent apaches), mais aussi les noirs, les mexicains … Il est au main des riches propriétaires, terriens ou miniers, qui font la loi et écrasent toute tentative de remise en cause de leur pouvoir. Sauf, sauf, car sinon il n’y aurait pas d’histoire, quand le héros métis/mexicain/ancien éclaireur des guerres apaches, souvent entre deux cultures, arrive à faire triompher une certaine justice, par les armes, bien entendu.

leonard-medecine-apache.jpg Voilà pour le fond. Pour la forme, Elmore Leonard est un extraordinaire raconteur d’histoires, et un créateur de personnages magnifiques (ce n’est pas non plus un hasard s’il a été tant adapté au cinéma). Ses westerns, comme ses polars se lisent tout seuls, les pages tournent, tournent, et on arrive à la fin ravis, le sourire aux lèvres.

La réédition récente, Médecine apache, est bien représentative de ces qualités : neuf longues nouvelles mettant principalement en scène les guerres indiennes contre les apaches dans le sud désertique et brûlant. Les apaches d’Elmore Leonard ne sont pas de gentils indiens victimes de méchants blancs. Et ses blancs ne sont pas de gentils cultivateurs sauvagement massacrés par de sanguinaires indiens. Les apaches sont des guerriers, des prédateurs. Ils se caractérisent par leur cruauté, leur violence, leur courage, leur valeur au combat … et leur alcoolisme. Les blancs sont racistes, menteurs, violents, égoïstes, parfois lâches, parfois superbement courageux. Certains vivant dans ce sud omniprésent sont devenus un peu « apaches » : Ils les comprennent, les respectent, ce qui ne les empêche pas de les combattre. Neuf nouvelles, âpres, rudes, comme les personnages en présence, lumineuses comme le désert. Neuf grandes nouvelles qui complètent le magnifique travail de réédition de Rivages, que l’on ne saurait trop remercier.

Pour les autres, voici un petit panorama, non exhaustif.

Le plus sombre est sans doute Les chasseurs de prime. Dave Flynn a été lieutenant de cavalerie, il est leonard-chasseurs-de-prime.jpg maintenant éclaireur civil. Sa nouvelle mission ressemble à un véritable suicide : accompagner un jeune lieutenant, à peine sorti de l'école, au Mexique, et y attraper Soldado Viejo, vieux chef apache qui fait tourner en bourrique américains et mexicains depuis des années. Tâche d’autant plus rude que plus que sur place, les rurales, nouvelle force de police mise en place par le gouvernement mexicain, formée essentiellement de crapules sorties de prison pour l'occasion, et une bande de chasseurs de primes plus teigneux et dangereux qu'un nid de crotales, tous recherchés au Nord du Rio Grande sont aussi sur la piste de Soldado Viejo. Autant dans ses polars les méchants sont tellement bêtes qu'ils finissent par être plus drôles qu'inquiétants, autant ici ce sont de véritables vermines malfaisantes, pourries jusqu'à la moelle, qui filent la pétoche. Sa peinture de la main mise sur un village entier par un militaire hautain et corrompu et une bande de pourritures sans foi ni loi est effrayante.

Assez atypique, Le zoulou de l’ouest met en scène le nouveau directeur du pénitencier de Yuma qui, contre le racisme ambiant, va tenter de redonner leur dignité à deux prisonniers, l’un noir, l’autre indien, en faisant appels à leurs ancêtres zoulous et apaches. Il y réussira au delà de toute attente. La description de l'ouest du début du XX° siècle, avec ses préjugés, son racisme ordinaire et assumé, sa violence, est, une fois de plus, très sombre mais la fin, délicieusement amorale apporte une petite lueur d'espoir.

Dans le style, l’homme de loi seul, face à la toute puissance des riches, trois exemples :

leonard-Sonora.jpg Duel à Sonora se déroule en 1893, à Sweetmary. La presse est là pour couvrir l'affrontement attendu entre deux vedettes, Brendan Early, ex lieutenant de cavalerie, beau gosse flambeur travaillant pour la compagnie minière Lasalle, et Dana Moon, ancien éclaireur, plus tard administrateur des affaires indiennes, qui défend les apaches, les noirs et les mexicains qui vivent sur les terres que la compagnie veut exploiter. Les deux hommes se connaissent. Ils sont amis, ils sont célèbres, et ont de nombreux morts à leur actif. La presse, déjà friande de sensationnel attend le clash mais … Deux superbes personnages centraux entourés d'une galerie de personnages secondaires passionnants. Derrière cette chronique d'un duel attendu se profile la critique sans merci d'une certaine presse, mais également l'exaltation du métier de journaliste quand il est bien fait, et finalement. Et l'éternelle histoire de la lutte des pauvres et sans grades contre la toute puissance de l'argent, qui achète et corrompt. Des thématiques que l’on retrouve dans le récent Kid de l’Oklahoma.

Plus classique, l’excellent La loi à Randado, où Kirby Frye, shérif tout jeune, peine à se faire respecter face au leonard-Randado.jpg plus gros éleveur de la ville, et aux citoyens respectables, fortunés et raisonnables, mais aussi très désireux de se faire bien voir par le dit éleveur. Des citoyens qui n’hésitent pas, en l’absence de Kirby, à pendre deux mexicains accusés d’avoir volé du bétail. Remplacez le riche éleveur par le riche industriel, les mexicains par des noirs, le shérif par un flic, déplacez de quelques dizaines d'années et vous avez la trame exacte de bon nombre de polars. A la place, voilà un western sombre et efficace.

leonard-Valdez.jpg Le plus jouissif de cette série est sans conteste Valdez arrive ! Frank Tanner, riche, entouré d'une armée d'hommes de main aurait dû se méfier. Il n'aurait pas dû prendre de haut Bob Valdez, obscur adjoint du shérif du bled local. Il n'aurait pas dû le faire maltraiter par ses hommes quand Bob Valdez est venu, très poliment et très respectueusement, lui demander de réparer les tors fait à une pauvre veuve apache. Où alors, il aurait dû le faire tuer. Parce que maintenant, c'est à Roberto Valdez qu'il va avoir à faire. Roberto Valdez qui a participé aux guerres apaches, qui connaît la région comme sa poche, et qui a laissé de côté, le temps de régler tout ça, le très respectueux Bob. Valdez est un personnage que l'on aime tout de suite, et en plus c'est un héros, un vrai. Alors on ne boudera pas notre plaisir, c'est du grand western comme au cinéma, bigger than life ! Les paysages sont grandioses, les femmes belles, les méchants très méchants, le héros très fort, il défend la veuve, l'orphelin et l'opprimé, et à la fin il gagne, comme Zorro. L’adaptation cinématographique, avec Burt Lancaster en Valdez est toute aussi jubilatoire que le roman.

Coté ciné, en plus de 3 :10 pour Yuma, et Valdez arrive !, il faut également signaler l’excellent Hombre, de Martin Ritt, avec Paul Newman, blanc, élevé chez les apaches, qui malgré le mépris de ceux qui voyagent avec lui dans une diligence est leur seul recours quand celle-ci est attaquée par des bandits. Le ne l’ai pas lu (il est dans la pile), mais le film est excellent, Newman irréprochable, et il m’a un peu fait penser, dans la virulence de sa critique de l’hypocrisie bien pensante, à Boule de suif de Maupassant. Rien moins.

Bibliographie non exhaustive, c’est juste ce que j’ai lu.

Elmore Leonard / Médecine apache (Rivages/noir, 2008).

Elmore Leonard / Valdez arrive ! (Rivages/noir, 2005).

Elmore Leonard / Duel à Sonora (Rivages/noir, 2004).

Elmore Leonard / La loi à Randado (Rivages/noir, 2003).

Elmore Leonard / Le zoulou de l’ouest (Rivages/noir, 2002).

Elmore Leonard / Les chasseurs de prime (Rivages/noir, 2001).

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : Western et aventure
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